Enquête : Carnage derrière le grillage

La chasse d’animaux prisonniers derrière des grillages est une pratique cruelle, non-éthique, écologiquement aberrante… et malgré tout légale en France. L’ASPAS a enquêté dans un parc situé en Nouvelle-Aquitaine et dévoile des pratiques sadiques et insupportables. Nous demandons l’interdiction de toute forme de chasse d’animaux maintenus en captivité.

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Méconnue, la chasse d’animaux en captivité n’est pas anecdotique puisqu’elle concerne environ 1 300 parcs et enclos qui détiennent au total 50 000 à 100 000 animaux : cerfs, chevreuils, mouflons, daims, etc. La chasse peut y être une activité personnelle des propriétaires ou une activité commerciale : les propriétaires font payer à des chasseurs le droit de venir tuer des animaux.

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Une traque conçue pour durer

Dans le parc commercial où nous avons enquêté, les chasseurs ne tirent jamais sur le sanglier la première fois qu’ils le voient. La traque peut durer aussi longtemps que voulu puisque l’animal ne peut pas s’échapper. L’objectif des chasseurs est de faire courir le sanglier le plus longtemps possible, poursuivi par les chiens, en le suivant en voitures et en quads avant de décider du moment de sa mise à mort. La traque dure plusieurs heures, parfois toute la journée.

Un enquêteur témoigne : « Comme ils [les chasseurs] sont sûrs de l’avoir [le sanglier], ils ne le tuent pas tout de suite. Il faut s’être amusé avec»

Nos enquêteurs ont été choqués par l’intérêt que portent les chasseurs pour l’observation des sangliers en situation de détresse, usés par plusieurs heures de fuite, de résistance aux chiens et par des blessures. Pour ces chasseurs, voir un sanglier courir ou tenter de courir avec une patte brisée est source de réjouissance.

 

Une mise à mort ignoble

Une fois le sanglier acculé, il se fait souvent déchiqueter vivant par les chiens avant que les chasseurs arrivent pour le tuer. Nos enquêteurs ont observé des sangliers dont l’arrière-train ou l’oreille avaient été dévorés.

Une fois sur deux, les chasseurs ne tuent pas le sanglier au fusil mais avec des épieux (longs poignards au bout de perches métalliques).

Quand des tirs ont lieu, ils sont souvent mal ajustés, laissant des animaux blessés. Un chasseur raconte qu’il avait revu un sanglier très amaigri après lui avoir tiré dans le groin une semaine plus tôt ; le sanglier ainsi blessé ne pouvait plus s’alimenter, ce qui faisait rire le chasseur.

Il arrive qu’un sanglier mortellement blessé ne soit pas retrouvé ni même recherché, ou que les chiens blessent gravement un sanglier dans un fourré sans que les chasseurs en aient connaissance. Son agonie est alors très longue. Pour les chasseurs, c’est sans importance car le parc regorge d’autres sangliers sur lesquels se reporter.

Un parc d’attraction pour chasseurs

À l’intérieur des grillages, tout est organisé pour la chasse. Le parc accueille des groupes pour des chasses à la journée. Un réseau de routes et de pistes est tracé pour accéder aux différentes parcelles et aux nombreux miradors. La chasse se déroule essentiellement à bord des véhicules. Les chasseurs ne s’en éloignent que très peu.

Les sangliers sont nourris et se reproduisent en captivité. Les gestionnaires de parcs et enclos de chasse achètent aussi des sangliers dans d’autres élevages, en France ou à l’étranger. Ceci est légal.

D’un côté, ces sangliers dépendent des chasseurs qui les nourrissent et sont souvent très peu farouches. De l’autre, ils doivent fuir les chasseurs et les chiens pour tenter de survivre désespérément. Cette situation les soumet à un stress intense.

Des pratiques répandues en France

Les « parcs » et « enclos » diffèrent au sens réglementaire. Dans les premiers, la chasse n’est autorisée que pendant la saison de chasse en vigueur sur la commune / le département. Dans les seconds (moins hermétiques), elle est autorisée toute l’année. Dans les deux cas, il peut s’agir de chasse commerciale ou de chasse privée.

Les sangliers sont les animaux « gibier » les plus nombreux derrière ces grillages, devant les cerfs élaphes, les mouflons, les daims et les chevreuils. Il y a même des espèces dites « exotiques » comme les cerfs Sika, ce qui pose des problèmes écologiques lorsque ces animaux s’échappent car ils peuvent s’hybrider avec les cerfs élaphes à l’extérieur.

Les évasions sont régulières, surtout s’agissant des sangliers. Comment est-il possible que leur élevage et leur importation pour la chasse en enclos soient encore autorisés, alors que les chasseurs disent avoir des difficultés à « réguler » les sangliers en liberté ?

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