Personnalités à découvrir

CIVARD-RACINAIS Alexandrine

16 mai 2016

« Journaliste, auteur et vulgarisatrice de contenus scientifiques, je me définis avant tout comme un passeur de savoir. 

À travers mes différentes productions, je cherche autant à « faire comprendre » qu’à « donner à voir et à émouvoir ». C’est la raison pour laquelle je collabore de plus en plus avec des dessinateurs, des photographes ou des réalisateurs de documentaires.

Sensibiliser petits et grands à la beauté, mais aussi à la fragilité du Vivant, est aujourd’hui l’une de mes principales motivations. J’y place toutes mes forces et j’en retire une grande fierté… »

Alexandrine Civard-Racinais est membre de l’association des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie (JNE).

ReportageBirdIsland(c)Thierry Racinais

INTERVIEW

Quel cheminement personnel jusqu'à l'animal sauvage ?

Un cheminement littéraire tout d’abord, semé de rencontres avec des ouvrages documentaires ou des récits de voyages qui me faisaient rêver lorsque j’étais enfant. Puis, au gré de randonnées à l’étranger effectuées lorsque j’étais jeune adulte, des découvertes « grandeur nature ». L’envie d’aller au-devant de la faune sauvage et de pouvoir l’observer en milieu naturel ne m’a plus jamais quitté. Je l’assouvis dès que je le peux, et en tout lieux.

Une oeuvre marquante ? 

Je vais botter en touche en vous parlant plutôt des auteurs qui m’ont marqué… Les écrivains-voyageurs, comme le grand Joseph Kessel ou Francisco Coloane auquel j’ai beaucoup pensé en foulant les Terres australes — occupent une place de choix dans mon panthéon personnel. Plus proche de nous, Sylvain Tesson me captive par sa capacité à rendre compte de faits ténus, presque imperceptibles. Dans les forêts de Sibérie est à la fois un vibrant hommage à la vie sylvestre et un éloge de la simplicité.

Si j'étais un animal sauvage ?

Je serais une sterne blanche (Gygis alba) cet oiseau marin gracile et élégant familièrement appelé Golan blan aux Seychelles, mon pays de coeur.

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J’ai le privilège d’avoir été l’une des premières à l’observer sur l’île Tromelin (Eparses) où j’ai passé une semaine en septembre 2015, grâce à une autorisation spéciale délivrée par le Préfet administrateur des TAAF, collectivité qui gère notamment les îles Éparses. La sterne blanche est l’une des deux nouvelles espèces nicheuses recensées sur ce caillou perdu au milieu de l’Océan Indien.

 

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ?

Ma rencontre avec les tortues vertes qui viennent pondre sur les plages de l’île Tromelin a été un grand moment.

8.TROMELIN 2015 © Alexandrine Civard-RacinaisIMGP4220

J’ai passé de nombreuses heures à les observer, sans jamais réussir à assister à une émergence de bébés. Les plages étaient jonchées de petites carapaces desséchées, mais de bébés vivants point…

10.TROMELIN 2015 © Alexandrine Civard-RacinaisIMGP3680 - copie

Jusqu’au dernier jour, où je suis tombée sur une petite tortue qui venait de sortir de son nid et n’avait pas encore été repérée par ses prédateurs. Je l’ai aidée à rejoindre l’océan et la vue de cette fragile créature luttant pour gagner le large est restée gravé sur ma rétine. Chez cette espèce, comme chez la plupart des tortues marines, seul un bébé sur 1 000 arrive à l’âge adulte…

Un animal disparu qui reviendrait ?

Le dodo, oiseau endémique de l’île Maurice qui s’est éteint moins d’un siècle après sa découverte, victime des premiers colonisateurs européens et de leurs chiens… J’ai eu l’occasion de visiter la réserve naturelle de l’île aux Aigrettes (île Maurice) avec mes deux filles. La forêt qui recouvre l’île est désormais protégée, mais le dodo, qui vivait dans ce type de milieu, ne s’y ébattra plus jamais.

Un animal fantastique qui existerait ?

La licorne… pour sa beauté et sa bravoure.

L’ouvrage auquel vous tenez particulièrement ?

