Photographes animaliers

DA FORNO Eduardo

Nous avons croisé Eduardo Da Forno à Montier en Der en novembre 2018, il exposait une superbe série de méduses aussi secrètes que fascinantes.

Nous avons voulu en savoir davantage sur cet océanographe-plongeur-photographe chilien qui vit en France depuis quelques années.

Il n'avait pas fini de nous étonner : nous le pensions sous l'eau, il est aussi bon sur le sec!

Des images, des lumières, des cadrages... Une sacrée leçon de photographie et de nature.

Rencontre!

INTERVIEW

Votre parcours en quelques dates ? Je suis né en août 1972, (46 ans), à Valdivia, en Patagonie Chilienne, où j’ai passé la première partie de ma vie en contact direct avec la nature et les animaux.

Valvidia aujourd'hui

Passionné dès mon plus jeune âge par la nature et plus particulièrement par le monde marin, c’est tout naturellement que je suis devenu Biologiste Marin - Océanographe et plongeur professionnel. J’ai pu parcourir et découvrir mon pays au cours des nombreux projets scientifiques auxquels j’ai participé.

Depuis 2003 je vis en France et combine au quotidien mon amour pour le monde marin et la plongée en travaillant à l’Aquarium de Paris - Cinéaqua. Passionné de voyages et plutôt attiré par les pays froids, j’ai parcouru des régions extrêmes de notre planète où j’ai capturé des instants magiques et des scènes hors du commun lors des diverses expéditions scientifiques et photographiques, auxquelles j’ai participé.

Par mon travail photographique, mon souhait est de rendre hommage à la beauté infinie de la nature et de la partager avec les générations actuelles et futures. Les images et les histoires qui les accompagnent sont  de merveilleux outils pour nous sensibiliser sur le fait que nous sommes tous responsables envers notre « Terre Mère » et qu’il est vital de la protéger si nous voulons nous préserver.

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? Indéniablement Jacques Cousteau. Dans mon enfance au Chili, une fois par semaine, on pouvait voir un chapitre de ses expéditions sur un téléviseur en noir et blanc de l’époque. J’étais fasciné par toutes ces images et ces histoires, mais le chapitre sur l’expédition faite en Antarctique a été une révélation pour moi et avec le recul a été le fil conducteur de mon avenir professionnel.

A partir de ce moment je n’avais qu’une idée en tête : pouvoir un jour y aller pour voir moi-même ces paysages majestueux, ces animaux incroyables et surtout pouvoir plonger sous ces énormes icebergs.

Fjords chiliens

Les études en biologie marine ont donc été une évidence pour moi, puis une chose en amenant une autre, la plongée, les expéditions scientifiques pour l’université m’ont amené à parcourir les Fjords Chiliens, et enfin atteindre le rêve ultime : l’Antarctique.

C’est à ce moment la que ma passion pour la photo a commencé.  

Pourquoi l’animal sauvage, ou la nature sauvage Pour pouvoir me confronter à un animal dans son milieu naturel où il règne et où nous sommes de simples spectateurs ou invités privilégiés; mais également pour pouvoir sortir des grandes villes et se retrouver simplement dans la nature.

Faire de la photo animalière me permet d’observer la vie et vivre des moments uniques.

La photo en elle-même est le résultat final, mais la vraie récompense sont toutes les choses vécus pour y arriver : naissance de l’idée ou du projet, la destination, planification et les préparatifs.

La première vision du but atteint, les premières impressions et sensations, les premières photos, les résultats, et surtout les photos qu’on n’a pas pu faire, mais qui restent à tout jamais gravées dans la mémoire sont autant de gratifications.

Si vous en étiez un animal sauvage, lequel ? Si je devais choisir ce serait le Puma, parce que j’ai eu la chance de pouvoir côtoyer ce magnifique, majestueux et mystérieux animal pendant ma jeunesse au Chili.

J’aimerais pouvoir voir le monde là où il habite à travers ses yeux, pouvoir me déplacer avec la grâce et le silence qui caractérise ce félin solitaire.

Une ou deux belles rencontres de faune sauvage ? Ma première rencontre marquante fut lors d’une plongée en Argentine en Péninsule Valdès avec une baleine Franche Australe qui aurait pu, si elle l’avait voulu, tout simplement m’écraser comme une crêpe, mais consciente de ma présence et de ma fragilité, elle s’est déplacée avec douceur et agilité pour pouvoir me contourner sans me heurter. Tout ceci nous a permis à elle comme à moi de pouvoir nous regarder droit dans les yeux pendant quelques secondes où l’espace temps s’est arrêté. Moment que je n’oublierai jamais.

Ma seconde rencontre marquante fut en Afrique du Sud ou j’ai eu la chance d’observer, photographier et plonger avec une grande femelle Grand Requin Blanc dénommée Cruella. Pareillement j’ai échangé avec cet animal un instant de curiosité mutuelle dans une ambiance tant stressante que calme.

Ces deux rencontres marquantes pour moi ont un point commun : le regard échangé avec ces animaux (la porte de l’âme) qui est le point de départ de la communication entre l’animal et l’être humain. Sans oublier que nous sommes nous mêmes des animaux.

Votre lieu de nature préféré ?  Mes aires de jeux préférées sont les pôles : l’Antarctique et l’Arctique, parce que ces endroits sont des lieux où l’être humain n’a pas encore la maitrise totale : on reste des visiteurs privilégiés, mais pour combien de temps ?

