Personnalités à découvrir, Les scientifiques

SCHNITZLER Annik

J'ai d'abord connu Annik Schnitzler en feuilletant son magnifique ouvrage " Forêts d’Europe " paru en 2011 mais intemporel par son propos.

Puis à travers l'Association Francis Hallé pour une forêt primaire dont elle est membre du CA.

Une scientifique, femme d'énergie, convaincue par l'importance du sauvage, une militante essentielle de la libre nature. Qu'elle fréquente notamment en Biélorussie en compagnie de son ami biologiste Vadim Sidorovich, expert en loup et lynx et milieux sauvages! Un homme à rencontrer et avec qui cheminer en forêt sauvage (3 contacts pour mieux connaître Vadim : Blog scientifique, Wildlife volunteering and Trips, Naliboki Forest )

Annik ne renierait pas le mot de François Terrasson : "Vous voulez protéger la nature? Fichez lui la paix!"

Rencontre fin 2019

 

Votre Parcours en quelques dates ? Je suis née en 1952. J’ai grandi en ville, à Strasbourg, mais nous avions la chance d’avoir une maison de campagne dans les Vosges du Nord. Ma découverte en solitaire de la nature y a débuté à 10 ans, en explorant les forêts aux alentours. J’ai été toujours attirée par le foisonnement de vie des zones ensauvagées, des maisons en ruine aux forêts peu exploitées et aux champs abandonnés. 

 J’ai fait toutes mes études à Strasbourg. Après une année en biologie, j’ai intégré la faculté de pharmacie, puis suis retournée vers des études naturalistes après l’obtention du diplôme de pharmacien. Avant 30 ans, j’ai encore fait une maitrise en géographie physique, puis j’ai passé un DEA (équivalent d’un actuel Master 2) en biologie végétale, puis je me suis inscrite en thèse d’écologie végétale chez Roland Carbiener, professeur d’écologie à la faculté de Pharmacie de Strasbourg et spécialiste des forêts alsaciennes, du Rhin aux Hautes Vosges. J’ai parcouru pour cela les forêts riveraines du Rhin et deux de ses affluents en plaine d’Alsace, durant près de 10 ans et j’ai soutenu ma thèse en 1988. Je suis entrée à l’université de Lorraine en 1994 au titre de maitre de conférence puis professeur quelques années plus tard. Mes travaux de recherches sont depuis plus de 30 ans l’écologie des forêts naturelles, et la protection de leur biodiversité, animale et végétale. J’ai à ce titre voyagé dans de nombreuses forêts primaires du monde, de l’Europe à l’Amérique du nord et du Sud. J’ai aussi voyagé pour le plaisir, pour l’observation de la faune et de la flore, des zones polaires aux Tropiques, des forêts tropicales aux déserts, des hautes montagnes aux grandes plaines alluviales. J’aime aussi les paysages abiotiques des grottes et des volcans. J’ai visité et gravi de nombreux volcans, en activité ou éteints, des Tropiques aux zones tempérées.

Vos actions en cours en quelques mots ? J’écris des livres sur divers sujets d’écologie forestière, et de conservation de la biodiversité des forêts primaires. Mon intérêt pour la grande faune forestière m’a conduite au cours des dix dernières années, à me pencher sur les relations entre proies et prédateurs, et entre prédateurs (loup et lynx) grâce à des séjours rapprochés avec Vadim Sidorovich, ancien professeur à l’Université de Minsk, et qui étudie ces sujets depuis 20 ans dans les forêts biélorusses.

("Depuis 1999, j’ai consacré tous mes efforts à l’écologie des loups, principalement à Naliboki et dans les environs ruralisés. Les aspects principaux de cette recherche sont la reproduction. En 20 ans j’ai découvert 67 tanières avec louveteaux dont j’ai suivi la destinée au cours de l’été suivant et l’automne. Certains résultats sont inédits : 14 cas de reproduction multiple dans une meute, 2 cas de reproduction parmi des femelles juvéniles, et 7 cas d’hybridation avec des chiens. 

