Photographes animaliers

FOULQUIE Mathieu

Ingénieur écologue spécialisé dans l’étude des milieux marins et plongeur scaphandrier, il a notamment été amené à travailler en Syrie, Libye, Algérie et Tunisie, dans le cadre de différents programmes méditerranéens conduits sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

Il a également collaboré à diverses missions et expéditions scientifiques (expédition Clipperton de Jean-Louis Etienne en 2005, Djibouti, îles éparses (Mission Auracea), Guyane, Maroc, etc.).

Dernièrement, il a suivi une formation professionnelle de technicien de rivière lui permettant de compléter ses connaissances sur les fonctionnements et la gestion des hydrosystèmes d’eau douce.

Photographe professionnel, il a collaboré à des reportages pour la presse nationale et internationale, et a des projets cinématographiques (dont le film Océans de Jacques Perrin).

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INTERVIEW

Votre rapport avec la faune

Quel parcours jusqu'à l'animal sauvage et la photographie ?

Académiquement parlant : pour le moins décousu.

J’ai choisi de faire une pause dans mes études universitaires entre une licence en biologie des organismes et un Master en « ingénierie en écologie et gestion de la biodiversité ».

Une parenthèse salutaire qui m’a permis de me construire professionnellement parlant, et justement de me lancer dans la photo sous-marine qui n’était au départ qu’un outil. Un moyen d’illustrer de manière très basique et très « plate » ce que j’observais sous l’eau, dans le but d’engranger des connaissances taxonomiques et d’enrichir des rapports d’études.

En parallèle, mes parents m’avaient très tôt donné accès à des boîtiers photos (terrestres), ce qui m’a progressivement aussi permis d’aborder la photo par un biais, osons le terme, plus « artistique » avec tous les guillemets qui conviennent pour encadrer ce qualificatif.

Puis vinrent les premières missions et expéditions scientifiques plus ou moins lointaines, dans des contrées où je n’aurais jamais osé imaginer pouvoir, un jour,  y poser mes palmes !

Il n’était donc plus seulement question d’illustrer pour illustrer, mais de tenter, autant que faire se pouvait, de partager, par la photo, les émotions des rencontres et les visions des paysages, qu’elles soient terrestres et/ou sous-marines.

Un maître à penser ?

Sylvain Tesson.

Un maître à penser, à écrire, à apprivoiser sa propre « énergie vagabonde* », et donc un peu aussi à vivre.

J’ai coutume de dire qu’avoir entre les mains l’un de ses livres est un signe extérieur de richesse intérieure.

(*en référence à son ouvrage « Éloge de l’énergie vagabonde »)

Une œuvre marquante ?

Le livre « Alain bombard raconte la mer » qui trainait sur un étage de la bibliothèque de mes parents, quand nous habitions une tour HLM à Vitry-sur-Seine. Très loin de la mer pour le coup !

Plus qu’une lecture (je devais avoir entre 4 et 5 ans), c’est une image qui m’a « effrayé » autant qu’elle m’a fasciné ; La photo d’un requin, prise de nuit, nageant au-dessus d’un récif.

De cette vision, je savais qu’un jour je plongerai avec des requins, et que j’en ferai, de près ou de loin, mon métier !

« Dans les forêts de Sibérie », de Sylvain Tesson qui a achevé de me convaincre de réaliser le vieux rêve d’aller plonger sous la glace du Baïkal, l’occasion d’une aventure humaine inoubliable et d’une belle rencontre avec l’explorateur polaire Alban Michon devenu un ami.

Une belle rencontre / émotion avec la faune ? 

Une expérience unique, vécue en juin 2005 grâce à Didier Noirot, à l’occasion du premier tournage du film Océans de Jacques Perrin, en tant que photographe de plateau ; Le Sardine Run au large de la côte sauvage de l’Afrique du sud.

Là où l’humain prend pleinement conscience de sa petitesse, ramené à son statut de simple bipède palmé par la nature sauvage, dans toute l’acception du terme.

Simple figurant immergé au milieu de scènes de prédation ahurissantes des millions de sardines sont traquées par des centaines de prédateurs, alliés de circonstance pour participer à la curée : Des fous du cap depuis les airs, jusqu’au rorqual de Bryde surgit des profondeurs, en passant par les dauphins communs, les requins sombres et les otaries à fourrure pour les attaques par les flancs. Un spectacle aussi intense qu’inoubliable.

La rencontre avec le crocodile américain, dans le Parc National des Jardins de la Reine, au large de Cuba. L'été, quand les eaux sont (très) chaudes (plus de 30° dans la mangrove), les crocodiles sortent de leur léthargie hivernale et se laissent approcher plus facilement.

L’individu en question, considéré comme un habitué des lieux, dépasse allègrement les 2 m.  Dès lors, la question de se mettre concrètement dans l'eau avec une telle créature devient beaucoup plus existentielle. Il ne s'agit pas d'un jeune crocodile sorti de son bassin d'acclimatation pour les besoins de la photo, mais bien d'un adulte qui évolue dans son habitat naturel.  

