Photographes animaliers, Les réalisateurs

COLLOMBET Guillaume

Les doigts gelés à ne plus pouvoir prendre de photo, les horizons gagnés à en perdre haleine, le souffle coupé par l'apparition du vide... La montagne impose ses lois, en dictant à la nature un rythme de vie particulier.

Je suis né en 1990 au cœur de la plus longue vallée des Alpes : la Maurienne. Dès mon plus jeune âge, je cours la montagne, pour observer chamois, tétras-lyre et bien d’autres. Rapidement, j’ai cherché un moyen de partager mes rencontres avec la nature, et c'est tout naturellement qu'un appareil photo est devenu le fidèle compagnon de mes excursions.

 J’ai d’abord suivi des études dans l’environnement avec un BTS gestion forestière, puis un BTS gestion et protection de la nature, avant de compléter mon parcours par de l’audio-visuel avec un Master en réalisation de films documentaires animaliers et un diplôme universitaire de reportage en photographie de nature (à l’IFFCAM).

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Présent à Ménigoute 2015

 

Aujourd’hui je donne d’ailleurs des cours dans cette école unique, notamment sur les façons de filmer la nature sans la déranger, et je me suis lancé à mon compte dans la photographie et le cinéma.

Je propose également des stages photo dans la nature au fil des saisons, sur des thèmes variés comme la macro ou la rencontre des bouquetins en hiver. Je travaille en partenariat avec une ferme qui propose un hébergement en yourte dans un joli paysage montagnard, et des repas préparés avec leur production locale.

INTERVIEW

Quel cheminement personnel jusqu'à l'animal sauvage ?

Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours été dans la nature : en montagne avec mes parents, ou en construisant des cabanes avec mes copains pour observer les bouquetins et les premiers gypaètes. C’est tout naturellement qu’un appareil photo est arrivé dans mes mains pour ramener des souvenirs de mes premières ascensions solitaires vers les sommets, depuis mes 10 ans.

Un maître à penser ? 

J’aime beaucoup Robert Hainard, pour le temps passé à observer et explorer des lieux sauvages, et aussi pour ses gravures qui dégagent beaucoup d’émotion ainsi que Vincent Munier pour ses images d’ambiances.

Une œuvre marquante ? 

C’est simplement de passer du temps dehors qui m’a donné envie d’y passer encore plus de temps !

Si j’étais un livre, je serais « Premier de cordée » : la vie des Hommes en montagne a quelque chose de simple et de beau, et je pense qu’on est obligé de vivre avec la nature dans ce milieu tant elle impose ses conditions rigoureuses.

Si j’étais un film, je serais « Voyage au bout de l’hiver », car j’évolue dans le même décor qu’Anne et Erik Lapied. Ils ont réussi à sublimer la nature tout en montrant la passion de leur travail.

Si j'étais un animal sauvage ? 

Sûrement le lièvre variable : un animal discret dont on entend très peu parler et qu’on observe rarement. C’est une petite « boule de neige » qui arrive à survivre au pied des glaciers, vers 3000m d’altitude, même en plein hiver !

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ?

Par une belle nuit étoilée de printemps, j’étais dans mon affût à la limite supérieure de la forêt. Juste avant l’aube, un battement d’ailes s’approche, et la silhouette d’un tétras-lyre apparaît sur la neige gelée. À peine posé, il commence à parader. Soudain, un bruit de crissement de pattes sur la neige froide l’interpelle et il s’arrête. Un lièvre variable surgit dans la pénombre, et il avance droit sur le coq ! Il s’arrête juste devant lui et se dresse sur ses pattes arrière. Le tétras l’observe un moment, puis il se remet à roucouler, en ne voyant aucun danger. Alors le blanchon écoutant ce joli chant, finit par reprendre son chemin en passant contre le tétras… Cette observation de deux espèces emblématiques qui se regardent face à face, à quelques mètres devant mon affût, sur un fond de vallée encore endormie et de cimes blanches, restera à jamais dans mon esprit.

Un animal disparu qui reviendrait ?

L’ours brun dans les Alpes : il y a une autre dimension qui nous entoure quand simplement on se balade dans une forêt où on sait que l’ours est présent.

Un animal fantastique qui existerait ?

Avec un peu d’imagination, pourquoi pas une chouette toute blanche, comme le harfang des neiges, qui vivrait sur les sommets alpins ?

La photo ou la série à laquelle vous tenez particulièrement ?

J’aime particulièrement les fortes chutes de neige, car l’ambiance épurée et puissante de l’instant est magique. J’apprécie aussi les forêts de mélèzes à l’automne, car les arbres semblent se changer en Or et le décor devient féérique pour chaque animal qui se promène dedans.