"De Vingt mille lieux sous les mers à Sea Orbiter" (Democratic Books, 2010), un beau livre, hélas épuisé, co-écrit avec Jacques Rougerie. Cet architecte mérien est persuadé qu’un jour l’homme renouera avec sa vraie nature, animale et marine. Avec lui, « j'ai regardé la mer et j'ai rêvé des possibles ». J’espère que ses rêves, qui sont aussi pour partie les miens, se réaliseront…

Spot préféré ?

Celui dont Thierry — mon mari photographe — et moi revenons : les Terres Australes Françaises, avec une mention spéciale pour l’archipel des Kerguelen. Ces terres lointaines constituent un terreau fertile pour l’imagination et un formidable terrain de jeu pour les photographes. En outre, l’action des agents de la Réserve Naturelle des TAF, plus grande réserve de France, commence à porter ses fruits et cela confirme qu’une présence humaine limitée est compatible avec la préservation de la faune sauvage.

Un lieu mythique ? 

Un seul ? ça va être dur… L’île de Pâques dont le seul nom me fait rêver ou Aldabra, dans l’archipel des Seychelles. J’avoue un faible pour les îles…

Prochain projet ?

J’aimerais suivre une rotation du Marion Dufresne vers les Iles Eparses, dont Tromelin fait partie, pour continuer à rendre compte de l’extraordinaire biodiversité de ces îles totalement méconnues, disséminées autour de Madagascar. Mais il est encore trop tôt pour en parler…

Une association à mettre en avant ?

Plutôt que de citer une grande association ayant déjà pignon sur rue, je souhaiterais mettre en avant le Projet pour la Conservation des Grands Singes, porté par la primatologue Sabrina Krief — ma conseillère pendant l’écriture de La Planète des grands singes — et son époux, le photographe Jean-Michel Krief. Tous deux mènent depuis plusieurs années des actions de sensibilisation en faveur des chimpanzés sauvages du Parc national de Kibale (Ouganda). J’admire leur constance et leur engagement…

Des urgences ? 

Il est impératif de réduire nos déchets, en particulier nos déchets en plastique qui constituent un danger mortel pour les animaux marins. De passage au Centre de soins de l’Observatoire Kelonia, à La Réunion, j’ai eu accès au contenu stomacal d’une tortue imbriquée, autopsiée après sa mort. Il contenait une fourchette en plastique, un briquet, des bouchons de bouteille et une multitude de fragments colorés… Aujourd’hui, 95% des tortues recueillies par Kélonia ont du plastique dans l’estomac. C’est inadmissible et nous pouvons tous, à notre niveau, agir.

Justement, en termes de déchets, qu'avez-vous constaté sur Crozet, Kerguelen ou à Tromelin ? Des signes de pollution dans ces endroits reculés ?

Même sur Tromelin, confettis de 1km2 situé en-dehors des routes maritimes et très isolé géographiquement, je suis tombée sur des tongs et des morceaux de plastique ramenés par les courants…

En revanche, les déchets générés par la faible occupation humaine sur place (3 hommes se relaient sur l’île) sont maintenant systématiquement stockés puis ramenés à la Réunion alors qu’il y a encore une décennie, ils étaient enfouis, brûlés ou jetés dans l’Océan. Il en est de même dans les Terres Australes, administrées comme Tromelin par les TAAF. La situation s’améliore donc, mais il faudra poursuivre cet effort dans le temps… Et avoir le souci constant de produire moins de déchets.

Pour conclure ?

Je laisse la parole à Sylvain Tesson : « Lorsqu'on quitte un lieu de bivouac, prendre soin de laisser deux choses. Premièrement : rien. Deuxièmement : ses remerciements. L'essentiel ? Ne pas peser trop à la surface du globe. »… et ne jamais cesser de s’émerveiller devant le spectacle sans cesse renouvelé que nous offre la Nature.

 

 

Photos de 1 à 7 : L'île Tromelin dans l'objectif d'Alexandrine Civard-Racinais

Photos de 8 à 44 : Les Terres australes dans l'objectif du photographe Thierry Racinais

CONCOURS

Ci-dessous le reportage publié dans le magazine Nat'images sur l'île de Tromelin

et le reportage publié dans le magazine Terre Sauvage sur la réserve naturelle des TAF

EXPOSITIONS