Photographes animaliers

Rémi PICHARD

J’ai grandi à la campagne, entouré d’animaux et de grands espaces. Dès l’enfance, la nature est devenue pour moi un refuge, un territoire de liberté et de contemplation.

Très tôt, un élan profond m’anime : celui de saisir le monde qui m’entoure, d’en capter la poésie et l’âme. La photographie ne tarde pas à s’imposer comme une évidence, une vibration intérieure, un langage instinctif à travers lequel je peux m’exprimer pleinement. Mes parents m’offrent alors mon premier appareil photo, point de départ d’un regard et d’une vocation.

Un jour, un reportage télévisé sur la disparition des grands singes agit comme un véritable électrochoc. Ce moment révèle en moi un appel puissant : partir, explorer, témoigner. L’envie de voyager à l’autre bout du monde, à la rencontre d’espèces rares, fragiles et menacées, devient une nécessité.

Photographier n’est plus seulement un geste artistique, mais un engagement profond, porté par le désir irrépressible de dévoiler la beauté du monde et de lui rendre hommage.

Chaque rencontre animalière est pour moi un moment suspendu, chargé d’émotion et de tespect. À travers mes images, je cherche à transmettre la beauté brute du vivant, mais aussi les émotions profondes qui m’ont traversé face à ces instants uniques.

Mon travail est une invitation à ralentir, à ressentir, et à renouer avec le monde naturel dans toute sa splendeur et sa vulnérabilité.

Entretien avec...

Votre rapport avec la faune

Pourquoi avoir choisi l'animal sauvage comme thème privilégié ?

J’ai choisi l’animal, mais surtout la nature, car elle me fascine depuis mon enfance. Et elle ne ment jamais, qu’elle soit poétique ou cruelle, chaque image est authentique, sans filtres. C’est aussi un terrain de jeu infini, le monde est si vaste.

Un élément déclencheur ? ou un maître à penser ?

L’élément déclencheur fut certainement un reportage télévisé, sur France 3 il me semble, qui parlait de la disparition des grands singes et des actions qui étaient menées en leur faveur. C’est à ce moment que je me suis dis que dévoiler la beauté du monde pouvait permettre de la protéger.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Je n’oublierai jamais ma première rencontre avec les gorilles des montagnes en Ouganda. Se retrouver au milieu d’une famille paisible et partager 1h de leur quotidien. Entre la tendresse d’un mâle veillant infailliblement sur son clan, des ados qui s’amusent et la tendresse d’une femelle pour son nouveau-né… Je me suis surpris à verser quelques larmes tellement l’émotion était vive. Un moment suspendu et inoubliable.

Un lieu mythique ?

Je rêve depuis longtemps de l’Amérique du Nord en hiver mais le froid et moi ne sommes pas très amis. Je dois me lancer.

Votre animal de prédilection ? Celui après lequel vous courrez ?

Ce n’est pas un animal en particulier mais plutôt un ordre, celui des primates. Leurs comportements et leurs expressions m’ont toujours fasciné. Mes voyages s’articulent presque tout le temps autour d’une ou plusieurs espèces de primates.

La photographie animalière

Votre photo à laquelle vous tenez particulièrement ?

J’aime profondément cette photo pour différentes raisons. Premièrement parce qu’elle représente l’attente et l’espoir. J’avais repéré cette famille de geladas depuis quelques jours, observant leur routine quotidienne. Tous les soirs ils partaient dormir au creux des falaises, non loin de cette cascade. Je m’étais dit « Ce serait fabuleux que l’un d’eux se poste non loin de la cascade au lever du soleil ».

Et puis l’espoir a laissé place à une joie immense lorsque cette scène eut lieu. Et puis il y avait les chants orthodoxes matinaux qui résonnaient dans la vallée, un instant de grâce. A chaque fois que je regarde cette photo je revis la même scène et les chants me remontent au cœur.

La photo animalière d’un confrère que vous auriez aimé prendre ?

