Photographes animaliers

FAVRE Adrien

Réalisateur et photographe, Je définirai ma recherche visuelle comme un besoin de rencontre et d’échange, un témoignage indélébile de notre époque.

Depuis ma plus tendre enfance je suis obsédé par le temps qui passe.

La photographie me permet de figer des instants dans un devoir de mémoire. Je me définirai comme un globe trotter avide de découvrir les autres cultures et les derniers endroits sauvages de la planète.

Ces dernières années mon meilleur compagnon de route s'est révélé être mon appareil photo: Tant de rencontres immortalisées par un simple déclenchement.

Ces milliers de photos entassées sur disque dur, mémoire digitale de ces périples sont autant de souvenirs impérissables.

Les yeux sont les miroirs de l'âme et un regard vaut plus que mille mots.

 

A visionner ici le film "Je suis la vie", pladoyer contre la chasse, et la recherche du loup

INTERVIEW

Quel cheminement personnel jusqu'à l'animal sauvage ?

J'ai un parcours atypique, je suis venue sur le tard à la photographie. J'ai toujours été fasciné par les animaux sauvages mais j'étais très citadin.

En décembre 2014 à la suite d'un séjour en Inde avec une ONG j'ai changé de cap. 

Après avoir appris qu'il y avait 100 000 tigres au début du 20 ème siècle et seulement 3500 aujourd'hui j'ai remis complètement en question ma vie.

La violence de ces chiffres fut un électrochoc.

Un maître à penser ?

Je pense que plus jeune j'ai découvert la nature comme beaucoup de gens de ma générations grâce a l'émission Ushuaia

Même si Nicolas Hulot a beaucoup été critiqué, il a le mérite contrairement à beaucoup de s'être investi. Il m'a fait rêver durant mon enfance, jamais je n'aurais raté une émission. Je lui en ai voulu pendant son court mandat, aujourd'hui je sais à quel point c'est dur de construire avec une vision de court terme uniquement basé sur des intérêts économiques.

Je suis également un grand admirateur de Vincent Munier qui est un modèle pour moi dans sa faculté à sublimer la nature et surtout dans le fait que c'est un précurseur : Munier invente et les autres photographes copient.

Une œuvre marquante ?

Je citerais un film comme je viens à la base de l'audiovisuel. « danse avec les loups » car il a marqué mon enfance.

Il montre extrêmement bien les dérives occidentales.

L' esprit de conquête et de domestication de nos civilisations modernes. Le fait de façonner la nature uniquement dans nos intérêts. 

Dans le film Les indiens eux sont dans un profond respect de la faune et de la flore, Ils ne consomment que ce dont ils ont besoin, ils font partie des écosystèmes. Les blancs sont déjà dans une croisade culturelle qui dicte un mode de vie et dans un consumérisme qui ravage tout.

Si j'étais un animal sauvage ? 

Je crois que si j'étais un animal je serais un loup ou un renard. Ils sont profondément mal aimés et j'ai à coeur de les défendre.

Je les trouve magnifiques et fascinants.

Je serais un loup pour son esprit de famille et sa noblesse, et un renard pour sa ruse et pour son amitié avec le petit prince de Saint Exupéry.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Je suis rentré d'Inde en décembre 2014 et je n'ai pas fait de photos pendant un certain temps. Et puis les week-ends chez mes parents en Loire- Atlantique, sur une durée d'un an j'essayais de photographier un renard. J'avais un pied en ville et l'autre à la campagne.

Je cherchais beaucoup avec mon petit frère qui nourrit la même passion que moi. Le problème est quand on se retrouve sans guide c'est beaucoup plus difficile. Et puis je n'y connaissais rien. Pendant des mois, je n'ai rien vu. On a fait des affûts hasardeux et puis, petit à petit, on a fini par découvrir des semblants de traces, de présence sur un territoire. J'ai concentré tous mes efforts sur une zone.