On peut toujours se rassurer en se disant qu'il vient de se remplir la panse, ou en écoutant les guides locaux qui vous disent : "vas-y, il est tranquille... pense juste à l'approcher de face, jamais sur le côté, et d'avoir toujours un objet volumineux entre lui et toi " .... Ok les gars ... si vous le dites ....

Reste qu'il faut encore une bonne dose d'auto-persuasion (ou d'inconscience) pour simplement se glisser dans l'eau puis s'approcher suffisamment pour obtenir une image un peu originale.

Reste une rencontre incroyable avec un animal vraiment impressionnant (malgré sa taille modeste pour l'espèce) qui se laisse finalement approcher relativement facilement pour peu que l'on respecte son espace vital, et qui n'aura jamais montré le moindre signe d'agressivité.

american crocodile (Crocodylus acutus), Jardines de la Reina National Park, Cuba

Mes plongées les plus stressantes au large de Cayenne, sur le site des Battures du Connétable, où si le concept de « visibilité négative » existait, il aurait forcément été inventé ici !

Des descentes interminables vers le fond situé entre 15 et 20 m, dans le noir total dès les premiers décimètres franchis, tout en ayant la conscience accrue de tous les gros bestiaux qui rôdent

Et les copains qui, une fois remontés à la surface, vous montrent la séquence immortalisée à l’aide d’une caméra acoustique (sorte d’échos-doppler), où les silhouettes à ailerons et nageoires caractéristiques apparaissent à l’écran, dessinant des ronds concentriques autour du plongeur dont on aperçoit la colonne de bulles remontant vers la surface …

Si j'étais un animal sauvage ? 

Existe-t-il animal plus sauvage que l’homme ?...

Un animal disparu qui reviendrait ?

La rhytine de Steller

Un animal fantastique qui existerait ?

Nessie, forcément 

 

Photographie animalière

 

Votre photo à laquelle vous tenez particulièrement ?

Celle de « mon » couple de crapauds impudiques, prise en janvier 2016, à seulement quelques kilomètres de mon domicile.

Je suis tombé sur ce couple de batraciens qui s'étreignaient "amoureusement" dans un endroit peu profond du fleuve Lez, à quelques kilomètres en aval de sa source, située dans un village près de Montpellier (dans l’Hérault).

Nous étions en fin de journée, le jour déclinait et je n'avais rien de transcendant sur la carte mémoire. Après avoir passé une bonne partie de la journée dans l'eau, à trainer beaucoup de matériel (photo et plongée) sur un canoë, et à franchir des seuils, le découragement et le "pliage de bagages" n'étaient pas loin.

À ce moment là, ma moitié qui m’accompagnait depuis le matin, et qui avait enduré les mêmes "galères" en restant motivée, trouve encore le moyen de m’encourager à me remettre à l'eau une dernière fois de la journée, puisque "il suffit d’une photo". A ce stade, on se dit que finalement la journée ne se termine pas si mal, qu'on a peut-être fait une image sympa, un peu originale, même s'il ne s'agit que de crapauds.

On est surtout très loin de s'imaginer que la photo fera une double-page dans le National Geographic 6 mois plus tard … juste incroyable !

La photo animalière d’un confrère que vous auriez aimé prendre ?

Pas celles de confrères, mais plutôt de 2 maîtres en la matière :

La photo mi-air mi-eau iconique de David Doubilet, en couverture de son livre « Water light time » (« l’ère de l’eau » pour l’édition française).

La photo des milliers de manchots à jugulaire prise sur les îles Sandwich du sud, par Sebastião Salgado(parue dans son livre Genesis).

Et la technique : frein ou atout ?

J’ai débuté avec le mythique Nikonos 5 et la limite des 36 poses de l’argentique, avec lequel tous les réglages se faisaient en mode manuel ; pas d’autofocus qui tienne.

La possibilité d’utiliser conjointement un boitier argentique AF et un caisson étanche fût en soi une révolution que j’ai eu la chance de pouvoir utiliser lors de mes 2 missions en Syrie (en 2002 et 2003).

Aujourd’hui, les possibilités offertes par le numérique sont presque infinies (sans parler de manipulation en post-production). La possibilité de faire 20 fois la même prise de vue pour obtenir le meilleur cadrage, avec la bonne exposition et le bon sujet qui passe devant le cadre au bon moment, tout en ayant le résultat instantanément, est clairement un avantage.

Les puristes de la pellicule 36 poses diront peut-être qu’on ne parle plus de la même discipline …

Et l’excitation de l’incertitude du résultat quand on allait récupérer au labo les diapos des rouleaux de Velvia développés n’est plus.

Concrètement, il y a longtemps que je n’achète plus les revues spécialisées dans le matériel ; trop de nouveaux formats, trop de nouveaux boîtiers et de nouveaux cailloux (pour la plupart financièrement inaccessibles),  trop de tests comparatifs, trop de tout ! Perso, ça me donne le vertige.

Et pour la photo sous-marine, les caissons et éclairages étanches (+ le matériel de plongée), en rajoutent une couche non négligeable

Autant de freins et d’atouts qu’il faut néanmoins accepter et apprivoiser pour continuer à pratiquer.