Un lieu mythique où vous rêvez d’aller ? Pouvoir retourner encore et toujours dans les pôles, ou bien avoir l’opportunité de prendre part à une expédition au Groenland, une partie de l’hémisphère Nord que je n’ai pas eu l’occasion de visiter, pour pouvoir immortaliser quelques images de sa faune et de ses paysages majestueux.

Comment travaillez-vous ? Boîtier, objectifs…. Je suis fidèle à Canon depuis mes débuts et j’ai la chance de faire partie du CPS depuis plus de 5 ans maintenant.

En ce moment, généralement je voyage avec trois boitiers (1DXII, 5DIV et 7DII) car je n’aime pas changer d’objectifs sur le terrain pour ne pas avoir de problème de poussière, humidité, condensation où simplement minimiser la possibilité de casse !

Pour les prises de vues subaquatiques, c’est un boitier 5DII dans un caisson Aquatica et des Flash Ikelite.

Pour ce qui est des objectifs je vais du 14mm f/2,8 L II USM; 16-35mm f/2,8 L II USM; 24-70mm f/2,8 L USM ; 400mm f/2,8 L IS II USM au 600mm f/4 L IS II USM en passant par le 100mm f/2,8 L IS USM Macro.

Mon objectif préféré étant le 70-200mm f/2,8 L IS USM II car très polyvalent.

Je dois avouer que lorsque je pars en expédition ou en voyage, le moment de préparer mon sac photo est toujours un moment stressant pour moi car je ne dois rien oublier (boitiers, objectifs, carte mémoire, filtres, disque dur, ordinateur portable etc..) et en même temps les kilos s’accumulent à une vitesse hallucinante !

Techniques de rencontre avec l’animal sauvage : approche ou affut ? jour ou nuit ? Il est très important de se souvenir qu’en photographie animalière le photographe évolue sur le territoire des animaux et qu’il doit en conséquence se fondre dans le paysage et se faire oublier.

Pour ma part je photographie essentiellement en approche de jour et en utilisant les techniques d’approches simples apprises dans ma jeunesse (connaître l’habitat et le mode de vie de l’animal recherché, se déplacer discrètement contre le vent…)

Un conseil au débutant dans votre activité, que lui diriez-vous ? Pour ma part le cocktail parfait est : de la patience pour capturer un moment unique et faire les repérages nécessaires au préalable, de la technique pour sublimer la prise de vue et jouer avec la lumière et un zeste de chance pour sortir du commun.

Avoir une idée de la prise de vue que l’on souhaite faire tout en laissant une porte ouverte à l’imprévu et à la chance.

Ne jamais négliger la connaissance de son matériel, ses capacités et ses limites, pour pouvoir bien paramétrer son matériel un peu en avance, mais être capable de tout changer en quelque secondes si la situation le nécessite.

Toujours garder en tête qu’on est privilégié de se retrouver dans un endroit sauvage et parfois en présence d’un animal majestueux ou d’animaux magnifiques.

Parfois il est préférable de perdre une photo au lieu de déranger ou causer des dommages à un écosystème magnifique et fragile. Il faut savoir rester humble et garder le sourire dans toute situation, même si on n’arrive pas à faire la photographie souhaitée, on vient tout de même de vivre un moment unique et magique.

Un animal disparu revient, lequel ? Le grand Megalodon, requin disparu il y a quelques millions d’années, simplement pour pouvoir vérifier si notre croyance qu’il y a une ressemblance entre lui et le Grand Requin Blanc est réelle ou si c’est tout simplement une invention humaine.

Pour le moment l’unique vestige de ce requin disparu, sont ses dents fossiles qui ressemblent énormément à celles du Grand Requin Blanc. (désolé, déformation professionnelle de Biologiste Marin !)

Et un animal fantastique à imaginer ? Je vis avec le monde réel, et il y a déjà de quoi faire :o)

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage, laquelle ? Tous les photographes doivent continuer de montrer au monde les richesses et beautés de notre planète afin de sensibiliser un maximum de personnes tout en respectant le milieu naturel et les sujets photographiés. La priorité ne doit jamais être le résultat photographique mais le sujet et l’écosystème.

Une association qui vous tient à cœur ?  Aucune en particulier mais toute association qui œuvre pour la protection animale et le milieu naturel, a ma sympathie.

Une urgence pour la faune sauvage, pour la vie sauvage ?  L’être humain doit se résoudre à arrêter cette course folle qu’il mène au quotidien : consumérisme effréné, destruction des habitats naturels, sans quoi nous ne laisserons aucune trace du magnifique monde que nous avons connu. Chacun de nous doit à son échelle prendre des initiatives, et ces petites initiatives mis bout à bout donneront des résultats tangibles. Nous le devons pour les générations futures et pour notre belle planète.

Pour conclure, vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous laisser comme dernier message ? Notre Planète est toujours magnifique, même avec tout ce que nous lui avons déjà fait subir.

Il y a toujours de l’espoir, ça vaut la peine de travailler pour lui donner la possibilité de rester magnifique pour les générations futures.

Nous avons le devoir de participer chacun avec un petit geste afin que les êtres humains de demain puissent s’émerveiller comme nous l’avons fait devant tant de beauté.

 

DISTINCTIONS

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

  • 2018 : Montier en Der en Novembre
  • 6 pages dans Chasseur d’Images de Mars 2019
    Expositions à venir :
  • 2019 : Bourg en Bresse du 5 au 7 Avril
  • 2019 : Hauteville du 10 au 12 Mai
  • 2019 : Namur du 19 au 22 Septembre
  • 2019 : Rambouillet du 27 au 29 Septembre
  • 2020 : Perros-Guirec d'Avril à mi Novembre

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