Photographes animaliers, Personnalités à découvrir

RAYDELET Patrice, militant sauvage

"Septembre 2019 : je m'inscris à un voyage photo/nature dans les Abruzzes avec Fabien Bruggmann; en débarquant à Rome, je découvre son acolyte, celui qui organise une partie des séjours, un naturaliste-photographe-militant du sauvage. Nous passons 8 jours ensemble. Au fur et à mesure des jours, je me découvre des affinités de pensée avec cet homme, sa perception de la nature et des hommes. Un matin, nous partons tous les deux vers un col : je me mets à l'affut sur une plaine, il crapahute au sommet d'une colline en quête des cerfs qui brament là-haut : ça forge des liens!" JBDumond

Il a créé le Pôle Grands Prédateurs Jura.  Il vient de sortir chez l'Harmattan un "gros pavé" (dit-il) sur la nature : "Les animaux, la nature la France", relaté dans nos colonnes en novembre, dont la baseline "Changer nos paradigmes, modifier nos comportements" en dit long sur l'actualité et le travail à accomplir...!

 

Et ça mérite d'en savoir davantage sur Patrice Raydelet : Rencontre!

 

 

photo d'accueil : Sébastien Drucké

Votre Parcours en quelques étapes ? Ma vie est entièrement dévouée aux animaux depuis toujours. Pourquoi ? Il y a sans doute diverses raisons dont la plus évidente me semble être d’une logique implacable : c’est avec eux que je me sens le mieux !  J’ai cherché l’origine de mon inclination viscérale pour le monde animal, peut-être est-t-elle née lorsque, apprenant tout juste à marcher, j’ai été pris en affection par un chien jugé dangereux pour les humains ? C’était à la fin des années 1960, début 1970 (je suis née en 1968) et les préjugés étaient encore plus marqués qu’actuellement. Ce chien, fabuleux pour moi, a été euthanasié…

Je l’ai su bien longtemps après et mon amour indéfectible pour les animaux a été amplifié d’une haine profonde contre l’injustice.

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? Il y a bien sûr des œuvres qui marquent, qui peuvent orienter un chemin de vie et beaucoup de livres m’ont transporté (je suis un « bouffeur » de livres depuis gamin !) mais pour ma part, ce sont davantage des actes qui m’inspirent notamment le respect. J’ai rencontré beaucoup de personnes, grâce à la lecture puisque disparues, mais aussi et surtout dans la « vraie » vie. J’ai sans doute dû m’inspirer de certaines d’entre elles qui représentaient les valeurs que j’avais en moi : la volonté, la soif de connaissances, la liberté et la détermination de défendre ses convictions. Parmi les personnes que je n’ai jamais rencontrées, et qui ont compté, je citerai Konrad Lorenz, Dian Fossey et Geronimo.

Pourquoi la faune/l’animal sauvage, la vie sauvage ?  Je ne fais pas de différence entre sauvage et domestique au niveau des individus. Pour moi tout animal mérite le respect et l’empathie quelle que soit son origine et son mode de vie. Bien évidemment l’observation, ou la rencontre avec la faune sauvage, implique que l’on soit dans un environnement qui peut de prime abord nous paraître hostile à nous humains : l’océan, la montagne, les grottes, la forêt. Mais ce sont justement ces « décors » variés et pas toujours facile d’accès qui subliment les rencontres animales.

Si vous étiez un animal sauvage, lequel ? Comme tout le monde le dit à ma place, je répondrai le lynx boréal ! C’est une espèce sur laquelle je travaille depuis près de 30 ans et à laquelle je suis tellement identifié que c’est un peu devenu un double ou plutôt je suis devenu le sien. En apprenant à mieux connaitre une espèce, on se rend compte que l’attrait que l’on a pour elle n’est pas forcément un hasard car on se trouve beaucoup de point commun. Tous les animaux me fascinent, et le chien avec sa relation fusionnelle est hors concours, mais les « gros » comme les cétacés ou les éléphants me rendent « hystérique » !

La ou les deux plus belles rencontres de vie/faune sauvage ?  Question extrêmement difficile car toutes les rencontres animales sont sources d’émotions chez moi ! De par la difficulté, je dirais, en rapport avec ce que je viens de dire plus haut, mes rencontres avec le lynx, boréal et pardelle. Le chercher pendant des mois et se retrouver côte à côte est toujours une émotion vive. Mes rencontres avec les baleines à bosse, dans le Saint Laurent au Québec ou à la Réunion, font également partie des grands moments de « nature » que j’ai pu vivre. De manière générale, je dirais que les rencontres avec des animaux que l’on fantasme ou qui sont très difficiles à observer, sont toujours des instants de vie privilégiés.

