Artistes animaliers

COLCOMBET Damien

« C’est un bronze, « Héron pris au piège », aperçu un jour chez un antiquaire de Rennes et dont j’ignore encore l’auteur, qui provoqua en moi le choc de la sculpture.
Ce fût une révélation, comme s’il devenait possible d’approcher à courte distance des animaux sauvages jusqu’alors trop farouches ou menaçants.
De nombreuses visites dans les zoos, les cirques, des voyages au Kenya et en Tanzanie, n’ont fait que renforcer le sentiment que chaque animal est un mystère que l’on ne peut que contempler et admirer longuement.
J’essaie de représenter dans mes animaux une certaine vie intérieure, lourdement marquée par l’instinct. Jules Renard, Colette ou Marcel Aymé décrivent « le cygne et la plomberie orgueilleuse de son cou », l’écureuil qui meurt de peur, le loup qui ne peut se retenir de manger les petits enfants. J’imagine moi aussi les animaux acceptant sereinement et avec lucidité leur statut officiel, l’aspect inéluctable de leur destin.
L’éléphant admet être lourd, placide et puissant ; le buffle reconnaît qu’il est obtus et brutal ; le gnou sait qu’il a pour fonction essentielle de servir de repas aux fauves ; le babouin est chapardeur… Et chacun fait pleinement son métier d’animal.
Modeler est d’abord une bataille : avant de commencer, lutte contre l’appréhension de ne pas y arriver ; puis lutte contre le découragement quand une masse de terre ressemble si peu à la vie animale. Lutte encore quand les fragiles pattes ne supportent plus un corps trop lourd, quand une tête chargée de défenses s’incline et que le cou se brise, quand trois pattes touchant le sol n’assurent pas l’équilibre. On admire alors la perfection de la nature, qui sait faire, elle…
Et puis, il y a le moment de grâce, quand l’animal naît. Il suffit de peu de choses : un cou un peu plus lourd, des oreilles mieux placées, un dos plus creux. Et c’est le miracle : le fauve est là, l’antilope vous regard, l’éléphant se mettrait presque en marche. »
Damien COLCOMBET

Ses pièces, fondues selon le procédé de la cire perdue et qu’il limite à 12 exemplaires, sont présentes dans de prestigieuses collections dont celle d’Alain Delon (qui en fera mention dans une interview publiée par La Gazette de Drouot), la famille Bich, etc.

il s’inscrit résolument dans le mouvement de renaissance de cette sculpture très réaliste, soucieuse de l’exactitude des attitudes et du détail morphologique des animaux.

Un livre sur ses œuvres a été édité en novembre 2013 aux Editions Stéphane Bachès « Damien Colcombet – Instantanés animaliers ».

Il est membre du Conseil d’Administration du Salon National des Artistes Animaliers de Bry-sur-Marne, dont il a été invité d’honneur.

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INTERVIEW

Pourquoi l'animal sauvage ?

Parce que la faune sauvage nous renvoie à la liberté : l’animal sauvage peut être observé, bien souvent de façon furtive, photographié, filmé, dessiné, sculpté mais on ne possède pas un animal sauvage. Capturé ou tué, il n’est plus le même : il n’a plus cette indépendance qui nous fascine.

Un maître à penser ? 

Antoine-Louis Barye, Rosa Bonheur, Emmanuel Frémiet sont de véritables génies, qui savaient tout modeler et même, pour Rosa Bonheur, tout peindre, et de façon admirable. Leur savoir-faire, leurs sujets d’inspiration, leur exigence sont des exemples d’honnêteté artistique.

Une œuvre marquante ? 

Il y en a beaucoup ! Pour les animaux domestiques, le « Labourage nivernais » de Rosa Bonheur au Musée d’Orsay, qui donne envie de plonger les mains dans la terre brune, fraîche, tout juste labourée par les bœufs au travail, ou encore « Le calvaire des chevaux », cet extraordinaire bronze de Josuë Dupon (1864-1935), au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles, et qui représente une longue file d’animaux partant à l’abattoir. Comment ne pas citer encore « Pélerins allant à la Mecque » de Lucien Bély, où les dromadaires énormes traînent leur indifférence et leur ennui sous le soleil écrasant du Sahara ?

Et pour les animaux sauvages, des bronzes de Barye bien sûr : « Python avalant une gazelle », « Bouquetin mort » et tant d’autres, moins vus que les lions et les tigres marchant.

Si j'étais un animal sauvage ? 

Un éléphant pour sa force, son intelligence, sa vie en groupe, ou encore un léopard pour sa beauté, sa souplesse, sa force.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Une longue marche dans une réserve au Burkina Faso et la rencontre soudaine avec des éléphants, si hauts lorsqu’on est à pied proche d’eux, si bien dissimulés dans l’ombre de quelques arbres, ou encore un troupeau d’une centaine de buffles qui défilent au galop à quelques mètres, dans la poussière et les beuglements.

