Photographes animaliers

BLANCHY Christophe

C'est par le Sud que nous avons croisé Christophe Blanchy, par "Un autre Sud", magnifique ouvrage de photos, chronique de rencontres sauvages dans les Alpes du Sud où la couleur et le décor comptent autant que le sujet.

Mais les images ne nous suffisaient pas, il nous fallait aller plus loin. Plus loin? Qu'il nous raconte son itinéraire, ses goûts, ses cheminements...

Quelques allers-retours ont suffi pour qu'il s'exprime.

Rencontre avec un talent sûr qui fait rêver

Photo d'accueil : Fabien Bruggmann

INTERVIEW

Votre Parcours en quelques étapes ? Né en 1972, j'ai découvert la nature à la montagne, là même où je suis venu habiter aujourd'hui. Mes parents et grands parents ont été des éléments clé dans cette passion. Très jeune j'étais toujours avec mon grand père, chasseur, à l'époque où chasser avait encore un sens, pour mieux nourrir sa famille et améliorer le quotidien avec des sangliers sauvages...
J'ai ainsi appris les mœurs de la faune sauvage, les techniques de pistage, la recherche d'indices.
Quelques années plus tard j'effectuais des études en sciences, puis une spécialisation dans l'Espace Vert en même temps que la naissance de ma passion pour la photographie. Ma carrière a commencé dans l'entretien des jardins, puis l'élagage des arbres remarquables des jardins du Casino de Monte Carlo.
J'ai ensuite géré le Centre Botanique du Jardin Exotique de Monaco... Jusqu'à ce que je réorganise ma vie pour m'accorder du temps pour contempler la Faune Sauvage.

Escapade exotique au Centre Botanique de Monaco/photo Bernard Touillon

Vos actions en cours en quelques mots ?  Mon travail de prospection et d'analyse des mœurs de la Faune Sauvage m'a dirigé vers une approche généraliste au départ, pour avoir une vison d'ensemble. Chaque année mon expérience grandit, tout devient de plus en plus spécifique et précis.  La priorité ? L'urgence de faire évoluer les us et coutumes, d'aller vers une réflexion globale sur les interactions entre l'homme et la nature.
Mon objectif est de chercher à sensibiliser aux richesses qui nous entourent, toutes proches mais pourtant méconnues, insoupçonnées du plus grand nombre.

Quels sont vos maîtres à penser, vos références ? Je suis quelqu'un de très curieux en ce qui concerne le vivant. J'adorais dans mon jeune âge étudier les fonctionnements cellulaires, les interactions naturelles, analyser les biotopes pour la botanique d'abord, puis en toute logique l'analyse de la faune aujourd'hui.
Les aventures du Commandant Cousteau ont été déterminantes dans ma passion. Quelques années plus tard ce fût Nicolas Hulot. Je rêvais devant tant de richesses naturelles... Aujourd'hui les artistes et photographes sont nombreux mais je suis particulièrement imprégné par les œuvres de Vincent Munier sur terre, et Laurent Ballesta sous l'eau.

 

Pourquoi la faune/l’animal sauvage, la vie sauvage Eh bien tout simplement parce que j'ai la chance de vivre au beau milieu de cette faune, dans un petit coin de paradis.
Je suis plus que conscient qu'il n'y a pas de frontière entre la vie sauvage et moi même. Nous sommes juste une entité parmi toutes celles qui composent l'écosystème terrestre. Nous ne sommes qu'un maillon dans la chaîne du vivant.

Peu de personnes en sont réellement conscientes et la plupart des politiques aux plus hautes places du pouvoir devraient avoir honte aujourd'hui.

Si vous étiez un animal sauvage, lequelsJe serais un vautour ! Un vautour moine, bien difficile à apprivoiser.

Vautour Moine/Causse Méjean/photo jbdumond

L'oeil vif, n'aimant pas la chasse je me déculpabiliserai en effectuant mon rôle essentiel d’équarrisseur naturel. J'adore "voler", la chute libre m'a un temps attiré. Je passerai l'hiver dans les splendides gorges du verdon, je pourrais contempler ces drôles de singes qui grimpent sur ces si belles parois calcaires, au risque quelquefois qu'ils puissent déranger la progéniture de mes cousins fauves...
D'en haut le monde est plus beau. Les misères que l'homme lui inflige sont moins visibles. Il y est plus facile de fuir les mauvais êtres que parfois vous êtes !

La ou les deux plus belles rencontres ? Mon premier face à face avec le loup alpin !
Jamais je ne pourrai oublier ce regard, ces secondes partagées à nous analyser.
Le récit de cette rencontre est dans mon ouvrage, j'ose donc solliciter votre curiosité  ;-)

Votre/vos lieux de nature préféré ? Le Mercantour, j'y habite, la diversité y est riche et diversifiée, la préservation y est assez bien gérée.
Les Abruzzes en Italie, un autre monde, un paradis ! Pas de chasse depuis presque un siècle, des meutes de loups définies, libres, non persécutées, des éleveurs et autochtones qui aiment la vie sauvage, leur patrimoine. Encore quelques ours marsicains qui je l'espère ne s'ajouteront pas à la sombre liste des espèces disparues.