Mais ce que j’adore, c’est quand j’arrive à voir un animal en contre-jour dans l’axe du soleil, à l’aube ou au crépuscule, juste avant que les rayons apparaissent ou ne disparaissent. Le pelage ou le plumage de l’animal commence à scintiller de plus en plus fort, et c’est alors que se dessine un fameux liseré d’Or.

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Spot préféré ?

J’aime la « zone de combat » où les arbres n’arrivent plus à pousser à cause de l’altitude et de ses conditions météo. Dans une ascension, c’est à ce moment qu’on sort de la forêt et qu’on découvre le paysage immense qui nous entoure. C’est un lieu riche pour la faune et la flore, car on peut croiser aussi bien des espèces forestières que des espèces de haute altitude, et des espèces qui vivent seulement dans cette lisière naturelle.

Un lieu mythique ?

J’apprécie chaque coin de nature, mais j’ai un faible pour les lieux froids et nordiques, et encore un plus gros faible pour les lieux froids et nordiques où il y a du relief !

Et la technique ?

À mon avis, c’est important de bien maitriser la technique photo, pour pouvoir l’oublier. On peut alors se consacrer à l’instant présent et à notre image : quand nos doigts glissent tout seuls sur les boutons de l’appareil sans qu’on y prête attention, on se concentre dans notre viseur et on essaye de faire par instinct une image qui serait comme un tableau de maitre, en jouant avec la lumière, la composition et ces petits instants furtifs qui n’existent que le temps d’un déclic.

Des urgences ? 

Au rythme où on va, tout semble urgent ! Mais je crois avoir lu une idée de Robert Hainard qui dit quelque chose comme ceci : « J’ai toujours cru que les Hommes devaient protéger la nature, mais je me rends compte que ce sont les Hommes qui ont besoin de la nature. On ne peut pas vivre sans elle. »

Des conseils ? 

Le temps… Pour moi il est important de prendre son temps pour faire de belles images : apprendre à connaître la nature qui nous entoure, comprendre comment elle fonctionne, quelles habitudes ont les animaux, etc. Il ne faut pas vouloir rapporter des images à tout prix, et on comprend parfois que la quête est plus importante que le résultat.

Il y a le temps, mais il y a aussi son propre regard : ça ne sert à rien de copier un style de photo ou de rechercher une espèce emblématique qu’un photographe a saisi. Tout ce qui nous entoure peut devenir magique dans notre viseur, et encore d’avantage si on affirme notre propre point de vue.

Une association à mettre en avant ?

Globalement toutes celles qui protègent la nature. Mais je préfère les mouvements qui incluent aussi la vie des Hommes dans leurs idées. Si on met la nature sous cloche à un endroit pour la protéger et qu’on permet de détruire tout ce qu’il y a autour, peut-être qu’il n’y a pas un très grand intérêt ?

Pour conclure ?

L’image de nature est une passion dont j’essaye de faire mon métier. Et pourtant j’essaye de faire en sorte que la photo reste la cerise sur le gâteau. La première chose étant de profiter du temps qu’on passe dehors et de garder un profond respect pour la vie sauvage : aucune image ne justifie un dérangement et l’éthique est simplement la base. Mais si on photographie avec respect, la nature nous le rend, et c’est une des plus belles passions qui existe !

DISTINCTIONS

Les films de Guillaume ont été sélectionnés dans plusieurs festivals, et ses photos ont été nominées et primées dans différents concours nationaux et internationaux​​​ :

-  1er prix des 5èmes rencontres Natur’images dans les Vosges en 2011, des nominations au festival de Namur (en 2011 et 2014),

- deux fois en demi-finale et deux fois en finale du BBC wildlife photographer of the year (2009, 2010, 2011, 2012),

- 3ème prix du public pour mon exposition à l’Automne photographique en Champsaur (Hautes-Alpes 2013)...

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

3ème édition du festival Nature de Hauteville-Lompnes ce printemps pour exposer et présenter le film « Instinct Animal », ainsi qu’au festival international de Ménigoute cet automne où je suis l’invité d’Honneur du salon d’art animalier pour présenter ma nouvelle exposition photographique.

Réalisations :

  • « À pas de velours » : (20 min, 2011) regard décalé d’un montagnard qui découvre le bocage en suivant le chevreuil.
  • « Instinct Animal » : (30 min, 2012) : un film original qui nous plonge dans la peau d’un animal mystérieux !
  • « Aishinnu, l’Homme de demain » (60 min, 2014) : un film réalisé en collectif sur les relations entre les Hommes et la nature au Québec, dans le petit village de Tadoussac.
  • « Le Lièvre Blanc, histoire de photographe animalier » (sortie prévue en septembre 2015) : suivez la quête éprouvante d’un photographe qui parcourt la montagne en toutes saisons, à la recherche d’un animal invisible : le lièvre variable.

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