Photographes animaliers

VILLARD Neil

C'est un plaisir de croiser la route de Neil Villard, comme cette année au 21ème festival de Montier.
Dès qu'on lui parle, on comprend ses photos, sa manière d'approcher les animaux de son Jura natal qu'il arpente avec passion et discrétion. Et d'autres animaux sur d'autres pentes.
Et il en faut, le lynx mérite la rencontre après l'attente, l'affût, la connaissance des territoires fréquentés.
"Mes ces cinq dernières années ont été consacrées entièrement au lynx, qui occupe une place prépondérante dans mon livre « Crépuscules » et dans ma vie." On le croit!
Neil a la parfaite connaissance du félin, c'est ainsi qu'il sait l'attendre, le guetter, le saisir - "Être à l'affût dans des endroits stratégiques, minutieusement préparés, c'est être spectateur de moments privilégiés, partager quelques instants intimes de la vie d'animaux libre set sauvages" - et nous l'offrir, magnifique!
Cliché à qui son choix du noir et blanc ajoute au mystère des lieux.

 

INTERVIEW

Votre parcours en quelques mots? Je suis né en novembre 1984, en Suisse dans le Canton de Neuchâtel. Depuis le plus lointain de mes souvenirs, j’arpente déjà les crêtes jurassiennes avec mes parents, maintenant c’est au tour de mes enfants d’accompagner leur père sur le terrain.

A la fin de ma scolarité (lamentable lol) j’ai fait un apprentissage de forestier-bucheron, mon seul but dans la vie était celui d’être le plus possible dehors. Une fois terminée cette étape, j’ai effectué des études de laborant en biologie à l’université de Neuchâtel, ou je suis encore employé à mi-temps dans un laboratoire d’écologie chimique. La photographie fait également partie de ma vie depuis mon plus jeune âge, c’est d’ailleurs ma période argentique, qui m’a le plus inspiré pour la démarche de mon projet « Crépuscules ». J’ai toujours été fasciné par les prédateurs, j’ai pendant une dizaine d’années travaillées sur les serpents venimeux, ensuite, le laboratoire et le manque de terrain m’a poussé à reprendre ma passion de bases; les mammifères. Je me suis mis à la photographie de manière beaucoup plus assidue, surtout d’un point de vue technique, j’ai vu dans cette démarche une possibilité de justifié une quantité importante d’heures sur le terrain. Et pour finir cette petite introduction sur mon parcours, il est impossible de ne pas évoquer le lynx. Il y à presque dix ans je me suis dit que je voulais vraiment voir cet animal qui me hante depuis que je suis gosse, j’ai donc tout mis en œuvre pour réaliser ce projet.

Après 3 ans, j’ai vu mon premier lynx, et il m’a fallu 3 ans de plus pour commencer à pouvoir réaliser des images. Maintenant, je vois le grand chat de manière plus régulière, mais c’est toujours la même émotion à chaque rencontre. Il est pour moi ma première source d’inspiration quand je travaille dans ma région.

Des références, des maîtres à penser? Dans le domaine naturaliste, bien entendu mon inspiration principale, viens des œuvres et du parcours de Robert Hainard. Je le lisais quand j’étais petit et rêvais de ces aventures parmi les bêtes, des aventures qui se passais juste à côté de chez moi.

Pourquoi l’animal sauvage ? Le sauvage, c’est l’essence même de la nature, fragile, il est la représentation de la liberté à l’état pur. On ne contrôle ni on achète le sauvage, c’est le dernier rempart contre le monde des hommes, asservi et à genoux dans son organisation sociale.

Si vous étiez un animal sauvage? Un ours, pour qu’on me fiche la paix :-)

Une ou deux belles rencontres? Je suis allé 10 jours dans les Abruzzes retrouver mon ami Fabien Bruggmann. À la base, ce n’était même pas pour le loup, mais pour le brame du cerf. Voilà plus de 18 mois que je n’avais pas vu l’ombre d’un lynx, j’avais le moral au plus bas et j’étais à deux doigts d’arrêter mon projet de livre sur cet animal. J’ai entrepris ce voyage pour être sûr de photographier et voir quelque chose, en gros c’était vraiment pour me remonter le moral. Arrivé sur place, je suis allé directement voir et observer les cerfs, jusqu’au lendemain…