L’écologie des populations de lynx est devenue la deuxième étude importante que je mène dans la forêt de Naliboki avec quelques collaborateurs locaux et étrangers. L’objectif de ces études est de revoir les connaissances de bases sur le lynx. Les questions majeures portent sur la capacité alimentaire des habitats, la distribution des lynx dans l’année, les caractéristiques de leurs territoires, leurs proies en fonction des saisons, leur impact sur les populations de proies, les rythmes de reproduction et de mortalité et les interférences entre lynx et loup." Vadim  Sidorovich)

J’ai le projet de faire un film avec Jean Claude Génot, et Alain Chrétien un réalisateur avec qui j’ai déjà fait un précédent film sur les forêts alluviales encore sauvages de la Lorraine. Ce film mettra en valeur les travaux inédits de Vadim Sidorovich et plus largement la grande biodiversité des forêts biélorusses, afin de faire comprendre aux Français ce que des siècles de persécution ont fait perdre à la nature dans notre pays.

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? Mon maitre à penser est mon ancien directeur de thèse, Roland Carbiener, professeur à la retraite, un des premiers scientifiques naturalistes qui a eu l’audace de s’attaquer aux lobbies destructeurs des forêts alluviales. Ce combat, mené avec d’autres naturalistes, a permis de sauver les dernières reliques de forêts alluviales du Rhin supérieur. J’admire son savoir encyclopédique, sa ferveur naturaliste, sa grande loyauté et ses qualités d’enseignant enthousiaste.

Vadim Sidorovich ("Je suis né en 1962 à Minsk,  Belarus. Ma passion pour la nature sauvage se manifeste depuis mon enfance. J’aime la solitude, et me suis toujours senti à l’aise seul dans la nature sauvage, ou avec un ami proche. J’ai fait mes études à l’Institut de Zoologie de l’Académie nationale des Sciences de Belarus, à Minsk, à partir de 1984, où j’ai étudié notamment l’écologie (structure et démographie des populations) des mustélidés semi-aquatiques (vison européen, vison américain, loutre) dans les habitats naturels de Belarus" Vadim Sidorovich)   est également un formidable homme de terrain, spécialiste incontesté de la grande faune européenne, et courageux défenseur du loup. Le premier séjour que j’ai effectué à sa station de recherches à Naliboki m’a simplement éblouie : j’ai vu non seulement des traces multiples (loup, lynx, ours), interprétées par ce spécialiste, mais aussi de multiples autres indices de la vie sauvage : tanières, griffures sur les sentiers ou les arbres, sans compter les rencontres avec certains d’entre eux : loup, lynx, aigles, loutre, castor, bison, élan, au fil des années de régulières visites dans ce pays. La recherche des tanières m’a permis de voir de près, par deux fois, des louveteaux âgés de quelques jours.

Pourquoi la faune/l’animal sauvage, la vie sauvage ? Nous sommes profondément proches des animaux sauvages, et je le ressens à chaque rencontre fortuite avec le monde sauvage.

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Si vous étiez un animal sauvage, lesquels? Un primate, pour ce qu’il a de semblable avec l’homme, mais aussi pour sa proximité avec le monde sauvage. Un grand félidé tigre ou lion, dont l’histoire naturelle est absolument fascinante. 

La ou les deux plus belles rencontres de vie/faune sauvage ?  Mes plus belles rencontres avec la faune sauvage sont celles qui ont eu lieu par deux fois avec les louveteaux dans leurs tanières à Belarus ;

celles avec les bisons et les élans, régulières dans ces forêts, mais qui me laissent toujours le même regret : pourquoi n’avons-nous pas cette chance en France ?

