Photographes animaliers

DUPONT Cédric

Etre photographe animalier, c’est avant tout aimer profondément les espaces naturels et sauvages, et vouloir témoigner de leur beauté. C’est prendre parti, en révélant ce que nous ne prenons plus le temps d’observer aujourd’hui : la faune et la flore qui nous entourent, qui résistent parfois au cœur même des grandes agglomérations. Autant dire que dans une société vouée au culte de la consommation à outrance, au paraître, à l’artificiel, et qui voit désormais la nature comme une rivale qu’il faut dompter et exploiter, la tâche des photographes animaliers est ardue.

Ma rencontre avec la nature, je la dois à mes parents. Au cours de mon enfance et de mon adolescence, nous passions les vacances en famille, le plus souvent dans le Parc National du Mercantour, parfois en Camargue ou en Bretagne. Rapidement passionné par la faune sauvage, j’y ai fait mes premières observations : marmottes, chamois, bouquetins, chevreuils, faucons, pics noirs… Puis, pour améliorer ces observations, j’ai appris à connaître les comportements des espèces, les indices de leur présence sur le terrain, leur alimentation, et à avoir un impact le plus limité possible sur leur environnement.

Au fil des années, j’ai ressenti le besoin de partager ces moments privilégiés, de révéler la beauté et la fragilité de cette faune. Travaillant dans la communication, je faisais déjà de la photographie dans le cadre de certains projets. J’ai donc fait évoluer mon matériel, pour ne plus me consacrer qu’à la photographie animalière. Et ce qui était au départ une passion est devenu une activité à part entière.

Tout au long de l’année, je parcours donc les parcs naturels afin d’en photographier la faune, ou je prépare les prochaines sorties. Début 2017, je suis devenu un des Ambassadeurs de Jama Photo (spécialiste de la photographie naturaliste). En 2018, j’ai commencé à collaborer avec le fabricant d’objectifs Sigma, testant du matériel sur le terrain. Début 2019, j’ai intégré l’équipe de l’agence photo Naturimages, signant un contrat d’exclusivité de 3 ans. Et en novembre de cette même année, j’ai été invité par Sigma à animer une conférence au Salon de la Photo de Paris. Autre belle surprise, une de mes photographies a été exposée durant tout l’événement par l’organisation du Salon.

 

INTERVIEW

Pourquoi l'animal sauvage ?

Mon intérêt pour la nature, et plus particulièrement pour la faune sauvage, vient certainement de l’éducation que j’ai reçue. Pendant mon enfance et mon adolescence, nous allions très souvent dans le Parc National du Mercantour avec mes parents. C’est là que j’ai appris à identifier mes premiers oiseaux, mammifères, etc., et surtout, à savourer ces moments de liberté en montagne. Je peux vous assurer qu’après, le retour sur Nice - où nous habitions - était pour le moins douloureux.

Cet intérêt pour la faune sauvage ne m’a plus jamais quitté. Même lorsque je travaillais à Lausanne, je partais en randonnées dans le Jura ou les Alpes suisses. Alors quand j’ai eu mon premier appareil numérique, je me suis aussitôt intéressé à la macrophotographie. Et je suis définitivement venu à la photographie animalière trois ans plus tard.

Quels sont vos maîtres à penser ?

Je n’aime pas trop l’idée de maîtres à penser, je préfère parler plutôt de sources d’inspiration, de références qui peuvent influencer mon parcours. Parmi les photographes dont je respecte profondément la personnalité et le travail, je peux citer Vincent Munier, Laurent Baheux, Tony Crocetta ou encore Markus Varesvuo, mais ils sont bien plus nombreux encore.

Ces photographes parviennent à me toucher, m’émouvoir, chacun à sa manière, avec son style. Et c’est peut-être cela ce qu’il faut en retirer. Le fait qu’une bonne photographie, peu importe le style ou la technique, doit toucher ou communiquer, transmettre une émotion.

Une œuvre marquante ? 

Niveau littérature, j’ai toujours été marqué par l’œuvre de Jack London. A la fois pour ses engagements, son parcours et son évocation des étendues et de la faune sauvage du Grand Nord.

Si j'étais un animal sauvage ?

Les rapaces, notamment les faucons, me fascinent. Ils ont des facultés remarquables, comme le faucon crécerelle et son vol stationnaire appelé « vol du Saint Esprit ». Malheureusement, nombre d’entre eux sont la cible de tirs durant la saison de la chasse. Il serait temps de renforcer les mesures contre de tels actes, afin qu’elles deviennent vraiment dissuasives.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

C’était lors d’une randonnée de plusieurs jours dans le Mercantour. Un soir, alors que je m’apprêtais à bivouaquer, un renard s’est approché. Il était extrêmement curieux, autant que je pouvais l’être de le voir faire. Je n’ai pas bougé, l’ai laissé gagner en confiance et continuer d’avancer vers moi. Il est venu sentir mes affaires, mes chaussures, mon treillis. Nous sommes restés là un long moment, à nous regarder, nous découvrir. Puis il est reparti aussi tranquillement qu’il était venu.

Cette rencontre là reste gravée dans ma mémoire, c’était magique.

Un animal disparu qui reviendrait ?

Quand on parle d’animaux disparus, on pense souvent à des époques reculées ou à des pays lointains. Le bouquetin des Pyrénées s’est définitivement éteint en 1999, en grande partie à cause de la chasse. Il est temps de comprendre que la protection et la sauvegarde des espèces est une priorité, et qu’en France aussi, il est urgent d’agir.