Votre/vos lieux de nature préféré ? En premier lieu, et ça n’étonnera personne autour de moi, je citerais d’instinct le massif jurassien ! C’est chez moi, c’est une nature que je connais mais en même temps que je découvre à chaque sortie. Je ne me lasserai jamais d’arpenter ce massif qui m’est si proche et dans lequel je me sens si bien…malgré les conditions météorologiques pas toujours faciles !

Ensuite, je dirais les Abruzzes en Italie. C’est une région que je connais aussi très bien pour y aller plusieurs fois par ana depuis très longtemps et là non plus, aucune lassitude bien au contraire. J’ai toujours hâte de retourner dans des secteurs où j’ai vécu de grands moments avec les animaux.

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ?   Il y en a beaucoup !!! J’ai toujours une grande soif de découvrir de nouveaux milieux, de nouvelles régions dans le monde où je pourrai voir des espèces qui me font rêver depuis gamin. L’Afrique fait partie de ces destinations, comme l’Amérique du Sud et certains pays d’Europe du Nord. Ces envies sont liées à des lectures ou à la découverte de ces lieux dans des reportages au cours de mon enfance.

L’œuvre qui vous semble illustrer le mieux votre parcours ?  Si je devais citer des œuvres illustrant mon parcours, il y en aurait beaucoup trop et le choix serait difficile car il me faudrait hiérarchiser leur importance. Je vais donc me contenter de répondre à cette question en citant un de mes livres. Il s’agit du dernier en date, sortie le 31 octobre 2019 chez l’Harmattan. Pourquoi ce choix ? Tout simplement car cet ouvrage résume bien ce qu’a été mon implication dans la protection des animaux et de la nature ces trente dernières années. C’est surtout un « gros pavé » à travers lequel j’incite au respect et à la mobilisation pour les animaux et la nature.

Quel matériel utilisez-vous sur le terrain ? Au niveau du matériel, j’ai un boitier et toute une gamme d’objectifs du grand angle aux téléobjectifs pour couvrir tous les besoins. Je fais de plus en plus de vidéo car je trouve que le message transmis à travers des documentaires ou films passent plus aisément que dans les livres par exemple, même si je continuerai à faire des livres.

Mais ma prochaine acquisition sera une caméra en 2020.

Et quelles techniques de rencontre avec l’animal sauvage ? Je pratique toutes sortes de techniques dans ma pratique de la photo et de la réalisation de vidéos (affût, approche à pied, en véhicule, de jour comme de nuit, plongée). L’affût est la technique qui semble la plus adaptée pour observer la faune sans la déranger mais il faut savoir préparer un affût et être patient. Sa mise en œuvre nécessite d’avoir des connaissances de la biologie des espèces, de leurs déplacements au cours de saisons donc de bien connaitre le terrain.

Retour d'affût!/©jbdumond2019

Un conseil au débutant dans votre activité ? D’abord aimer sortir sur le terrain ! Avant de vouloir faire des images, il est indispensable de bien connaitre les espèces ciblées et leur mode de vie.

Trace de lynx/©PRaydelet

Cela évite aussi de faire des « bêtises » et de les déranger inutilement. Aucune photo ne doit nuire de quelque façon que ce soit à un animal, c’est la base !

Un animal disparu revient, lequel ? Le tigre à dent de sabre ! J’adore les félins et ce dernier semblait être un être assez exceptionnel vu ses mensurations et ses attributs !

J’aimerais pouvoir « mélanger » mes deux icônes jurassiennes, le lynx et le grand corbeau, dans un même animal mais j’ai peur que le résultat ne soit pas très esthétique !

©PRaydelet

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage ? Toutes !! Depuis gamin je me bats sur tous les fronts pour défendre la faune sauvage (mais aussi les animaux domestiques ou domestiqués) et il n’y a pas de petite initiative ou action à mener dans cette lutte quotidienne.

Une urgence pour la faune sauvage, pour la vie sauvage ?  L’urgence pour moi est que toutes les personnes qui disent aimer les animaux, dont les photographes et les vidéastes, s’impliquent activement dans leur protection. Ce n’est hélas pas le cas et c’est très dommage !

Une association qui vous tient à cœur ? Le Pôle Grands Prédateurs bien entendu ! C’est une association que j’ai créé avec deux amis naturalistes du Jura en 2007 pour accompagner le retour des grands prédateurs (lynx et loup) dans le massif jurassien. Depuis 2007, nous avons mené un nombre incalculable d’actions en faveur d’une cohabitation durable et apaisée avec une implication ans faille, de grandes désillusions mais également en ayant conscience d’avoir fait évoluer favorablement la situation. Et il n’est pas facile de faire accepter la présence des prédateurs en France…

Pour conclure, vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous laisser comme message aux autres ? A tous ceux qui se battent pour imposer le respect de la nature et des animaux : « Ne lâchez jamais. Jamais ! »

Abruzzes/©jbdumond2019

 

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