Celle avec un tigre en Inde du nord : nous étions à trois (mon frère et mon fils de 12 ans) dans un 4x4 sans toit quand un tigre s’est approché de la voiture à l’arrêt à moins de 10m . Le chauffeur avait visiblement perdu toute notion du temps, perdu dans des nuages de fumée hallucinogène. L’animal s’est écarté lentement de la voiture et est parti en expulsant l’urine sur les pneus. Le tigre est sans doute l’animal le plus somptueux de la planète

Une autre belle rencontre est celle des ours de l’île de Kodiak : nous avons fait plus de 60 observations en 5 jours, d’ours en train de pêcher, de femelles allaitant les petits, de petits tentant de grimper à un arbre. J’ai eu la chance d’en approcher à quelques mètres. C’était une femelle marchant avec ses petits (j’étais sur un tronc couché immobile à un mètre au-dessus d’elle) : l’ourse m’a regardée, a reniflé l’air ambiant, et est reparti allaiter les petits. Selon la guide, elle a fait preuve d’une belle tolérance à mon égard.

Des rencontres plus modestes, mais tout aussi belles : celles lors du brame du cerf en Alsace, car ils viennent s’exprimer jusque sous mes fenêtres dans notre maison de campagne.

Votre/vos lieux de nature préféré ? Belarus pour la grande faune, les forêts primaires de Néra en Roumanie pour l’étude de la sylvigenèse, la forêt de Paiolive en Ardèche pour sa forêt ancienne, une des seules en Méditerranée

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ? La Papouasie Nouvelle Guinée pour ses oiseaux de paradis. Une merveille absolue de l’évolution

L’œuvre (une des vôtres ou celle d’un autre, un livre, un poème, une œuvre artistique, autre chose) qui vous semble illustrer/résumer/symboliser le mieux votre parcours ?

Le livre de R.A.A. Oldeman Forest : Elements of Silvology - Roelof A. A. ... sur la sylvigenèse a marqué ma vie de scientifique.

J’ai écrit les textes d’un livre paru aux éditions de la Martinière, intitulé « Forêts d’Europe » : j’ai pu y mettre mes connaissances sur les milieux naturels, mais aussi des réflexions sur les relations entre la nature et les sociétés humaines depuis les temps préhistoriques. Une de mes autres nombreuses passions étant l’histoire de l’humanité. Les concepts de Oldeman  sont également intégrés.

Quel matériel utilisé pour vos sorties en nature ? Jumelles, éventuellement appareil photo

Un conseil au débutant dans votre activité, que lui diriez-vous ?  Allier l’étude approfondie des milieux naturels dans une large gamme de disciplines : biologie (histoire naturelle, taxonomie, écologie), mais aussi géographie, histoire, archéologie, avec les sorties naturalistes, et cela dans le plus grand nombre d’écosystèmes sur la planète.

Un animal disparu revient, lequel ? L’aurochs, la beauté absolue des forêts d’Europe.

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage? Retrouver de vastes espaces sauvages même à partir de zones anthropisées. Le temps nécessaire pour retrouver la nature sauvage n’est pas si long. Ces espaces doivent être difficilement pénétrables, par l’absence de sentiers et de routes, mais pas interdits au simple promeneur. Des mesures urgentes de protection  de la faune et des habitats doivent y être associés. Les expériences dans de tels milieux doivent faire l’objet de communications constantes envers le public afin de mettre fin à la méfiance vis-à-vis de la nature ensauvagée. 

Ravin de Lorraine nitouche depuis 100 ans/A.Schnitzler

 

Une urgence pour la faune sauvage, pour la vie sauvage ? Œuvrer par différents moyens pour convaincre la société actuelle de tolérer la vie sauvage, et d’en accepter les contraintes

Une association qui vous tient à cœur ?  Forêts Sauvages, et l'Association Francis Hallé pour une forêt primaire

Pour conclure, vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous laisser comme message aux autres ?

Protéger le sauvage, comme référent pour les sociétés futures, dans un monde qui devient de plus en plus artificialisé.

 

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