Les animaux ont pour la plupart des sens plus aiguisés qu’un « Laguiole » sorti de l’emballage. Pourquoi pas un « Opinel » penseront aussitôt certains lecteurs ? Parce qu’on ne confond pas le Reblochon et le Saint-Nectaire, la rive droite et la rive gauche du Rhône, les Alpes et le Massif Central.
L’ouïe, l’odorat, la vision et le toucher, les animaux mobilisent tous ces sens ou certains d’entre eux seulement. Sans compter le sens tactile qui leur permet de sentir les vibrations du sol. De plus, ils ont développé des capacités de mimétisme étonnantes et peuvent rester sans bouger de longues minutes dans l’attente que nous trahissions nous-mêmes notre présence.
C’est pourquoi ils nous repèrent et nous mettent à nu bien avant que nous ne les ayons vus. Ils scrutent nos intentions. Vous croyez observer la faune, mais c’est elle qui vous observe. Vous vous promenez tranquillement en forêt ou en bord d’étang et vous vous croyez seuls alors que des dizaines d’yeux vous déshabillent. Même dans le désert on vous observe sans que vous vous en rendiez compte. L’œil était dans la nature et regardait Caïn : « Dieu dit alors : « Qu’as-tu fait ? Le sang de la nature crie de la terre jusqu’à moi. Désormais, tu es maudit, chassé loin du sol qui s’est entrouvert pour boire le sang de la nature versé par ta main. Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus toutes ses ressources. Tu seras errant et vagabond sur la terre ». Bon d’accord, c’est une genèse un peu arrangée mais l’idée y est.
« Le paon est un microcosme du pancalisme universel » écrit Gaston Bachelard dans « L’eau et les rêves ». Moins poétique, on croit que le paon nous montre son cul alors qu’il nous observe. Même les plantes se sont fait greffer des yeux.
Il y a dans l’œil de certains animaux toute la conscience du monde. Et « plus d’humanité dans l’œil d’un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil », disait non sans malice Pierre Desproges….
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