Photographes animaliers

PRADO Lionel

Nous nous sommes rencontrés un soir à la Société des explorateurs. La passion de Lionel pour la nature - du ciel de nuit aux territoires sauvages et secrets -  nous a surpris.

Nous avons eu envie d'en savoir davantage sur son parcours d'aventurier, de photographe, de naturaliste, de passionné, tout simplement.

Il a déjà publié dans de nombreux médias, il a déjà réalisé un film, "Introspection".... Un parcours déjà bien entamé!

Rencontre!

A lire ici l'article sur le site de 30 millions d'amis : « Rencontrer un loup, c’est un secret confié par la nature »

INTERVIEW

Votre Parcours en quelques étapes ? J’ai 30 ans cette année. Mes grands parents vivaient dans les montagnes de l’arrière pays niçois. Ils devaient travailler dans les champs avec des bêtes. C’était des conditions difficiles. Au fil des générations, dans un contexte d’une société en quête de confort, avec mes parents on s’est retrouvé plus sur le littoral et ce lien avec la nature s’est perdu.

J’ai débuté sérieusement la photographie en 2012, je m’intéressais à la vidéo et j’avais emprunté le reflex d’un ami… De caractère plutôt introverti, faire des images m’a poussé à sortir de chez moi, à provoquer des moments et à créer des liens avec les personnes que je voulais photographier.

J’ai pu ainsi intensifier ma façon de vivre en portant un regard neuf sur le monde qui m’entoure.

Happé par un besoin de solitude, je me suis très vite orienté vers la montagne dans les Alpes et le Mercantour (où j’ai d’ailleurs tourné mon premier film : Introspection).

Je suis alors revenu à ma plus grande passion, celle de mon enfance : la nature. Au fil des années, j’ai avancé mes travaux et j’ai continué mes explorations vers des territoires plus sauvages : dans la chaîne himalayenne et plus récemment au Canada (Yukon) et en Alaska. Cela ne m’empêche pas de continuer toujours à explorer les montagnes en France dans les Alpes et les Pyrénées.

La photographie est depuis devenu quelque chose d’indispensable afin de partager ma vision d’une harmonie entre l’homme et la nature. Mes recherches comblent ainsi ma curiosité et approfondissent mes connaissances pour plus tard m’installer dans la nature.

Vos actions en cours en quelques mots ? Les priorités ? Objectifs poursuivis ? Je veux développer à travers mes projets, une façon inspirante de cohabiter avec les milieux sauvages. Une manière d’intégrer la nature dans nos sociétés actuelles. »

Je cherche à développer le concept d’harmonie avec le vivant, c’est pourquoi je m’intéresse beaucoup à la cohabitation en photographiant des personnes ouvertes d’esprit qui ont une vision globale et pas seulement axé sur leurs activités.

Cette envie m’a poussée à passer 3 mois au Ladakh dans l’Himalaya indien pour le magazine Terre Sauvage où j’ai cherché à comprendre comment les populations cohabitaient avec la panthère des neiges et le loup du Tibet. J’ai voulu faire un parallèle avec le retour du loup en France, pour qu’on compare ce qui se passe ailleurs dans un endroit moins développé.

Je dois dire que ça a été inspirant de voir que dans des endroits si reculés et isolés des programmes de cohabitation avec les prédateurs sont mis en place.

J’ai aussi passé pas mal de temps chez une famille d’éleveurs dans les Alpes du Sud qui souhaite cohabiter avec la nature qui l’entoure. Lorsqu’ils se sont installés dans leur bergerie, ils savaient que le loup était présent et ils l’ont mis dans l’équation de leur activité. Ils ne sont pas contre le retour du loup malgré les attaques qu’ils ont de temps à autre sur leur troupeau.

Mes reportages et récits de voyage me permettent de partager un condensé de mes expériences, avec ceux qui se posent aussi des questions concernant notre rapport au vivant. »

Je souhaite montrer des animaux libres et sauvages et des humains qui vivent en harmonie.

Cela me permet aussi d’intégrer des connaissances que ces gens passionnants me transmettent et me sera utile pour créer un futur mode de vie en résonnance avec mes reportages, un mode de vie plus cohérent : vivre au plus prés de la nature, produire ma nourriture, être plus connecté localement à mes besoins.

