Photographes animaliers

TABURET Martin

Un jour, un mail :  "Bonjour Mr D...., Je vous contacte de la part de Michel Ribette qui vient d'emménager dans le Lot non loin de chez moi et qui m'a conseillé de vous présenter mon travail. Je m'appelle Martin Taburet, j'ai 26 ans. Depuis maintenant un peu plus de cinq ans je travaille assidûment sur un couple de Faucon pèlerin.Est-ce que ce sujet et les images que je vous présente en pièces jointes ci-dessous pourraient intéresser votre rédaction?"

Tu parles qu'elles nous intéressaient ces images! On s'est appelés, on a discuté et Martin m'a emporté à 300Kmh avec le Pèlerin, son oiseau fétiche.

Mais pas que...! Un bonheur de l'écouter évoquer sa passion...

Du coup....rencontre... avec un sacré photographe!

INTERVIEW

Votre parcours pour commencer? Né en 1990 dans le Département du Lot, j'ai rapidement été sensible à la beauté du monde sauvage. Alors que nous étions encore très jeunes ma sœur et moi, nos parents nous emmenaient régulièrement faire des activités de plein air : Spéléo, escalade, canoë-kayak, randonnée.

Le Lot / photo Martin Taburet

Nous avons grandi et joué au pieds des hautes falaises calcaires Lotoises. Je me souviens aussi de divers moments passés avec mon grand-père que ce soit au muséum d'histoire naturel de Toulouse, au zoo de Plaisance-du-touch ou tout simplement autour des premiers numéros du magazine « National Géographic ». Plus tard Il y auras cette rencontre avec un technicien de l'ONCFS pour qui je me lierai d'amitié et qui m'apprendra beaucoup tant sur le plan naturaliste que le plan humain.

C'est tout naturellement que je me suis dirigé d'abord vers un bac S puis vers un BTS en gestion et protection de la nature. C'est d'ailleurs lors de ma première année de BTS que j'ai eu le déclic pour la photographie.

Je me souviens encore de cet élève de seconde année présentant son rapport de stage sur le Grand-Tétras. Il avait agrémenté son exposé avec des photographies prises sur le terrain à l'aide d'affûts. J'ai était fasciné et j'ai acheté mon premier appareil photo dans la foulée.

Finalement après l'obtention de mon BTS, la photo avait déjà pris beaucoup de place dans ma vie et lorsque qu'une agence de communication locale m'as contacté j'ai décidé de me professionnaliser. C'est à ce moment là que j'ai fait la rencontre d'un photographe gersois qui m'as appris les ficelles du métier et à qui je dois beaucoup.

Aujourd'hui je réalise que ma vie de Photographe est faite de rencontres et ce sont elles qui m'ont construit et toutes ces années la passion pour la nature et l'image n'a jamais cessé de grandir.

Curieux et éclectique, j'ai rapidement élargi ma palette de compétences et aujourd'hui j'aime travailler sur des sujets très variés.

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? Tout d'abord il y a mes parents pour l'éducation qu'ils m'ont donnée et les conseils qu'ils me donnent encore. Ma sœur, ma compagne et quelques amis qui se comptent sur les doigts d'une main. 

Ensuite Bien-sûr comme beaucoup de jeunes photographes de ma génération j'ai était marqué par le personnage de Vincent Munier. Non seulement par ses images mais aussi et surtout par sa façon de s'exprimer et de percevoir la nature. L'image que j'ai de lui et celui d'un homme intelligent, respectueux et humble et ce sont des qualités qui pour moi sont très importantes lorsqu'on a la possibilité d'être un « porte parole » en faveur de la protection de l'environnement. 

J'aime énormément lire et écrire et quelques auteurs naturalistes tels que Robert Hainard ou Paul Géroudet ont marqué mon esprit de par leurs œuvres.

Plus récemment le film « la vallée des loups » de Jean-Michel Bertrand m'as aussi beaucoup touché.

Pourquoi l'animal sauvage, ou la nature sauvage ? Je suis un garçon spontané et très dynamique et j'ai un tempérament plutôt impulsif. Lorsque je travaille pour des clients je le fais le plus rigoureusement possible et je m'investis vraiment à fond. Cette façon de faire me convient mais elle me demande beaucoup d'énergie. Lorsque je suis au contact de la nature je fonctionne différemment, mon rythme ralentit et cela m'apporte un bien-être évident. Aujourd'hui je crois que ce qui m'attire le plus dans la nature c'est l'apaisement qu'elle me procure. J'essaie au maximum de me rapprocher de cet équilibre entre la photo/reportage qui me permet de vivre et la photo nature qui est pour moi un échappatoire.

