Artistes animaliers

COUSIN Emilie

J’ai toujours peint et dessiné. Les expositions ont débuté vers l’âge de 15 ans ; il s’agissait surtout d’aquarelles de paysages. Puis je me suis naturellement orientée vers des études artistiques (architecture d’intérieur). Après huit années passées à Paris, il était temps de revenir dans ma région natale, et je suis désormais installée près de Blois, à proximité des bords de Loire.

Depuis plus de dix ans, j’exerce comme peintre et animatrice d’ateliers de peinture et de dessin. Allier ces deux activités artistiques me convient parfaitement : le processus créatif demande de la solitude tandis que l’enrichissement vient au contact des autres, dans la convivialité et le partage.

J’ai peint divers sujets et travaillé avec plusieurs techniques pendant des années, mais l’aquarelle et le dessin ont toujours eu ma préférence. La flore est entrée doucement dans mes tableaux, et avec elle est arrivée la faune. Petit à petit, j’ai ainsi rencontré « le » sujet qui me fait vibrer : les animaux. Depuis, j’essaie de retranscrire avec précision et détails mon ressenti face à l’animal sauvage menacé.

 

INTERVIEW

Pourquoi avoir choisi l'animal sauvage comme thème privilégié ?

Il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, ils me fascinent pour leur liberté et leur indépendance vis-à-vis de l’homme. Ensuite, et c’est bien là le vrai sujet, c’est insupportable de voir ces espèces disparaître et leur environnement être détruit.

Peindre des animaux sauvages et exposer leurs portraits permet d’interpeler, d’aborder le sujet de leur probable extinction.

Un maître à penser ? 

Je n’ai pas de maître à penser, plutôt une admiration sans borne pour les personnes qui s’engagent corps et âme dans la défense et la connaissance des espèces sauvages. Je pense tout particulièrement à Diane Fossey.

Un élément déclencheur ?

C’est un ensemble d’influences, de références et d’expériences qui m’ont amenée à me rapprocher de la nature et de la faune sauvage.

Des films comme Into the Wild et Captain Fantastic m’ont particulièrement touchée.

Dans un tout autre genre cinématographique, La planète des singes : suprématie est une métaphore intéressante de notre société.

Et en peinture, les œuvres de Walton Ford me parlent plus que toutes autres.

Votre oeuvre à laquelle vous tenez particulièrement ? 

L’aquarelle Tigre du Bengale est la première peinture d’une longue série car depuis je ne peins plus que des animaux sauvages menacés.

Aujourd’hui j’ai délaissé la couleur au profit du noir et blanc, tout en conservant la frontalité du sujet. L’absence de couleur, d’environnement et une composition simplifiée permettent d’aborder le sujet de l’extinction plus directement.

Si j'étais un animal sauvage ? 

Je serais un chimpanzé. Nous partageons 98% de nos gènes avec ce primate… ce qui ne nous empêche pas de détruire son habitat. Sa population est passée de 2 millions au début du XXème siècle à environ 500 000 individus aujourd’hui.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Il suffit d’être attentif à ce qui nous entoure pour être en contact avec la faune et ressentir de simples et belles émotions.

Un animal disparu qui reviendrait ?

Le tigre de Java disparu dans les années 1980.

Un animal fantastique qui existerait ?

Le yéti parce qu’il est l’animal fantastique de mon enfance. La grande question était : « l’abominable homme des neiges viendra-t-il nous chercher pendant l’hiver ? »

Endroit préféré, qui vous inspire tout particulièrement pour créer ?

Mon atelier. C’est un espace simple, lumineux et fonctionnel. Mais plus que le lieu, c’est la musique qui me permet d’entrer dans ma bulle.

Un lieu mythique ? 

Tromso, en Norvège, au nord du cercle polaire arctique. C’est la ville idéale pour voir des aurores boréales et c’était le point de départ des expéditions vers le pôle nord dans les années 1900. Cette destination me fait vraiment rêver.

Et la technique ?

Pour la peinture, je travaille à l’aquarelle, mais aujourd’hui je dessine davantage que je ne peins. J’utilise majoritairement des crayons graphite et toutes sortes de gommes, que je complète avec du fusain (pour les fonds noirs) et de l’encre noire pure ou diluée en lavis.

Je commence toujours par le regard et prends un soin particulier à le traiter, ensuite je dessine « morceaux par morceaux », comme un puzzle.

Des urgences ? 

Il y a malheureusement urgence dans tous les domaines et sans réelle décision de la part des dirigeants politiques du monde entier, je crains que les citoyens seuls ne parviennent pas à changer les choses. Personnellement, la déforestation et la surexploitation d’huile de palme me révoltent.

Des conseils ? 

Passer du temps à expérimenter, mélanger des techniques, tester divers papiers… permet d’agrandir le champ des possibles.

Et puis il ne faut pas se décourager car on ne cesse de progresser. Il y a une belle phrase d’Auguste Renoir : « ce dessin m’a pris cinq minutes, mais j’ai mis soixante ans pour y arriver ».

Une suggestion pour aider à sensibiliser le grand-public ?

On pourrait mettre en place dans nos villes des événements liés à la protection et à la connaissance des espèces sauvages d’ici et d’ailleurs, sur un temps donné.

Une semaine de conférences, de films, d’expositions, de tables rondes avec des associations, des scientifiques, des artistes, des écrivains… Je crois vraiment que c’est dans le partage d’idées et de connaissances, et donc dans la rencontre avec l’autre, que nous pourrons avancer.

Une association de protection à mettre en avant ?

Toutes les associations sont importantes, et chacun de nos gestes l’est aussi.

Pour conclure ?

Je vais citer une phrase de wwf : « ensemble, nous sommes la solution », et je termine en vous remerciant pour cet entretien.

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