A l’ouverture de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC) ce lundi 9 juin, le Président de la République a présenté aux chefs d’Etat du monde entier les engagements de la France pour la protection de ses écosystèmes marins. Ces annonces sont un premier pas en avant pour accélérer le renforcement de la protection des espaces et des espèces en métropole et en outremer. Cependant, elles soulèvent encore de réelles interrogations. Un effort reste nécessaire pour répondre à l’urgence de protection des écosystèmes marins et garantir la lisibilité, la cohérence et l’efficacité des mesures.
OUTREMER
Les mesures annoncées pour l’outremer, notamment le classement de plus de 900 000 km² des eaux polynésiennes en protection stricte, soit la plus grande zone bénéficiant de ce statut au monde, sont une avancée majeure. La Nouvelle-Calédonie propose également de classer en protection forte plus de 10% du Parc naturel de la mer de Corail. Ces décisions placent la France à l’avant-garde de la protection marine dans le Pacifique.
Dans l’océan Indien, l’annonce du Président de la République de poursuivre les discussions avec son homologue malgache pour aboutir à la mise en place d’une réserve naturelle nationale des îles Eparses est un signal fort. Pour la protection de ce cœur de nature, nous rappelons que nous attendons la mise en place d’une protection efficace, exempte de toute activité industrielle impactante, notamment la pêche à la senne sur dispositif de concentration de poissons dérivants.
METROPOLE
Dans les eaux métropolitaines, l’engagement de porter à 4 % la part du territoire marin classé en protection forte d’ici 2026 (contre 0.1 % actuellement) est un signal en demi-teinte. Ces zones ne répondent pas aux critères de protection stricte définis par la Commission européenne et ciblent exclusivement le fond marin en ignorant la colonne d’eau, et notamment des problématiques telles que les captures accidentelles. Ce cloisonnement de la protection en deux dimensions est scientifiquement obsolète, avec des enjeux importants par exemple sur les captures accidentelles. S’il faut s’en tenir à la déclaration du Président de la République ce matin, pour qui la science doit être au coeur des décisions, une clarification et une réévaluation devraient être apportées d’ici la fin du sommet. Elles bénéficieront aux écosystèmes comme aux acteurs en dépendent.
L’interdiction des arts trainants de fonds dans les coeurs de Parcs nationaux et les Réserves naturelles, qui relève d’une évidence, est une mesure efficace qui doit être systématiquement appliquée. Pour tous les autres sites en zone Natura 2000, La France prévoit de s’appuyer sur des analyses de risques pêche (ARP). L’accélération de ce processus est bienvenue et devra être renforcé, dans toutes ces zones, (1) par une systématisation de l’interdiction des engins de pêche là où un risque est avéré, (2) des garanties sur leur qualité, (3) l’association des ONG au suivi des ARP dans la transparence.
ESPECES
Nous saluons l’annonce d’un plan de sortie de flotte pour la pêche à l’anguille et la civelle. Pour cette espèce en danger critique d’extinction, l’arrêt de la pêche dans les aires marines protégées reste une urgence à laquelle l’État doit pouvoir répondre. La mise sous protection de nouvelles espèces de poissons, invertébrés et végétaux, ainsi que les mesures visant à endiguer le déclin d’élasmobranches menacés, est également une étape importante qui mérite encore des précisions. La portée du moratoire sur le requin peau bleue devra ainsi être clarifiée dans les prochaines annonces.
INTERNATIONAL
La mobilisation diplomatique de la France à l’international a permis d’accélérer le processus de ratification du Traité international pour la protection de la Haute mer dont l’entrée en vigueur est désormais à portée de main.
Signataires :
– Allain Bougrain Dubourg, Président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux.
– Romain Troublé, Président de la Plateforme Océan & Climat et Directeur Général de la Fondation Tara Océan.
– Véronique Andrieux, Directrice Générale de WWF.
Réaction de BLOOM
Emmanuel Macron a ouvert la Conférence des Nations Unies sur l’océan par un discours vide voire fallacieux , en annonçant de présumées « nouvelles aires marines protégées ». Vous trouverez une analyse détaillée de BLOOM sur les stratagèmes d’Emmanuel Macron pour soutenir les lobbies industriels pendant sa prise de parole (ainsi que celle-ci ).
Dans les grandes lignes, le gouvernement reconnaît que seul 0,1% des eaux territoriales métropolitaines sont réellement protégées et annonce pousser la protection à 4% en France hexagonale d’ici 2026, et 14% en incluant les outres-mers, pourtant :
- Les soi-disant 4% de « nouvelles aires marines protégées » interdisant le chalutage de fond sont des zones dans lesquelles le chalutage de fond est déjà interdit !
- Pour l’augmentation de la protection en outre-mer, le Président s’approprie le travail mené depuis plus de dix ans par le gouvernement polynésien et les acteurs locaux : cette annonce repose sur les 900 000 kilomètres carrés de protection stricte mis en place par la Polynésie.
- Emmanuel Macron utilise également la nouvelle annonce de la ratification du traité sur la haute mer (BBNJ) comme une avancée spectaculaire pour la protection de l’océan, alors que celui-ci – même s’il constitue une avancée nécessaire – ne couvre pas certains sujets capitaux tels que la gouvernance des pêches ou encore l’exploitation des ressources minières (entre autres !).
- Enfin, aucune mention de l’expansion de l’industrie des énergies fossiles n’a été faite, alors qu’elle représente une menace existentielle sur l’océan, le climat et l’humanité.
Ne laissez pas le discours fallacieux du Président convaincre les médias et le grand public et essayer de décrypter au maximum les supercheries politiques utilisées.

