Personnalités à découvrir

GIRAUD Marc

Écrivain, illustrateur, scénariste, journaliste et pédagogue, Marc Giraud est autodidacte et en est fier : "j'ai appris la nature dans la nature". La meilleure école finalement, sans exigence, sans autres contraintes que celles que l'on se fixe à soi-même. Laisser entrer la nature en soi, s'en imprégner, n'est ce pas une bonne démarche?

Et, ainsi, pouvoir la restituer aux autres, connaissance et passion comprises!

Nous l'avons croisé à la sortie d'une réunion des JNE où il participe activement aux activités de l'association (voir ici l'un de ses derniers "papiers" à propos du colloque sur la condition animale en juin 2016), juste avant qu'il ne reparte arpenter ses sentiers de nature favoris. A ce propos, voir "Les balades nature de Marc Giraud : "Les animaux de la campagne" : ici et "Les animaux du printemps" : ici).

 

Une bibliographie impressionnante, dont une grande partie figure au catalogue de faunesauvage.fr

Zelda l’abeille vole à l’envers avec Mymi Doinet, Belin Jeunesse 2016; Le sex-appeal du crocodile, Delachaux et Niestlé 2016; La vie rêvée des morpions, Delachaux et Niestlé 2016; Les animaux en bord de chemin, Delachaux et Niestlé 2015; Comment se promener dans les bois sans se faire tirer dessus, Allary Éditions 2014; Le poney, Milan jeunesse 2014; Safari dans la bouse, Delachaux et Niestlé 2014; Super Bestiaire, Robert Laffont 2013; La nature en bord de chemin, Delachaux et Niestlé 2013; Le Kama-sutra des demoiselles, Robert Laffont 2005 et 2013; Les petites bêtes, Milan jeunesse 2013; La coccinelle, Milan jeunesse 2012; Week-end à la Campagne, Delachaux et Niestlé 2011; La France sauvage, La Martinière 2011; 50 astuces pour attirer les animaux, Milan jeunesse 2010; Darwin, c’est tout bête, Robert Laffont 2009; Objectif Campagne, Delachaux et Niestlé 2009; Calme plat chez les soles, Robert Laffont 2007, Premier Prix Nausicaa 2010; Sous l’œil des rapaces, Fleurus 2006; Observer les animaux en hiver, Aspas 2004; Sur les traces des félins, Fleurus 2004; Guide d’identification des animaux sauvages, Aspas 2002 (préfacé par Bernard Clavel); Du loup au chien, Hachette 2001; Phoques et otaries, Hachette 2001; Insectes et petites bêtes, Nathan 1999; Observer les animaux, œil de lynx et ruses de Sioux, Gallimard jeunesse 1997;

Votre Parcours en quelques étapes ? Une enfance en HLM à Paris ne m’a laissé aucun souvenir marquant. Seules, les vacances à la campagne chez mes grands-parents m’ont permis de faire du terrain, mais j’étais isolé. Lorsque j’ai commencé dans la vie active, en tant qu’illustrateur animalier, c’est l’ornithologue Jacques Penot qui m’a ouvert les yeux et les oreilles sur les oiseaux sauvages, dans les bois parisiens. Et là, tout s’est éclairé. J’ai toujours appris la nature d’abord dans la nature, et je reste un autodidacte, qui garde à 60 ans les yeux émerveillés de l’enfant en demande de nature.

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Médiatiquement, c’est Christophe Dechavanne qui m’a lancé, à l’époque de « Coucou c’est nous » sur TF1. Il m’avait appelé pour parler d’un élevage de coccinelles de l’ASPAS, et il m’a gardé. J’y racontais les animaux, tout en gardant un souci d’éthique, c’était toujours sur le fil mais c’était enthousiasmant. Après d’autres émissions j’ai animé les miennes sur la chaîne Animaux : trois séries de balades nature, où je montrais sur le terrain les richesses de nos écosystèmes de proximité  (« Ça se passe près de chez vous », « La nature à votre porte » et « La France sauvage » - voir l'épisode sur le bocage ici).

Marc juin 2011 027

Sur un tournage pour France 2

 Sinon, j’ai exercé plusieurs métiers, mais toujours autour des animaux.

tortues aquarelles Illustrateur, puis journaliste, rédacteur en chef d’une revue pour enfants (« Hibou »), scénariste et écrivain avec aujourd’hui plus de 25 livres. Des titres comme « La nature en bord de chemin » rencontrent un formidable succès, c’est un vrai bonheur !

 

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? Comme la nature me donne beaucoup, je lui rends par un bénévolat quotidien au sein de l’ASPAS, l’Association pour la protection des animaux sauvages. C’est dans les milieux de la protection que j’ai commencé à rencontrer des gens sensibles, dévoués, ouverts à la vie. Mais si un personnage m’a marqué, c’est certainement François Terrasson. D’ailleurs, il a marqué tous ceux qui l’ont rencontré ! Il était relativement déstabilisant, car il remettait en cause les nichoirs ou les réserves, bref tout ce qui était censé représenter la protection de la nature.