Et un jour, sur le coup de 17h, en mai, on est tombé sur un renard, j'en tremblais et j'en ai pleuré, j'avais réussi je pouvais rentrer chez moi et enfin répondre  fièrement « oui » à la question posé tous les jours par ma mère « vous avez vu quelque chose ?». 

Depuis je les piste un peu partout et c'est toujours une joie immense de les croiser. J'aime dire que la photographie animalière est une vie de solitaire faites de magnifiques rencontres.

Un animal disparu qui reviendrait ?

Je crois que je dirais le Mammouth car c'est un animal mythique qui nous ramène à nos origines. Il nous met face à ce monde sauvage dont nous nous sommes affranchi. Il est également un bon exemple de ce qui pourrait arriver avec les éléphants si rien n'est fait. Car même si la chasse par l'homme n'est sans doute  pas la cause principale de l'extinction des mammouths, elle y a probablement contribué de manière importante.

Un animal fantastique qui existerait ?

Une sirène, parce que je crois que ca ne me déplairait pas de photographier une femme nue mi ange mi poisson, plus sérieusement je trouve que ce serait la fusion parfaite de l'homme et l'animal.

Elle nous ramène également  à des mythologies très ancienne qui montre que finalement nous avons toujours voulu séparer le vivant : les humains d'un côté et les animaux de l'autre. 

La photo ou la série à laquelle vous tenez particulièrement ?

Je crois que je dirai ma première photo de loup car j'ai eu le souffle coupé et que je n'arrivais pas à arrêter de pleurer.

Le plus drôle c'est que dans l'excitation je n'ai même pas réalisé que mon loup n 'avait qu'une oreille.

Quelques minutes après, les mains tremblantes à  l'idée que la carte n'ait pas enregistré les photos, alors que je regardais mes images sur l' écran de l'appareil, je vis que ce loup, plus précisément cette louve n'avait qu'une oreille ! Je me souviens de ma déception et de m'être dit stupidement : «  c'est pas possible je vois un loup et il lui manque une oreille !!! » presque triste d'avoir un loup abimé par la vie. Nos sociétés basés sur l'apparence m'avaient-elles suivi jusqu'au fond des forêts primaires polonaises ? 

J'étais stupide, Au contraire ce loup symbolisait parfaitement le sauvage dans toute sa splendeur et j'ai été un vrai privilégié de croiser sa route. 

J'y repense très souvent.

Spot préféré ?

Je n'ai pas de spot préféré même si grâce à mon ami Arnaud Marchais j'ai un faible pour l'Alaska.

Plutôt solitaire matinal pour profiter du moment ou accompagnateur de groupe pour partager ?

Un juste milieu des deux, j'ai besoin de moment seul mais j'adore partager et écouter les autres, j'ai beaucoup à apprendre et je remercie tous les photographes qui ont bien voulu partager un peu de leur savoir avec moi. J'aime cette notion de groupe pour voyager car une vie en communauté laisse toujours des liens indélébiles.

Un lieu mythique ?

Je rêve de l'Arctique pour sa beauté et son hostilité mais aussi peut être pour mettre mon humanité face à sa plus grande contradiction. Allons nous laisser tout cela disparaitre ? Je crois que j'ai envie de voir de mes propres yeux l'un des plus grands enjeux de notre histoire : le réchauffement climatique.

Et la technique ?

La technique est importante oui c'est vrai mais les connaissances naturalistes le sont encore plus. Je suis autodidacte, j'ai appris en observant et en m'entrainant, les ratés font partie de l'apprentissage, il faut voir l'échec positivement même si rater une photo en animalier vu la difficulté peut être terrible moralement.

J'ai parfois pensé à une photo ratée pendant des jours voire des semaines ...

J'ai encore beaucoup à apprendre et j'en apprends tous les jours.

Des urgences ?

Je ne saurais pas trop par quoi commencer. La plus grande urgence pour moi est de reconnecter l'humain avec le vivant. Il faut arrêter de considérer que la nature est un dût, que les animaux sont à notre service. 

