Photographes animaliers

Lionel MONTICO

Photographe, auteur et formateur, Lionel Montico explore depuis plus de 15 ans les grands espaces et la faune. Membre de l’agence Hemis.fr, il publie dans la presse et partage sa quête de lumière lors de voyages photo.

Montagnard passionné, il a débuté skis aux pieds et piolet en main, apprenant en autodidacte et expérimentant sans cesse.

Il publie au début des années 2000 trois ouvrages régionaux, dont Belledonne, escapade en pays de lumière, primé en 2003.

Ses voyages l’ont mené à Madagascar, véritable coup de cœur.

Depuis dix ans, il y séjourne deux mois par an et y a réalisé plusieurs livres ainsi qu’une exposition consacrée à la beauté fragile de l’île et à son peuple accueillant.

Entretien avec...

Pourquoi avoir choisi l'animal sauvage comme thème privilégié ?

Je n’ai pas vraiment choisi l’animal sauvage, très tôt il s’est imposé à moi. Enfant, j’étais toujours plongé dans des livres consacrés aux animaux et à la nature. Ils nourrissaient mon imaginaire et éveillaient déjà une fascination pour le monde vivant, bien avant la photographie.

À l’adolescence, cette curiosité prend une forme plus concrète : j’observe la faune de proximité, je photographie les oiseaux du jardin de mon grand-père, puis les animaux rencontrés en montagne. Les longues courses, l’alpinisme, le ski de randonnée, souvent en solitaire, m’apprennent à ralentir, à observer et à accepter de prendre son temps.

Photographier l’animal sauvage est devenu une évidence. C’est une manière de rester à ma place, d’entrer en relation avec le vivant sans l’altérer, et de témoigner de sa beauté autant que de sa fragilité. Plus qu’un sujet, le sauvage est pour moi un espace de contemplation, de respect et de liberté.

Un élément déclencheur ? ou un maître à penser ? 

Les livres ont joué un rôle essentiel dans mon rapport à la nature. J’ai beaucoup lu Roger Frison-Roche, Bernard Clavel, Nicolas Vanier et Jack London. Leurs récits de grands espaces, d’engagement physique et de liberté ont profondément marqué ma manière de percevoir le milieu naturel.

Je me suis aussi nourri de toutes les images que je découvrais dans les ouvrages et les magazines : les photographies de nature, les regards portés sur le sauvage, les ambiances et les lumières. Le travail de photographes comme Art Wolfe a fortement influencé mon imaginaire visuel et renforcé mon envie de raconter le vivant par l’image.

Enfin, les émissions de Nicolas Hulot, notamment Ushuaïa, ont joué un rôle important. Elles ont contribué à éveiller ma conscience environnementale et à donner une dimension plus engagée à mon regard sur la nature.

Plus que des modèles ou des maîtres à penser, ces auteurs, ces images et ces récits ont été des sources d’inspiration durables. Ils ont nourri une relation humble et attentive à la nature, qui reste aujourd’hui au cœur de mon travail photographique.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Il y en a tellement…. Je suis émerveillé à chaque fois que je rencontre un animal, peu importe l’endroit. Une présence, un regard, un instant partagé suffisent souvent. Ces moments rappellent que le sauvage peut surgir partout et qu’il mérite toujours la même attention, le même respect.

Mais il y a aussi des expériences plus marquantes, comme assister aux parades des tétras à plus de 2 000 mètres d’altitude, puis à leurs combats. Passer la nuit dans le sac de couchage, dans le froid, et les entendre arriver en chuintant au petit matin… Ce sont des instants rares et puissants, qui restent gravés.

Un lieu mythique ? 

Pas spécialement. Je suis avant tout attiré par les grands espaces et les lieux isolés, là où le silence et le temps long existent encore. Plus que la destination, c’est la sensation d’éloignement, de liberté et de nature intacte qui m’importe.

Votre animal de prédilection ? Celui après lequel vous courrez ?

Le loup. Je le définis souvent comme mon animal totem, même si je l’ai finalement peu observé et peu photographié. Justement parce qu’il reste rare, discret et difficile à rencontrer.

 

Ce qui me fascine chez lui, c’est sa sagesse et la richesse de ses relations sociales, étonnamment proches de celles de l’homme. Il oblige aussi à accepter l’absence, l’attente et la frustration.