Fabien me montre un peu la zone et m’explique ces spots, malheureusement (ou heureusement) l’appel du loup m’arrive en pleine face, c’est le dernier des grands prédateurs que je n’ai pas encore vu et photographié, et ce n’est pas faute d’avoir déjà passé un peu de temps dessus. J’abandonne les cerfs et mets tout mon temps pour le loup, tous les jours je fais environ 8-9h d’affût. Les jours passent et je ne fais AUCUNE image, on est le dixième jour et le soir je dois prendre la route pour rentrer. Je suis vraiment dépité par la situation, mais ne lâche pas l’affaire. Je me rends le matin sur ma place d’affût, je suis tout seul dans le brouillard et la nuit, j’attends et profite malgré tout de cette dernière journée passée sur le territoire des loups. Le jour se lève gentiment, et la une ombre se plante devant moi et me regarde, il est là, j’ai l’impression de retourner au moyen âge et de me retrouver face à l’entité du sauvage elle-même. Je réalise quelques images et profite surtout de ces instants privilégiés.

Content de ma dernière matinée, je rentre dans mon gite préparer mes affaires, réalisant seulement à ce moment-là ce qu’il s’est vraiment passé, je ressors mon matériel et repars à l’affut, quasiment aucune chance de revoir un loup, mais j’ai envie ou plutôt besoin de revivre le moment de ce matin. La météo n’est pas avec moi il pleut averse pendant plus de deux heures. La pluie se calmant, un renard fait son apparition, il vient tout près de moi, et à environ 3 petit mètres s’assied et me regarde.

Le temps passe et je m’aperçois que mon nouvel ami ne me regarde plus, il fixe intensément l’horizon, je prends mes jumelles et scanne les hautes herbes sur la butte en face. À peine détachée des herbes grises se dessine la silhouette d’un magnifique loup. Je regarde le renard, prends mon boitier en main et commence à prendre des photos, mais je ne peux m’empêcher de regarder ce renard et ce loup. Le loup se dirige dans la forêt, et s’évanouit dans l’ombre des sous-bois. Le renard attend encore quelques secondes et s’en va dans la direction opposée…

Votre lieu de nature préféré? Le Jura, ses crêtes, ses combes, ses forêts… c’est chez moi.

Un lieu mythique? La Sibérie profonde, voire un tigre ou peut-être même simplement une trace. Mais je sais que ce projet demandera tellement de temps, qu’il est inenvisageable… pour le moment !

Une oeuvre qui vous inspire? Mon livre « Crépuscules », parce qu’il est tout simplement la compilation de tous les éléments qui m’ont construits. Il est réellement ce que je suis au plus profond de moi.

 la vidéo sur le making-of du livre "Crépuscules"

Quel matériel utilisez-vous? Pour mon projet « crépuscules », j’ai travaillé principalement avec le Nikon D5, tout simplement, car c’est le meilleur outil pour travailler à basse lumière. Ensuite en général je travaille à 95% avec le 500 mm F/4 de la même marque, régulièrement couplé au convertisseur 1,4 X TC III.

Et vos techniques de rencontre avec l'animal? J’ai fait énormément d’affûts, des jours et des jours sans rien voir pour le lynx, de jour comme de nuit. Alors actuellement je pratique beaucoup plus l’approche et la billebaude, histoire de changer un peu.

Un conseil à un débutant? La patience, c’est le meilleur des qualités pour un photographe ou un naturaliste. Car c’est cette vertu qui va à la fois permettre de faire des images hors du commun et surtout qui est l’élément le plus important pour le respect des sujets que l’on photographie.

Une initiative à prendre pour la faune sauvage? Arrêt total de la chasse. Comme ça se fait actuellement dans le Canton de Genève où la chasse est interdite depuis 1974. Un bénéfice pour les gens et les bêtes.

Une association qui vous tient à coeur? Sea Shepperd, pour sa détermination et Pro Natura (Suisse), pour son regard vigilant sur la nature en Suisse et les actions qu’ils mènent depuis déjà longtemps.

Une urgence pour la faune sauvage? Cette question est pour moi, aussi complexe que le sens de la vie elle-même. Je me pose cette question chaque jour sans y trouver la moindre graine de réponse. Je crois que ce qui est le plus dur c’est que pour moi nous essayons de sauver la nature telle que nous la connaissons et ce n’est plus possible. Par contre, ce qui me réconforte, c’est, que peu importe comment, la nature reprendra toujours le dessus, et l’anthropocène ne sera qu’une infime ou plutôt infâme tranche de vie de notre planète.

Pour conclure, vous disparaissez ce soir : quel message laisseriez-vous?

«Va prendre tes leçons dans la nature» Léonard de Vinci

 

 

 

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