Si vous étiez un animal sauvage? C'est difficile de choisir car j'ai une vision globale de la nature et beaucoup d'espèces me tiennent à cœur. Et puis j'aime aussi beaucoup ma vie d'homme notamment pour tous ces moments où je suis observateur de la nature. Il est vrai que j'aime particulièrement passer du temps en haut des falaises à regarder ce qui se passe en-dessous les yeux collés à mes jumelles. Je crois qu'être un Faucon Pèlerin me plairait beaucoup, que ce soit pour voler ou pour me rendre compte de sa capacité à voir loin.

photo Martin Taburet

Une ou deux belles rencontres / émotions? Certaines rencontres m'ont marqués plus que d'autres. Je me souviens de ma première observation de renardeau et du bruit de leurs pas dans les feuilles. Je me souviens aussi de la première fois où mon regard a croisé celui du hibou grand-duc.

photo Martin Taburet

Mais il y a surtout ce jour où j'ai pu immortaliser mon premier accouplement de Faucon pèlerin.

Mardi 14 Février 2017,Saint-Valentin, 5H30 ...

J'ouvre les yeux timidement, mes membres sont lourds , les températures négatives de ces derniers jours et l'accumulation des affûts m'ont un peu mis à mal.
Allongé, les yeux rivés sur le plafond j'entends la pluie tomber.
j'hésite ...
Finalement, quelques secondes plus tard me voici devant le presse-agrumes ... le plus dur est fait.
Le reste n'est qu'un enchainement de tâches bien rodé.
6H30 je me gare et coupe le moteur tout en fixant les gouttes qui s'écrasent régulièrement sur le pare-brise ... j'hésite à nouveau un court instant ... mais cette image tant rêvée parcourt mon esprit et j'ouvre la portière vigoureusement !
Les minutes de marche qui me séparent de l'affût passent vite et les gouttes de pluie me rafraîchissent le visage.
6H58 je viens de me glisser dans la cache où depuis plusieurs semaines j'ai mes petites habitudes, le thermos et les jumelles à droite, le carnet de note et les fruits secs à gauche ...
Une heure passe et à 8H10 le mâle se pose en silence devant moi ... il se lisse les plumes, s'étire, observe puis chante, la routine !
9H00 , il décolle soudainement vers la falaise et j'entends des cris de contact puis très vite je comprends que les oiseaux s'accouplent.

photo Martin Taburet

Hasard du calendrier ...
9H25, les oiseaux récidivent mais toujours loin de mon téléobjectif, l'espoir s'amenuise.
11H04 , des cris de contact me font lever la tête, le mâle vient de se poser juste en-dessous de la femelle sur une petite corniche recouverte d'herbe, j'ai l'impression qu'il tient une proie et qu'il la dépose ... c'est une offrande !
11h07, la femelle décolle et s'élance dans ma direction !
Cette fois Je suis prêt , le doigt collé sur le déclencheur et l'oeil concentré sur ce qui se passe dans le viseur ... 

Une, deux, trois, quatre secondes et soudain un mouvement transperce mon champ de vision !

Sur une branche à quelques mètres de moi, la femelle se penche en avant, le mâle la rejoint, se pose au dessus d'elle délicatement en prenant soin de ne pas la blesser avec ses serres.

La pluie a cessé, mon doigt s'abaisse ..... le temps se fige.

Votre lieu de nature préféré? J'aime particulièrement passer du temps dans la vallée du Vers à 20 km de chez moi. C'est un ruisseau limpide  qui s'écoule entre de hautes falaises calcaires. Ce lieu encore préservé où je peux observer le cincle plongeur, le hibou grand-duc ou le faucon pèlerin.

vallée du Vers/Martin Taburet)

Je passe aussi du temps dans une petite vallée des hautes Pyrénées où j'aime photographier les cervidés. Je n'ai pas beaucoup voyagé, ce n'est pas l'envie qui me manque mais j'ai dû me consacrer pleinement à la création de mon entreprise et je n'ai pas encore eu cette opportunité. Très prochainement je part quelques jours en écosse avec ma compagne pour souffler un peu et je suis très curieux de ce que nous allons pouvoir découvrir. Mais il faut avouer que j'aime particulièrement montrer aux gens une nature « accessible » et proche de chez eux. Je pense que pour qu'il y ait une prise de conscience générale concernant l'importance de la préservation de l'environnement il faut que les gens comprennent qu'il existe encore une nature pleine de vie juste au pas de leur porte.

Le lieu mythique où vous rêvez d'aller? Je ne sais pas s'il s'agit d'un lieu mythique mais j'aimerais beaucoup aller au Canada. Je crois qu'une vie simple de trappeur, loin de tout et en parfaite harmonie avec la nature m'aurait beaucoup plu. Parfois je rêve aussi au temps des hommes des cavernes habitant les grottes calcaires de mon département. Je me demande comment était leur vie.