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Mais sa pensée était beaucoup plus exigeante que la nôtre, plus profonde. Il avait bien compris à quel point nous voulons tout maîtriser, à quel point notre civilisation a peur de la nature. De plus, il avait de l’humour, ça n’était pas un chercheur comme les autres. Si à l’ASPAS, nous avons créé des Réserves de Vie Sauvage® où la nature est entièrement libre, sans aucune gestion, il y a certainement du Terrasson là-dedans…

Pourquoi l’animal sauvage ? Tout ce qui vit me passionne. Les animaux sauvages bien sûr, mais aussi les animaux domestiques, sur lesquels beaucoup de naturalistes portent si peu leur regard. C’est dommage : ils ont beaucoup à nous apprendre sur leurs cousins, et ils sont passionnants à observer eux aussi.

Si vous en étiez un? Sans doute un chat à la campagne, car il bénéficie de tous les avantages : ceux de la liberté de la vie sauvage et ceux du confort. Je connais et j’apprécie les deux, ça fait un heureux mélange.

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(photo levaldeloaline)

La ou les deux plus belles rencontres de faune sauvage ? Au Botswana je me suis retrouvé entouré par des centaines d’éléphants (j’étais avec Vincent Munier pour la magazine Terre Sauvage). Grandiose ! Trois lionnes apeurées ont fuit comme des petits chats piteux devant ce mur vivant de chair et de bruits. C’était un voyage en direct au cœur de la préhistoire, au centre des émotions animales. Dans ces cas-là on retrouve immédiatement ses instincts, on se sent proie potentielle, on évalue le danger. Mais on est content d’être là !

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Forêt de Saül (photo Le Monde)

De même, se retrouver seul dans une immense forêt tropicale humide, comme ça m’est arrivé entre autres à Saül en Guyane, c’est être plongé dans ce qu’il y a de plus fort, de plus authentique, de plus essentiel. C’est une expérience émotionnelle inoubliable.

Votre lieu de nature préféré ? Tous les lieux terrestres assez vastes pour qu’il n’y ait pas de trace humaine. Darwin lui-même décrit sa rencontre avec la forêt primaire, ce lieu sans aucune trace humaine, comme lui ayant donné ses plus grandes émotions. Je rêve souvent d’y retourner, comme un rendez-vous qui m’appelle. Cependant, faire tous les jours la même balade dans ma campagne, ça n’est pas inintéressant non plus ! Tout est une question de regard, de curiosité. Rien n’est négligeable.

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Aquarelle de Marc Giraud

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ? Cela pourrait être un lieu comme la grotte Cosquer ou la grotte de Lascaux, la vraie. Avoir l’émotion de se retrouver face aux dessins authentiques d’humains du passé, de toucher ce qu’ils ont touché, et admirer la force de ces dessins sublimes, magiques, venus d’un autre monde. Il me semble que Picasso a dit que c’était l’art le plus puissant, je partage cette opinion.

Sinon, voir une aurore boréale, ou un volcan en éruption. Les forces primordiales, cosmiques…

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(photo web-trotters)

L’œuvre qui vous semble illustrer le mieux votre parcours ? Mon parcours a été  ponctué de lectures, « Le Livre de la Jungle » quand j’étais petit, « L’écume des Jours » à l’adolescence, puis « Le Singe nu », « Le Maître et Marguerite », « Les Animaux dénaturés », et bien d’autres, mais je n’en vois pas un seul qui me raconte. Sans doute leur succession est-elle plus révélatrice…

Le poème de Victor Hugo « Le crapaud », dans « La Légende des siècles », me touche particulièrement : « Pas de bête qui n’ait un reflet d’infini »… Hugo se penchait sur tous les mal aimés, qu’ils soient hommes ou bêtes.

"Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?
Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;
C'était la fin d'un jour d'orage, et l'occident
Changeait l'ondée en flamme en son brasier ardent ;
Près d'une ornière, au bord d'une flaque de pluie,
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur.
(Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?..."

lire la suite du poème ici

Quel matériel utilisez-vous lors de vos sorties ? En tant qu’illustrateur, je travaille à l’ancienne, à l’aquarelle sur des papiers tendus sur des planches. C’est plus long qu’à l’ordinateur, mais ça a son charme… J’ai appris la technique avec un grand de l’illustration, Gilles Bachelet (voir biographie ici), qui publié des chefs-d’œuvre (« Le singe à Buffon », « Mon chat le plus bête du monde », « Madame le Lapin blanc », etc.).

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Aquarelle Gilles Bachelet

Et quid de vos techniques de rencontre avec l’animal sauvage ? Comme j’aime me tenir au niveau du public large auquel je m’adresse, que ce soit par mes livres ou mes chroniques sur RTL et ailleurs, je ne cherche pas les trucs de pro justement, genre l’affût de nuit à traquer la genette ou autre rareté. Mon but est plus de montrer l’extraordinaire dans l’ordinaire. La parade d’un moineau domestique, la communication gestuelle d’un chien, ça parle à tout le monde, chacun peut le découvrir sur le terrain. Donc je me balade en plein jour, comme tout le monde, et je regarde ce qui se passe. Il y a déjà  de quoi faire !