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ?  L'Alaska. L'immensité, les ours bruns, la ponte des saumons, tenter un jour ma petite expérience "Into The Wild", la vraie !
Le Spitzberg, découvrir l'Arctique et voir les ours blanc avant qu'il ne soit trop tard.

L’œuvre qui vous semble symboliser le mieux votre parcours ?

« Into The Wild », un rêve, la Nature et rien d'autre... mais dans ma version j'y amènerai ma fille et ma chérie  ;-)


Et puis, sans aucune prétention ni fierté personnelle, mon premier ouvrage. Il reflète 5 ans de ma nouvelle vie, mes approches, mes recherches, mes inspirations. Je voulais que ce livre soit très personnel, avec l'aide de Fred Renaud j'y suis parvenu.

Quel matériel utilisez-vous ? Je suis Canon. Pas énormément d'expérience niveau boitiers, je suis convaincu qu'on peut faire du très beau avec bon nombre de modèles. J'ai longtemps travaillé avec un 7DII, et ai obtenu aussi un 5Ds. Je n'ai jamais testé les fameux 1Dx, mais j'espère y parvenir un jour, limite de budget oblige.
En optiques j'ai aussi énormément travaillé avec un 100-400 II, fameux. J'ai aussi un 70-200 III et ai enfin réussi à m'équiper d'une focale fixe, un 300 2.8 II : Magique !!!
Perso je passe les ¾ de mon temps à prospecter, observer de très loin aux jumelles. Je ne supporte pas de pouvoir être perturbateur, donc je ne suis aucunement pressé d'obtenir ce dont je rêve. Ma devise est la suivante : avec la passion qui m'anime, tout finira un jour par se produire. Il faut juste juste s'en donner les moyens.

Et quelles techniques de rencontre avec l’animal sauvage ? Affûts à 80%. Les approches sont parfois possibles, en fonction des espèces et des saisons.
Bien évidemment tout bon travail doit se préparer la nuit pour être en poste au levant. Je préfère d'ailleurs le levant pour la 'zenitude' qu'on acquis les animaux après une belle nuit paisible. On dispose d'un peu plus de temps pour travailler les lumières. Je n'aime pas travailler en sensibilités élevées.

Un conseil au débutant dans votre activité?  Avant de vouloir obtenir des clichés il faut acquérir les bases techniques de la photographie. Je suis un autodidacte, j'ai tout appris par les livres, mais surtout des tests permanents. Encore aujourd'hui je teste des réglages, des possibilités.
L'attitude envers le Vivant doit être respectueuse. Seule la patience permet d'obtenir de bons résultats. Mais surtout, ne traquez pas l'animal. On entend des fois dire que la photographie est une forme de chasse. Pas vraiment ! La photographie est un art de composer avec les éléments, de conjuguer la faune avec ses biotopes. Un animal ne se traque pas, il est rencontré quand on débute, attendu quand on a compris ses mœurs. Une belle photographie se constate selon moi dans le regard du sujet. Il ne doit pas être inquiet, terrorisé, tout le contraire d'un animal traqué...

Un animal disparu revient, lequel ? Et un animal fantastique à imaginer ? Le Dodo de l'île Maurice. Il est emblématique et surtout caractéristique de la bêtise humaine. Il a été découvert en 1598, mais il n'a fallu qu'un siècle pour l'anéantir puisque trop vulnérable. Certains diront : 'mais cela était une autre époque !'


Eh bien pas du tout, la vitesse de disparition d'espèces menacées est fulgurante de nos jours, en hausse incessante. Nous sommes capables de marcher sur la lune, mais pourtant incapables de préserver nos abeilles...
Si je devais rêver d'un animal fantastique ? Non, plutôt un homme devenu réellement intelligent : apte à comprendre que le respect du vivant est sa raison de vivre.

 

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage ? Chez moi j'en ai pris plusieurs :

  • tout mettre en œuvre pour aider à la préservation de la vie qui m'entoure,
  • tenter de faire évoluer les mentalités,
  • valoriser nos richesses sauvages avant de valoriser les façons de les chasser !

Une urgence pour la faune sauvage Il y en a des tonnes.
Mais si je devais en garder qu'une je pense qu'il faudrait apprendre à la respecter, ce serait le meilleur moyen d'apprendre à nous respecter nous-mêmes.

Une association qui vous tient à cœur ? Je suis assez admiratif du travail accompli par ASPAS et la création des Réserves de Vie Sauvage. LA SOLUTION. On ne devrait plus entendre parler de Réserves de Chasse, une hérésie.

FERUS est très actif et méritant également, au même titre que le Pôle Grands Prédateurs, mais aussi AVA qui ose dénoncer la barbarie et le mépris d'individus d'un autre siècle...

Pour conclure, vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous laisser comme message aux autres ? 

Arrêtez de courir ! Trouvez un coin de verdure, asseyez-vous, coupez vos téléphones, restez là quelques heures. Observez, écoutez tout ce que vous ne connaissez pas. La vrai vie est là !

 

DISTINCTIONS

  • Prix du Public au Festival Images et Montagnes 2019, Saint Martin Vésubie,
  • Premier Prix ( Image de Couverture du Livre 'Un Autre Sud' ) - Catégorie Mammifères aux premières Rencontres Photographiques du Marais du Vigueirat et Maison de la Chasse et de la Nature, Camargue et Crau.

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