Pour 2020, je prépare un nouveau film (suite de mon film "Introspection") : http://www.lionelprado.com/films/introspection/). Je traiterai ces sujets dans celui-ci à travers un voyage dans l’Himalaya.

Je n’en dis pas trop, je dévoilerai ce projet en février prochain.

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? Les travaux d’Eric Valli m’ont donné envie de découvrir les montagnes de l’Himalaya et de partir rencontrer des populations qui savent encore vivre de manière autonome.

L’esthétisme de Vincent Munier m’a inspiré en me montrant que la photographie animalière pouvait être aussi très artistique et aussi très engagée. C’est clairement un précurseur dans ce domaine. Je l’ai d’ailleurs rencontré en 2016 à Montier où il m’a remis la bourse Iris 2016 avec Terre Sauvage. Cela m’a permis de réaliser mon reportage dans l’Himalaya indien, au Ladakh.

 

Les œuvres de Pagnol comme « La gloire mon père » et « Manon des sources », dans les collines d’Aubagne, ont bâti mes rêves d’enfance en développant mon souhait de vivre en pleine nature.

Les aventures de Jack London et ses oeuvres, qui touchent à toute l’effervescence de la ruée vers l’or.

« Croc Blanc » c’est le loup sauvage et le chien domestique qui se confrontent.

Les réalisations de Malick qui questionnent sur l’existence. Les deux films : « The Revenant » (Iñárritu) et « Hostiles » (Scott Cooper) sont tout deux d’excellentes réalisations qui traitent de la conquête de l’ouest, en montrant l’empreinte profonde que l’Homme blanc a laissé en Amérique.

« Princesse Mononoké » de Miyazaki est également un coup de cœur. Aldo Leopold pour son livre « l’almanach d’un comté des sables », on y retrouve la vie de l’auteur dans sa ferme du Winsconsin. Une pensée qui allie vie en pleine nature et éthique de l'environnement.

L’histoire d’Alexander McCandless retranscrite dans le film « Into the wild », m’a beaucoup aidé dans le lancement de mes aventures. Ce coté où pour vivre ses propres aventures, il faut parfois se couper des siens.

Les gens que je rencontre pour mes reportages m’enrichissent aussi beaucoup dans leur manière de vivre dans la nature.

Pourquoi la faune/l’animal sauvage, la vie sauvage ? Les animaux sauvages sont libres par nature.

Ils ne répondent qu’à leurs instincts. C’est ce que je cherche quand je vais à leur rencontre : quitter l’univers des hommes modernes, où tout est comptabilisé et contrôlé, c’est un besoin vital que j’ai en moi. Là bas je m’y sens vraiment libre. Quand tu vies au rythme de la nature, tu réduis tes besoins à te nourrir et t’abriter, une fois que ces deux besoins sont comblés tu te sens bien et tu as une impression d’accomplissement dans ta journée.

Si vous étiez un animal sauvage (un ou deux), lesquels?  Surement un loup pour le coté sauvage et libre qu’il incarne. Sa méfiance envers les humains, sa curiosité, son mode de vie (aptitude à vivre en meute mais aussi solitaire des fois). Sans oublier sa grande force de survie dans la nature.

Les oiseaux me fascinent aussi car ils volent et sont libres d’aller où ils veulent. Ils ne tiennent pas compte des frontières. Ils m’ont toujours fait rêver.

La ou les deux plus belles rencontres de vie/faune sauvage ? Ma rencontre avec le loup du Tibet que j’ai eu la chance d’observer près d’une carcasse durant mon voyage au Ladakh. C’était un soir de pleine lune, il faisait pratiquement nuit et je suis resté tout près d’un loup qui s’est même endormi. C’était très intimiste comme moment.

Le loup de Alpes, l’hiver dernier. Cela faisait longtemps que j’espérais cette rencontre et que je multipliais les bivouacs dans la neige. Le moment a été très furtif mais m’a beaucoup inspiré, c’était comme un secret que la nature me confiait enfin.

Votre/vos lieux de nature préféré ? J’ai vraiment adoré le Yukon, c’est un territoire chargé d’histoires et où le sauvage a encore beaucoup de place.

Les alpes du sud avec le Mercantour, j’y retourne régulièrement, c’est les montagnes de mon enfance : c’est une partie de moi.