La photo ou la série à laquelle vous tenez particulièrement ?

La photographie animalière, ce sont des instants particuliers, durant lesquels je me sens concentré à la fois sur mon sujet, mais aussi sur ce que je vis. La proximité d’un animal, son regard, font que certains me marquent plus que d’autres. Je peux citer la série faite au Kenya sur la chasse d’un serval, ou encore le moment où je me suis trouvé sur une plage à moins de 5 mètres de petits gravelots et de bécasseaux qui étaient curieux de voir cette forme étendue au ras du sol.

Tous ces moments sont précieux, et les photographies que j’en ai faites, bien que très différentes, me tiennent à cœur.

Spot préféré ?

Je n’ai pas de spot de prédilection, et j’ai tout autant adoré photographier au Kenya qu’au Nord Vietnam par exemple. En France, j’aime particulièrement travailler en Camargue pour sa biodiversité remarquable, et dans le Mercantour pour ses paysages, les efforts qu’exige la photographie en montagne, et l’atmosphère particulière que je peux y trouver.

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ?

Je suis très attiré par la Finlande et le Canada. Ces pays disposent encore de vraies étendues sauvages, avec des possibilités énormes pour la photographie animalière. Ils ont tout pour me séduire. Après, je suis très attaché au Kenya - pays que j’ai découvert grâce à Tony Crocetta - ainsi qu’au Vietnam - que j’ai eu l’opportunité de parcourir partiellement en 2017, notamment en partant à la rencontre du Langur de Delacour, un primate en danger d’extinction.

Quel matériel utilisez-vous ?

Je dispose d’un 5D mk III et d’un 1DX, deux boîtiers Canon.

Grâce au partenariat en cours avec Sigma, j’ai la chance de pouvoir travailler avec plusieurs objectifs selon mes projets. J’utilise en particulier un 150-600 mm, et un 500 mm F/4.

Sur le terrain, j’utilise également différents filets et tenues de camouflage, variant en fonction des milieux naturels que je fréquente, et bien entendu des saisons.

Enfin, j’importe mes photographies sur le Mac et les traite sur Lightroom, avant de les adapter aux formats voulus sur Photoshop. Je m’interdis par contre toute retouche profonde, car je veux impérativement respecter l’atmosphère d’origine, le cadre naturel.

Et la technique ?

Dans les marais ou les étangs, j’ai tendance à privilégier les longues heures d’affût dès l’aube, technique qui correspond bien à cet environnement. En montagne par contre, l’approche se révèle parfois être plus adaptée, même si elle est plus exigeante. En fait, je m’adapte à chaque terrain que je peux pratiquer, dès lors que le sujet n’est pas dérangé.

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage ?

En France, la situation des loups est en train de devenir extrêmement préoccupante. Sous la pression des éleveurs - relayés et soutenus à l’approche des élections par les élus locaux -, le Gouvernement ne cesse de relever d’année en année les quotas de loups à abattre.

Malgré une importante opposition de la population lors des consultations publiques et les directives européennes qui protègent l’espèce, le loup est donc plus que jamais menacé. Il est vraiment temps que la France s’applique sur ce sujet et prenne exemple sur des pays comme l’Espagne ou l’Italie, qui gèrent bien mieux ce dossier. Nous sommes les seuls à avoir autant de difficultés avec le loup !

Une association à mettre en avant ?

Je suis très sensible au travail que réalise Sea Sheperd. Leurs actions directes sont très efficaces et compliquent sérieusement la tâche des chasseurs et des braconniers en mer. Et en médiatisant leurs campagnes comme ils le font, ils parviennent à avoir un fort impact en matière de sensibilisation du public.

Une urgence pour la faune sauvage ?

En évoquant les menaces qui pèsent sur les rapaces, les loups, etc., ou en mentionnant l’action de Sea Shepherd, je pense que nous parlons finalement d’une seule et même urgence : celle de limiter de manière importante l’impact qu’a l’être humain sur la faune sauvage. Actuellement, l’Homme est sans aucun doute le plus grand prédateur, mais il oublie un peu vite que par ses actes, il se met lui-même en danger.

Des conseils ? 

Si je dois donner un conseil aux photographes débutants, ce serait d’adopter un comportement éthique. Dans la nature, il faut savoir renoncer à une photographie et faire preuve d’humilité et de respect. Se renseigner et étudier les espèces, c’est non seulement se donner les moyens de les photographier dans de bonnes conditions, mais c’est surtout le moyen de limiter les dérangements de la faune sauvage.

Pour conclure ?

Je veux ici remercier les personnes qui me soutiennent dans mon parcours, que ce soit ma compagne, ma famille, mais aussi certains photographes, comme Tony Crocetta. Leurs conseils m’ont toujours été précieux, inspirants.

J’espère en retour que par ma démarche, j’aurai sensibilisé un grand nombre de personnes à la beauté mais aussi à la fragilité de la nature. Et si ces personnes pouvaient s’ancrer dans une démarche similaire, en défendant à leur tour la faune et la flore sauvages, alors je n’aurais pas été inutile.

DISTINCTIONS

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

Double page dans Le Journal de Mickey, numéro 3504

Une photo exposée au Salon de la Photo de Paris, 2019

Conférence sur le stand de Sigma France au Salon de la Photo de Paris, 2019

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