Votre « terrain de jeu » préféré ?

Depuis quelques années, les cours d’eau (d’Occitanie principalement). C’est aussi pour ça que j’ai récemment suivi une formation professionnelle de 8 mois au métier de technicien de rivières.

Comparés aux eaux « bouillonnantes » de la Méditerranée (surtout en été), j’en apprécie la quiétude et l’atmosphère apaisante. Les fonds subaquatiques dulcicoles sont bien sûr moins colorés que les fonds marins, mais on y trouve des milieux et des habitants tout aussi photogéniques.

Les zones de courant permettent de capturer des ambiances singulières, propres à ces milieux. Et on peut même s’y faire quelques tachycardies quand, en eaux troubles, on se fait surprendre par un bon gros silure, ou même une simple belle carpe !

Le voyage à faire absolument avant que le rideau de l’obturateur ne se ferme définitivement ?

Heu … Pour moi qui suis parfois bien en peine pour trouver mon pôle intérieur, je dirais l’Antarctique, pour avoir au moins l’opportunité d’explorer un pôle « extérieur ».

Des conseils ?

1) de la patience ;
2) de l’abnégation pour apprendre cette patience (et supporter la morsure du froid le cas échéant) ;
3) de la résilience et de la motivation pour retourner à l’eau, malgré les échecs et les frustrations essuyésà l’occasion des 2 étapes précédentes

Ou comme l’a beaucoup mieux formulé Nicolas Boileau : « Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage »

 

Biodiversité

Je ne pense pas faire partie des photographes qui ont un « message » en particulier à faire passer.

Aujourd’hui, on se retrouve saturés d’informations, de recommandations, d’avertissements, d’exhortations, à longueur de temps (et d’espace) de cerveau disponible. Je pense qu’on frôle (parfois) l’overdose …

Et personnellement, je ne me sens pas spécialement plus légitime que n’importe qui d’autre pour sensibiliser, informer, ou alerter ; c’est l’affaire de tous.

Je ne suis que le maillon d’une chaîne, qui joue un tout petit rôle en essayant de produire des images, pour témoigner au mieux de ce qui existe encore (sous l’eau en l’occurrence).

C’est une simple démarche de porter à connaissance du public, en montrant des richesses que tout le monde n’a pas la chance de pouvoir approcher.

Selon l’adage répandu ; on ne protège (bien) que ce que l’on connait (bien).

Donc, oui la nature est fascinante, que ce soit à l’autre bout du monde ou juste au coin de sa rue. Et oui, il faut se donner les moyens de protéger ce qu’il reste de cet héritage.

Et heureusement, je pense que ce type de « message », puisqu’il en faut un, peut encore fonctionner, notamment auprès des plus jeunes.

Me concernant, la photo a d'abord été un outil dans mon métier de biologiste marin, pour illustrer des espèces, des milieux, des comportements. L'aspect "artistique", pour autant qu'on puisse le qualifier comme tel, est venu plus tardivement.  

Après, très égoïstement, la pratique de la photo me « nourrit », et la satisfaction d'une photo à peu près réussie me pousse à la partager. Tout simplement, sans forcément chercher à y glisser un message.

Et quand le public adhère, c'est du bonus ! Je prends alors plaisir à répondre aux questions, en m'attachant à répandre la « bonne parole », tout en collant au mieux à mes propres convictions.

Bien sûr, les mers et les océans sont fragiles ; c’est devenu une Lapalissade. Tout comme le sont les fleuves, les rivières, les ruisseaux, les lacs, les lagunes, les tourbières, les forêts, les prairies, etc.

Pour avoir travaillé pendant plus de 20 ans à étudier et à tenter de préserver les milieux marins, évidemment que faire passer le message de la nécessité de les préserver est essentiel, sinon la base.

Reste qu’à trop vouloir marteler les mêmes rengaines, le message court le risque de devenir inaudible. 

Heureusement, rares sont les personnes qui ont pour ambition affichée de détruire sciemment les écosystèmes. Pour autant, même minoritaires, elles sont encore capables d’énormes dégâts.  

Mais j’ose parfois penser que, précisément, une certaine partie de la population a de plus en plus conscience des enjeux, et qu’elle s’est justement approprié la transmission et la propagation du « fameux message ».

Et si les photographes naturalistes peuvent y contribuer, à leur modeste niveau, alors tant mieux !

 

 

DISTINCTIONS

Récompensé dans plusieurs concours photos internationaux, ses images sont publiées dans de nombreux magazines (National Geographic, Géo, Terre Sauvage, chasseur d’images, etc.), et livres (dont l’Atlas des Parcs nationaux du Venezuela)

 

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

Co-auteur de 2 expositions sur la Méditerranée (« Méditerranées, dans le sillage des aires marines protégées » 2013, et « Mediterranean marine keys habitats & non-indigenous species » 2019, Turquie), il a également co-édité 2 livres de photos sur Agde et la Méditerranée avec Renaud Dupuy de la Grandrive.

En 2018 et 2019 il réalise 2 expositions grand format pour le parc zoologique de Montpellier, autour du « Lez subaquatique » et d’une « Plongée dans les macros-mondes ».

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