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ? (sur terre ou ailleurs) Plutôt où je rêve de vivre une période dans le Grand Nord canadien, c’est un des endroits sur terre qui reste encore sauvage avec beaucoup de vie sauvage. Les gens y sont aussi encore pour la plupart connectés à la terre, dépendant de la nature pour survivre.

L’œuvre (une des vôtres ou celle d’un autre) qui vous semble symboliser le mieux votre parcours ? "Introspection", c’est un court métrage qui retrace les prémices du pourquoi je travaille sur la notion de retour au sauvage dans nos sociétés modernes. J’incarne le protagoniste qui s’éloigne de la ville pour se questionner sur son existence et trouver une vérité plus singulière dans les montagnes. J’ai collaboré avec le compositeur Hoenix, qui a créé toute la bande musicale de ce film. J’ai découvert le processus de réalisation et ça a été un beau projet de travailler en équipe.

Quel matériel utilisez-vous? J’ai un carnet où je note toutes mes observations quand je suis dans la nature. Je travaille exclusivement avec des focales fixes. C’est contraignant pour le poids du sac mais la qualité est au rendez vous surtout dans des basses lumières. Pour les reportages avec de l’humain et en intérieur, j’utilise des grands angles (24mm et 35mm), j’aime aussi le 85mm pour les portraits. Pour le coté animalier j’ai un 300mm utilisé pour les treks « légers » et un 500mm que j’utilise davantage pour les affûts ou quand je dois photographier des animaux craintifs.

Quelles techniques de rencontre avec l’animal sauvage? Un peu de tout. Cela dépend le contexte. Je photographie souvent entre chien et loups quand les lumières sont sombres.

En général j’aime bien me rendre à un premier lieu de bivouac, là j’y monte mon camp de base. À partir de ce point là je vais explorer autour et faire pas mal de repérage. Si je vois des choses intéressantes, comme une carcasse par exemple ou des oiseaux qui viennent se nourrir de fruits sur un arbre, je peux faire un affût. Les affûts sont faits en général quand je sais que j’aurai du résultat. Dans ces cas là j’hésite pas à enchainer les journées.

 

Un conseil au débutant dans votre activité ?  Il faut croire en ce qu’on fait. Quand on a envie de quelque chose il faut y aller et ne pas attendre qu’on nous dise de le faire. Ça c’est pour moi la première chose quand on veut faire ce métier que beaucoup considèrent difficile.

Au niveau de l’attitude, il faut garder en tête d’avoir le minimum d’impact sur la nature dans notre activité de photographe. Veiller à la tranquillité des animaux, garder les lieux et indices pour soi ou les partager avec des gens de confiance.

Ne pas divulguer les lieux sur les réseaux sociaux, c’est important que les moments vécus dans la nature, les secrets que la nature a bien voulu nous partager ne soit pas abimés pas des personnes malveillantes ou des photographes en quête du cliché et peu soucieux de la nature.

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage, laquelle ? Repenser nos modes de vie occidentaux bien trop impactant sur la vie sauvage.

Une association qui vous tient à cœur ?  Plusieurs me viennent en tête…

FERUS qui milite pour la protection des prédateurs sauvages en France.

L’ASPAS qui a acquis près de 500 hectares de terrain en plein cœur du Parc du Vercors, zone qui sera entièrement réservée à la vie sauvage.

« Snow Leopard Trust » et « Snow Leopard Conservency » pour leurs actions de protection de la panthère des neiges, les programmes de cohabitation avec les populations locales qu’ils mènent dans l’Himalaya.

Plus localement à ma région, l’association Green sur Nice qui mène de nombreuses actions pour protéger la nature dans les Alpes Maritimes.

Pour conclure, vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous laisser comme message aux autres ? 

Cultiver la passion dans sa vie et faire preuve de compassion pour les autres formes de vie : végétale ou animale.

 

 

 

 

 

 

 

 

DISTINCTIONS

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

J’ai exposé il y a deux ans mon projet sur l’Himalaya avec le carnet de voyage qui retrace le périple.

Le film "Introspection" a été selectionné dans plus d’une dizaine de festivals. J’étais d’ailleurs à Nantes en novembre dernier pour le présenter au musée d’Histoire naturelle avec le festival Nature Nomade.

Publications presse : Les Others, Terre Sauvage, Revue Bout Du Monde, Grands Reportages, La Relève et la Peste, CAMP

Terre Sauvage

 

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