Et en France, étant enfant, alors que je pêchais seul au bord d’un étang, la longue visite d’un renard.

Un animal disparu qui reviendrait ?

Le couagga, ce beau « demi-zèbre » qui formait des troupeaux de milliers de tête en Afrique du sud et a disparu au XIXème siècle, ou encore le Mégacéros, un élan préhistorique aux bois gigantesques. Et encore le mammouth, pour l’élégante courbe de ses défenses 

Un animal fantastique qui existerait ?

Le dragon. Comme ce serait beau de le voir en vol ! Mais attention aux incendies qu’il provoquerait dans les régions sèches…

L'oeuvre à laquelle vous tenez particulièrement ? 

Un bronze de Valton représentant une lionne sur un rocher. On l’imagine dormant au soleil et alertée soudain par un bruit infime, une odeur ; elle relève la tête, hésitant à poursuivre sa sieste ou à se lever pour en savoir plus. Ce bronze est sur mon bureau et j’ai l’impression que le fauve s’enquiert en permanence de mon travail.

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Spot préféré ?

La Tanzanie et ses parcs superbes, mais aussi, plus près de chez nous, de magnifiques zoos comme celui de Pairi Daiza près de Mons en Belgique, ou encore celui de Stuttgart au printemps, quand les tulipes en fleurs couvrent tous les parterres.

Un lieu mythique ?  

Les grands parcs de Namibie et d’Afrique du Sud, pour admirer la faune sauvage.

Et la technique ?

La terre que je modèle et qui donnera ensuite naissance au bronze. Le bronze est un matériau magnifique : la noblesse du métal, les nuances de la patine, l’éclat de la surface magnifient durablement la création de l’artiste.

Des urgences ? 

Il y en a beaucoup : le trafic d’ivoire et de cornes de rhinocéros, la chute vertigineuse de la faune sauvage au Kenya… Mais j’ai bien conscience que les choses sont beaucoup plus complexes qu’on ne l’imagine à première vue.

On aimerait que les Africains préservent leur faune, quitte à faire de grands efforts, mais 300 ou 400 loups en France sont déjà un casse-tête. L’interdiction de la chasse dans les grandes réserves d’Afrique semble a priori la meilleure solution pour sauver les animaux mais en réalité, les zones où la chasse est autorisée et sous contrôle, comme en Tanzanie, sont beaucoup mieux préservées. Gardons-nous donc de toute « écologie idéologique ».

Des conseils ? 

Observer, travailler longtemps, faire des essais, se méfier des succès rapides. Beaucoup d’artistes débutants sont fiers de leurs premières réalisations, et c’est bien, mais ils ne sont pas objectifs et ne voient pas qu’ils sont encore loin de produire une véritable belle œuvre. Il faut persévérer et ne pas trop croire aux compliments et flatteries.

Une association à mettre en avant ?

Tonga Terre d’Accueil, créée par Elianne et Pierre Thivillon, les fondateurs du parc animalier de Saint-Martin-La-Plaine, entre Lyon et St-Etienne. Ce parc est connu pour ses impressionnants gorilles. Tonga recueille des animaux sauvages détenus illégalement par des zoos, des cirques, des particuliers (et il y en a beaucoup !) et les soigne. Ils arrivent souvent en piteux état : amaigris, mutilés, traumatisés, agressifs. Peu à peu, ils reprennent des forces et se socialisent à nouveau. Ils sont, dans le meilleur des cas, relâchés dans des parcs, mais généralement cela est impossible. Ils sont alors remis à des zoos qui les traiteront bien. Mais beaucoup restent à St-Martin-La-Plaine, dans des installations propres et beaucoup plus spacieuses que les cages exiguës ou même les caves où ils ont vécu.

Pour conclure ?

Etre artiste animalier et pouvoir en vivre est une chance inouïe. Cela ne se fait pas en un instant, mais quand peu à peu les événements le permettent, c’est une grande joie, une source de liberté et d’épanouissement incroyables.

DISTINCTIONS

Grand prix (Prix Edouard Marcel Sandoz) et invité d’honneur du Salon National des Artistes Animaliers de Bry-sur-Marne en 2013

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

- “Septembre Animalier Bruxelles (SAB)” - Exposition collective – Du 24 au 28 septembre 2015 à l’ancienne Nonciature de Bruxelles

- Exposition personnelle : galerie Michel Estades 17 place des Vosges 75004 Paris – A partir du 25 novembre 2015 et jusqu’à fin décembre.

- Participation au Salon National des Artistes Animaliers de Bry-sur-Marne – Du 14 novembre au 13 décembre 2015

- Participation au Salon des Artistes Français au Grand Palais à Paris – Du 24 au 29 novembre 2015

Une exposition lui a été consacrée en juin 2014 à Bruxelles

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