Un conseil au débutant dans votre activité qui vous le demande ? Le meilleur moyen de ne jamais être déçu, c’est de s’intéresser à tout, être curieux de tout. La passion de la nature devrait être une ouverture, pas une fermeture.

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Avec l'équipe du film "Les saisons" de Jacques Perrin : Jacques Cluzaud, Jacques Perrin, MG, Stéphane Durand, Gilbert Cochet (photo ASPAS)

Un animal disparu revient, lequel ? Ce n’est pas forcément une espèce précise que j’aimerais revoir, c’est la profusion dont j’ai constaté la disparition dramatique, sur la seule durée de mon existence. Quand j’étais gamin, au cours d’un déplacement en voiture l’été, il fallait régulièrement nettoyer le pare-brise d’une purée d’insectes écrasés. Aujourd’hui à la campagne, on peut rester fenêtres ouvertes le soir, quasiment plus rien ne passe. Le jour quand on a vu trois papillons on est content. Il y a quelques années, j’en observais des nuées. Nous n’avons même pas conscience des richesses que nous avons perdues. Et c’est l’ensemble qui doit revenir. Le fantastique était là.

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage? Pour chacun, au moins adhérer à une association. C’est plus qu’un soutien financier, c’est lui donner la force « politique » de représenter un nombre de citoyens assez conséquent pour pouvoir exiger des mesures de protection. En retour, les associations publient des bulletins pleins d’infos inédites, introuvables dans les médias classiques ! Pour le terrain, chaque année des milliers de crapauds se font écraser sur les routes pendant leur migration nuptiale, et les sauver demande de la mobilisation. Épargner quelques crapauds de la disparition chaque année, c’est déjà quelque chose ! Avec Laurent Baffie, nous avons lancé « La Fête des mares » pour sensibiliser le public à l’importance de ces milieux, c’est en train de prendre médiatiquement.

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Avec Laurent Baffie pour la fête des mares

Une association qui vous tient à cœur ? L’ASPAS, bien sûr ! Pas parce que je m’y investis, mais parce que je la connais de l’intérieur, que j’ai une réelle estime pour la qualité humaine de ceux qui y travaillent. J’en connais l’efficacité, l’indépendance de pensée et d’action, le dynamisme. L’ASPAS est intransigeante sur les principes de protection, quelle que soit la force du lobby qu’elle affronte, comme celui de la chasse. Il y a une trentaine d’années, nous avons choisi le renard pour emblème. À l’époque il fallait être gonflé, parce que la rage sévissait et que le renard était une espèce mal aimée du public. À force de campagnes de sensibilisation, nous avons contribué à faire évoluer les mentalités. À long terme, il en sera certainement de même pour les loups. L’ASPAS a déjà sauvé plus de 500 000 animaux dits « nuisibles » grâce à ses actions juridiques, et acquiert des centaines d’hectares de terrains naturels qu’elle délivre de toute exploitation avec ses Réserves de Vie Sauvage®, dont Jacques Perrin est le parrain. Bref, ce que nous faisons est concret, nous avançons !

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A la Manif' loup, Lyon hiver 2016 avec, en arrière plan, Allain Bougrain-Dubourg (photo Natur'ailes, Yves Thonnérieux)

Une urgence pour la faune sauvage, pour la vie sauvage ? L’une des urgences serait une prise de conscience massive de la valeur fondamentale de la nature et des animaux, un réveil citoyen qui lui-même doit passer par les médias. Heureusement, les réseaux sociaux ont enfin brisé la dictature exercée par la télé pendant des années, en témoigne le succès des images pourtant dures de L214.

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Avec Mathieu Ricard et Brigitte Gothière pour une conférence de L214
(Photo Michel Pourny)

C’est peut-être mon côté journaliste, mais je pense qu’il faut informer, informer, informer. Et le plus grand nombre ! Le succès de « Cash investigation » prouve que le public est en demande de vérité. Il faut que les citoyens soient assez informés et assez convaincus pour faire pression auprès des politiques, parce qu’il n’y a rien à attendre de ces derniers (oui, je sais, il y a peut-être deux ou trois exceptions…). Bref, il y a du boulot.

Pour conclure, vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous dire, laisser comme dernier message ? Matériellement, je céderai volontiers ma grande collection de livres parfois rares sur les animaux et la nature, à une structure qui en ferait bon usage.

À un niveau plus élevé, je reprendrais bien cette notion si précieuse que m’a transmis Matthieu Ricard (cf ici) : la bienveillance. Agissez, foncez, battez-vous, défendez la nature sans concession, mais sans haine. Nous avons besoin d’apaisement.

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