Des oeuvres, des rencontres humaines? Je suis quelqu’un d'authentique et spontané, j'aime les choses simples et j'aime les gens et j'ai du mal à supporter l'autorité. Ma vie est faite d'expérience de rencontres. Je n'ai pas de don particulier mais je suis un travailleur. Je me retrouve dans certains artistes comme Coluche ou Bigflo et oli pour leur authenticité mais aussi dans leur volonté de faire bouger les choses.

Et quid de votre matériel? Je travaille exclusivement avec du matériel Nikon depuis plusieurs années. J'utilise deux appareils plein format et un appareil aps-c avec des focales allant du 14 mm au 400 mm. J'aime particulièrement utiliser les objectifs lumineux à grande ouverture qui me permettent de jouer avec la profondeur de champ mais aussi de monter moins haut dans les ISO afin d'avoir une image la plus propre possible. 

Et côté technique? Coté technique, mon premier outil est une paire de jumelles pour observer et un carnet de notes dans lequel j'inscris la plupart de mes observations avec des détails plus ou moins précis (température, météo, heures et dates, parfois quelques croquis). Dans le cas où je souhaite réaliser des images j'essaie de me documenter sur le mode de vie de l'espèce convoitée, j'accorde donc aussi beaucoup d'importance aux livres. 

Parfois j'échange avec d'autres passionnés plus expérimentés que moi sur le sujet afin de ne pas faire de bêtises.

Une fois ces connaissances acquises je fais surtout en sorte de ne pas déranger, c'est vraiment ma préoccupation principale.

Je travaille exclusivement à l'aide d'affûts pour photographier les espèces les plus sensibles.

Je suis un touche à tout et j'aime essayer des techniques variées. Je peux un jour faire de l'affût flottant ou de la macro en me promenant et le lendemain utiliser une barrière infrarouge ou photographier des orages en pose longue. 

Quel conseil à un débutant? Le premier conseil que je donnerais à un débutant c'est celui de toujours penser au dérangement qu'il pourrait occasionner à l'animal qu'il souhaite photographier dans le cas où il s'agirait d'une espèce farouche. Je lui dirais donc de passer d'abord par une phase d'observation pour essayer de comprendre son sujet. Je lui dirais aussi que le matériel ne fait pas le photographe et que pour réussir à immortaliser la faune sauvage il faut d'abord de bonnes bases naturalistes.

Enfin je lui conseillerais de passer un maximum de temps sur le terrain pour qu'il se fasse ses propres expériences.

Un animal disparu revient, lequel? Spontanément j'aurais dit le Dodo car c'est le premier qui me vient à l'esprit. J'imagine ce que pourrait donner un dragon en vol dans mon viseur.

Une bonne initiative prise en faveur de la faune sauvage? Il y a quelques mois j'ai découvert un couple de Grand-duc à proximité de la ville. Des travaux de sécurisation de la falaise dans laquelle les oiseaux avaient entamé leur période de nidification étaient en étude. J'ai informé les services départementaux de ma découverte ce qui a eu pour effet de décaler la date des travaux afin de préserver la quiétude des animaux. Plus globalement Je composte et trie mes emballages pour réduire au maximum mes déchets. J’achète exclusivement des légumes et des fruits de saison. J'essaie de raisonner « long terme » quand j'investis dans du matériel afin de ne pas tomber dans une forme de consumérisme excessif. 

photo Martin Taburet

Une association qui vous tient à cœur ? Je ne me suis pas encore investi localement d'un point de vue associatif mais je suis en contact régulier avec le responsable d'un bureau d'étude, les services départementaux tel que la DDT et l'ONCFS du Lot chez qui j'ai été stagiaire en 2010. j'essaie au maximum de leur faire part de mes observations. 

Une urgence pour la vie sauvage? Je pense que la société doit opérer un changement de mode de vie radical. C'est inévitable à l'heure actuelle et cette société de consommation où l'on privilégie la performance et où l'on ne prend plus le temps de vivre n'est pas compatible avec notre planète. J'espère faire partie de la génération qui impulsera ce changement.

Pour conclure, un message à laisser? Sortez au contact de la nature et prenez le temps de l'observer et de vous en imprégner…. 

 

DISTINCTIONS

  • Deux images nominées au Concours photo national de L'ONCFS en 2010
  • Une image primée catégorie macro au concours Saron-Photo-Nature en 2012
  • Une image nominée catégorie lumière et ambiance au Concours international emotion'ailes 2013
  • Une image nominée au Concours Festimages Nature édition 2015
  • Une image primée catégorie émotions au Concours international vogelwarte édition 2017

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

EN LIEN AVEC LE SUJET

LIVRE (S) EN LIEN AVEC LE SUJET :

En rapport avec :

Faucon pèlerin

LIENS

Instagram :