Les siècles d'héritage religieux et culturel sont durs à combattre. 

Il faut se responsabiliser, faire prendre conscience que chacun peut changer beaucoup de chose, la légende amérindienne du colibri est juste, chacun doit faire sa part. Nous avons tendance à attendre des réponses de nos institutions, de nos politiques etc...Elle ne viendront pas.

De 1970 à 2014, le nombre de vertébrés sauvages (mammifères, poissons, oiseaux, reptiles, amphibien)  s'est effondré de 60% !!!

C''est inimaginable....

Une étude américaine estime que notre bétail représente 60 % des mammifères du monde. Les êtres humains représentent 36% des mammifères de la planète,  seulement 4% de tous les mammifères de notre planète sont des animaux sauvages.

J'ai honte. L'humanité a asservi la planète. 

Quel monde allons nous laisser derrière nous ? Où est notre humanisme quand le monde de nos enfants risque d'être invivable. J'essaye de ne plus sombrer dans la colère et d'être constructif mais tout ce que j'aime le plus au monde disparait sous mes yeux et parfois c'est difficile de se contenir tant on peut vite se sentir minoritaire.

Des conseils ? 

Je dirai qu'il faut travailler par étape, se donner des objectifs et ne jamais désespérer, j'ai mis un an à photographier mon premier renard ! Plus la quête est longue plus la satisfaction est grande. La nature se mérite, plus on y consacre du temps plus elle nous rendra au centuple. Chaque rencontre est inoubliable. Je n'ai pas une grande mémoire pourtant je pourrais vous raconter chacune de mes photos dans les moindres détails.

Une association à mettre en avant ?

L'association que je voudrais mettre en avant ce serait « 3 ème planète » parce qu'elle vise à éduquer les jeunes générations à la protection de la nature. 

Ce sont les eux les clefs de notre avenir, ce sont eux qui peuvent changer le monde.

Nous sommes un groupe de photographes passionnés, nous voulons faire notre part comme ce colibri de la légende indienne. Et nous voulons y croire.

Je soutiens également l'Aspas depuis de nombreuses années, via des images ou des films. C'est une association qui a une place importante dans mon coeur de par les gens qui y travaillent et également pas les combats qu'elle mêne. 
Le renard est leur logo depuis toujours donc on ne pouvait que bien s'entendre...
Ils ont un projet de réserve de vie sauvage en ce moment, c'est une idée fantastique qui consiste à interdire de chasse des territoires sauvages et à laisser la nature libre, sans intervention humaine, j'invite les lecteurs à y participer, car avec 1% des territoires nationaux qui sont protégés en France il est urgent de créer des sanctuaires pour la faune et la flore.

Une suggestion pour aider à sensibiliser le grand-public ?

Je dirais que pour sensibiliser le grand public, qu'il faut faire prendre conscience que l'humanité sans la nature ne survivra pas.

Pendant longtemps j'ai cru que la beauté suffirait à sensibiliser. Même si les images sont un formidable outil c'est insuffisant. Il faut montrer du trash...malheureusement il n'y a que ça qui marche et c'est désolant.

Je me suis mis à la photographie pour montrer l'exceptionnel beauté de notre planète mais aussi pour montrer sa grande fragilité.

Pour conclure ?

Prenons chaque jour le temps de remercier notre belle planète de nous offrir un si bel habitat. 

 Pour les amérindiens il s'agit de « mère nature », de la « terre mère »de la « mère nourricière » .

J'aime penser que nous sommes des enfants et qu'il est temps de nous comporter comme des adultes.

Nous avons tendance à séparer l'humanisme de l'animalisme. C'est une grave erreur. Soyons bienveillant pour toutes formes de vies.

DISTINCTIONS

Prix du film engagé à Namur
2 ème au prix du public au Nikon festival en 2016 et 2017

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

En préparation un livre : "carnet sauvage" qui sortira en juin

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