Photographes animaliers

TIXIER Paul

Né en 1985, c'est à l'âge de 16 ans que Paul part pour une première expédition initiatique en solitaire le long des côtes de Colombie Britannique. Déjà fasciné par le monde sauvage des régions froides, c'est là bas qu'il façonne son regard de photographe animalier, que ce soit à terre ou sous l'eau.

Une rencontre inattendue avec les orques au cours d'une plongée marquera le début d'un parcours atypique. Paul multiplie les expéditions dans les endroits les plus reculés du monde, les hautes latitudes, notamment l'Alaska et l'Antarctique.

Adepte des approches longues et non-intrusives jusqu'à se faire accepter par ses sujets, il y produit des clichés aussi intimistes qu'esthétiques. Le style qu'il développe dans ses images est un alliage de force brute et de douceur des éléments et des animaux de ces terres extrêmes.

Pour exprimer cette combinaison d'émotions, Paul est en recherche perpétuelle de conditions extrêmes dans lesquelles il espère capturer les attitudes ou les regards de ses sujets évoluant dans un environnement difficile pour nous mais quotidien pour eux.

Après avoir passé plusieurs années au milieu des ours et des loups dans l'hémisphère Nord, il a ensuite travaillé sur la population d’orques des îles Crozet dans le cadre d’une thèse en écologie marine. Il vient d'enchaîner de longues campagnes en mer au cœur des fameux 40èmes Sud pour ramener des images uniques d'orques et d'albatros jouant avec la houle démesurée et les vents violents.

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INTERVIEW

Quel cheminement personnel jusqu'à l'animal sauvage ?

Une fascination pour le monde naturel depuis l’enfance, en particulier pour les animaux marins.

Les orques ont toujours été en tête dans la liste des animaux à rencontrer en milieu naturel, et c’est dans ce but qu’en 2001, alors que je n’avais que 16 ans, que je suis parti seul en kayak le long des côtes de Colombie Britannique.

Complètement immergé dans les parties les plus reculées de cette région, ces animaux m’ont fait vivre des moments exceptionnels. J’ai réitéré ce voyage tous les étés entre 2001 et 2007 et ai fait une partie de mes études de biologiste marin sur l’île de Vancouver.

Au delà des orques, le foisonnement de vie qui accompagne le remontée des saumons à cette période de l’année a développé mon côté naturaliste et ma sensibilité à l’animal sauvage. C’est aussi là bas que j’ai façonné ma photographie et mes approches, que j’ai ensuite appliqué à d’autres régions isolées comme les îles sub-antarctiques où j’ai travaillé dans le cadre de mes études scientifiques.

Un maître à penser ? 

Il s’agit d’un couple, Paul Spong et Helena Symonds, qui m’ont accueilli sur leur île au milieu des fjords de Colombie britannique. Avec eux, j’ai appris une vraie philosophie d’approche des animaux, en particulier des orques.

Ne jamais forcer les rencontres, attendre que l’animal vienne à toi plutôt que l’inverse, ne jamais perturber ses comportements. Par exemple, je n’ai jamais pris de photos d’orques par des approches actives depuis un bateau, la majorité a été prise depuis la terre ferme ou depuis des plateformes passives.

Une œuvre marquante ? 

Le livre « Face à face » de Frans Lanting a inspiré mes débuts en photo animalière. Les regards capturés, des regards d’animaux fixant le photographe, et donc celui qui regarde la photo, sont captivants.

C’est là que je me suis lancé dans la recherche de ce type de rencontres, où l’animal exprime un réel intérêt à l’égard du photographe.

Pour y parvenir et balayer la peur que l’on peut susciter pour un animal, j’ai choisi les expéditions longues et les approches très lentes jusqu’à se faire accepter par les sujets.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Beaucoup ! Quand on arrive à instaurer une confiance mutuelle avec les sujets, les rencontres sont toujours exceptionnelles.

Et puis il y a les rencontres inattendues, celles qui nourrissent en général les expéditions de longue durée, et qui peuvent être encore plus intenses..

C’est le cas de cette journée de l’été 2005 en Colombie Britannique où j’étais en plongée pour réparer un hydrophone immergé. Dans les eaux vertes d’un fjord, j’ai commencé à entendre les orques vocaliser au loin. Puis rapidement certaines de ces vocalises sont devenues très intenses, et tout droit sorti de l’obscurité des profondeurs, une orque mâle de près de 9 m est apparue et a nagé en ma direction. Il a tourné lentement sur lui même et est passé à 2 m de moi tout en continuant de vocaliser.

C’est là que je me suis réellement rendu compte de la puissance de cet animal, la sensation qu’un gros camion vous passe à côté. Sa démarche pleine de curiosité, mes sentiments principaux, au delà des frissons, ont été ceux de l’humilité et du respect vis à vis de cet animal majestueux.

La photo ou la série à laquelle vous tenez particulièrement ?

Ce sont les photos d’orques et d’albatros prises dans les eaux déchainées du large des îles Crozet, au milieu des 40èmes Sud. Elles ont été les plus difficiles à prendre.

J’ai dû embarquer en tant que membre d’équipage sur des bateaux de pêche qui partent en mer pendant plus de 3 mois. On dort peu, et les fameux rugissants portent bien leur nom. Les orques viennent de temps en temps autour de ces bateaux, et c’est incroyable de voir à quel point elles maitrisent les éléments qui pour nous sont extrêmes.

Je me rappelle de ces séries où quand la houle était énorme, le bateau instable et que je décidais quand même de sortir sur le pont avec un harnais de sécurité pour tenter de photographier les orques surfant dans les vagues. J’ai souvent tenté mais sans succès, impossible de maintenir l’appareil à cause du vent.

Et puis un jour, la luminosité permettait d’entrevoir les orques avant qu’elles ne fassent surface au travers de la surface. Et par magie, 4 orques se sont alignées sur une même vague. L’instant a duré une milliseconde mais j’ai pu déclencher.

DISTINCTIONS

Principales publications :

National Geographic (2005), Apnea (2014), Wapiti (2012, 2013), Nat’Images (2012), Science (Couverture, 2012), Terre Sauvage (2010), Ca m’intéresse (2010)

Films documentaires :

Eqalusuaq – Sur la piste des prédateurs cachés – 2015 – Réalisé par Kévin Peyrusse et Hugo Braconnier – Production SEDNA

Prix Ushuaïa TV – Festival « les écrans de l’aventure » - Dijon – 2015

Prix espoir – Festival du film d’aventure et découverte de Val d’Isère – 2016

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

Ses travaux lui ont valu plusieurs publications et expositions, ainsi que des sélections en festival, notamment au Festival International de la Photo Animalière de Montier en Der en 2015 et 2016.

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