Je ne crois pas qu’il y ait une photo en particulier où je me suis dis que j’aurais aimé qu’elle ait été prise par moi mais c’est plutôt de l’admiration pour le travail des confrères lorsqu’on croise un superbe cliché et qu’on se dit « Wow cette photo est incroyable ! ». Nous avons tous un art et une façon de travailler différents et nos photos sont uniques.

Et la technique : frein ou atout ?

Elle peut parfois être un frein pour ma part. Parfois je suis pris dans l’émotion ou la rapidité de la scène qui se joue devant moi et j’en oublie mes réglages.

Votre « terrain de jeu » préféré ?

L’Ethiopie et ses paysages qui s’étendent à l’infini ! Ce sentiment d’être une particule dans un monde immense.

Le voyage à faire absolument avant que le rideau de l’obturateur ne se ferme définitivement ?

Je rêve des îles Falklands et de ses immenses colonies de manchots et autres albatros !

Des conseils ? 

La photographie animalière est en premier lieu une passion d’amoureux de la nature. L’émergence de nombreux concours photo et des réseaux sociaux ont remplacé l’art par la compétition. Les photographes animaliers aiment-ils vraiment la nature ou aiment-ils l’appât du gain et le nombre de followers qu’ils possèdent ?

Alors le conseil que je pourrais donner à quelqu’un qui débute c’est en premier lieu de photographier avec le cœur, de s’imprégner de tous les instants fabuleux et suspendus que la nature nous offre. Ne cherchez pas à exploser votre compteur de likes et de followers, photographiez pour vous en premier lieu.

Comprendre et aimer l’animal que l’on cherche à photographier est essentiel pour ne pas tomber dans les travers de la photographie animalière. La nature ne se consomme pas, elle se vit.

Biodiversité

Le pire des dangers pour la vie sauvage ? 

Et bien ma réponse à cette question rejoindra celle juste avant. La photographie animalière de masse n’est peut-être pas le pire danger pour la vie sauvage mais elle commence sérieusement à y contribuer. On voit de plus en plus de photographes mettre la faune en danger afin d’obtenir LA photo exceptionnelle digne de gagner un grand concours. Il y a également un paradoxe dans notre activité.

Dévoiler les beautés du monde c’est donner l’envie aux gens de les protéger mais c’est également prendre le risque que de plus en plus de monde ait envie de se rendre sur ces lieux.

Une suggestion pour aider à sensibiliser le grand-public ?

Malgré tout je pense que la photographie reste un outil impactant pour sensibiliser les gens. Une seule photo est capable de procurer diverses émotions et de traverser le cœur de qui la contemple.

Plutôt optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?

Je dirais que je suis étrangement optimiste. Les actions menées par l’Homme affectent négativement l’état de notre planète. Mais la nature est d’une résilience absolue et elle nous survivra. Nous verrons très certainement et tristement des espèces disparaitre mais d’autres apparaitront, certaines évolueront et s’adapteront.

Et la nature se défend déjà de façon de plus en plus brutale. Finalement je crois que nous devrions plutôt nous inquiéter pour notre propre avenir que pour celui de la planète. Attention cela ne veut pas dire que du coup on peut polluer, braconner, déforester, piller… Non absolument pas, tout cela est condamnable. Je dis juste que la planète, même bien amochée, s’en sortira mieux que nous.

Les grand-messes annuelles (COP, sommet de la Terre...) sont-elles efficaces ?

A partir du moment où les grands acteurs de ces rassemblements s’y rendent en jet privé je ne suis pas convaincu par l’efficacité de ces réunions.

Pour conclure ?

La photographie animalière est pour moi un art qu’il faut maitriser avec délicatesse. Il doit venir appuyer notre amour pour la nature et retranscrire nos plus belles émotions. C’est également un outil formidable pour éveiller les consciences et dévoiler toute la beauté et la richesse du monde. Mais cela demande beaucoup de précautions afin de respecter chaque sujet qu’il nous ait donné de photographier.

Distinctions & Parutions

- Finaliste de la Bourse Iris Terre Sauvage 2023 et 2024

- Finaliste au Festival Nature Namur en 2022 et 2023

- Finaliste au Festival de la Camargue en 2022

Expositions

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