Pour mieux le comprendre, je conseille la lecture de La sagesse des loups de Hélène H. Radinger, un livre qui invite à changer de regard et à aborder cet animal avec plus de respect et d’humilité.

Votre photo à laquelle vous tenez particulièrement ?

Je crois que je ne saurais pas répondre précisément. Chaque image est liée à une émotion, un contexte, un moment de vie différent. Certaines photos comptent moins pour leur esthétique que pour ce qu’elles racontent ou ce qu’elles m’ont fait ressentir sur le terrain.

Finalement, ce sont souvent les souvenirs et les émotions associés à l’image qui la rendent importante, plus encore que la photo elle-même.

Et la technique : frein ou atout ?

Je suis autodidacte, et pour moi l’erreur fait partie intégrante de l’apprentissage. La technique n’a jamais été un frein, à partir du moment où elle reste au service du regard et de l’émotion.

Avec le temps et l’expérience, elle devient un outil plus qu’une fin en soi, quelque chose que l’on intègre naturellement pour mieux se concentrer sur l’essentiel : être présent, observer et raconter.

Votre « terrain de jeu » préféré ?

Tous, car chaque milieu a quelque chose à offrir. Mais j’avoue avoir une attirance particulière pour la montagne et les terrains difficiles. L’effort, le froid, l’altitude et l’isolement font partie de ce qui me stimule et nourrit mon regard. Et bien sûr Madagascar puisque j’y vais depuis plus de 10 ans à raison de 2 mois par an, donc c’est un peu mon travail de fond.

Le voyage à faire absolument avant que le rideau de l’obturateur ne se ferme définitivement ?

Arctique et Antarctique. Pour leurs grands espaces, le froid, le silence et cette nature encore brute, fragile et en première ligne face aux bouleversements climatiques.

Des conseils ? 

La patience. Apprendre à observer avant de déclencher, accepter d’attendre et de revenir sans image. Le reste vient avec le temps et l’expérience. Donc aller sur le terrain, encore et encore… sans déranger.

Lire et être curieux de chaque petite chose.

La biodiversité aujourd'hui ?

La biodiversité est en train de s’effondrer sous nos yeux. Trop souvent, les décisions sont guidées par l’économie à court terme plutôt que par le bon sens et le respect du vivant. Photographier la nature, aujourd’hui, c’est aussi alerter et rappeler que sans biodiversité, il n’y a tout simplement pas d’avenir.

Le pire des dangers pour la vie sauvage ? 

Que l’homme ne prenne pas conscience de tout le mal qu’il fait. Les atteintes à la nature prennent de nombreuses formes, mais elles ont toutes une même origine : notre incapacité à mesurer les conséquences de nos actes et à accepter que nous ne sommes pas au centre du vivant.

Une suggestion pour aider à sensibiliser le grand-public ?

Encore plus de films, de reportages et d’émissions consacrés à la nature, mais aussi davantage de place accordée au vivant dans les programmes scolaires. La sensibilisation doit commencer tôt, pour créer du lien, de la curiosité et du respect dès l’enfance.

Plutôt optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?

Plutôt très pessimiste, car les signaux sont inquiétants et les décisions tardent souvent à venir. J’ai même parfois le sentiment qu’elles font machine arrière. Mais mon naturel optimiste reprend toujours le dessus et, avec les années qui passent, ce besoin d’essayer, d’agir et de faire des choses à mon échelle ne fait que se renforcer.

Les grand-messes annuelles (COP, sommet de la Terre...) sont-elles efficaces ?

Oui et non.

Elles permettent de poser des constats et de faire exister les enjeux environnementaux, mais trop souvent l’économie continue de dicter les décisions. Dans ces conditions, il devient difficile, voire impossible, de faire réellement la part des choses et d’agir avec le bon sens nécessaire.

Pour conclure ?

Un grand merci à Faune Sauvage pour cet échange. Et continuons, autant que possible, à nous émerveiller de ce qui nous entoure.

Distinctions & Parutions

1 prix aux photographies de l'année catégorie animalier 2019
1 prix aux photographies de l'année catégorie paysage 2023, 2024

Expositions

Phot'Aubrac (2023, 2025),
Montier en Der (2004, 2023, 2025)
Chamonix photo festival (2025),
Pont Saint Martin (2025),
Instant Sauvage (2023),
Montbonnot festival (2024),
Les clés de l'aventure (2025)

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