Après des mois de reculs environnementaux, le gouvernement vient d’opérer un virage à 180° : l’annonce d’une stratégie ambitieuse pour la transition écologique de l’agriculture française.Sortir de l’impasse : un constat enfin posé
Le gouvernement est parti d’un constat simple : l’agriculture dépend directement des services apportés par la nature (pollinisation, qualité des sols, régulation du cycle de l’eau, contrôle des ravageurs…). Fragiliser la biodiversité, c’est fragiliser la production agricole elle-même.
Pendant des décennies, les politiques publiques françaises et européennes ont soutenu un modèle intensif. Ce système est à bout de souffle.
Les coûts cachés sont connus :
- entre 372 millions et 8,2 milliards d’euros par an de « coût social » pour les pesticides (eau, santé…)[1]
À l’inverse :
- 1 € investi dans la restauration de la nature, ce sont 8 à 38 € de bénéfices ![2]
Ce constat élémentaire avait malheureusement été oublié par les acteurs politiques qui réagissent aux crises dans l’urgence sans s’attaquer aux causes profondes des difficultés du secteur. Il n’est jamais trop tard, mais il était temps !
Des mesures structurantes, enfin à la hauteur
Pilotée à l’échelon interministériel et dotée d’un financement pluriannuel, la stratégie « Campagnes vivantes : pour une souveraineté écologique de l’agriculture française » prévoit :
- Haies : un plan global de préservation des haies existantes et de plantation de nouvelles haies pérennes pour restaurer, d’ici à 2050, un linéaire équivalent à celui arraché depuis 1950.
- Zones humides : la restauration et la protection des zones humides, rappelant les services écosystémiques indispensables apportés par ces milieux
- Agriculture biologique : la mise en place d’une programmation financière pluriannuelle de soutien au bio, pour atteindre 50 % de la surface agricole utile d’ici 2050
- Pesticides : Reprise du plan EcoPhyto, avec une sortie rapide et planifiée des pesticides de synthèse, assortie d’un accompagnement des agriculteurs vers les méthodes alternatives de protection des cultures.
- Biodiversité : un plan pour une coexistence durable entre éleveurs et grands prédateurs, centrée sur les mesures non létales de protection des troupeaux, actant ainsi la fin des tirs de destruction sur ces espèces protégées.
La LPO salue une décision courageuse, inespérée même alors que le gouvernement avait annoncé un projet de Loi d’urgence agricole qui devait encore fragiliser la santé humaine, la protection de l’environnement, des zones humides, du loup…
Pour Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO : « Par ces annonces courageuses, le gouvernement tourne la page d’un modèle agricole qui s’enfonçait dans l’impasse, mettant la nature, les agriculteurs et la société toute entière sous tension. Cette décision constitue une démarche historique pour l’ensemble du vivant. ».
1] Alliot, Christophe, et al. “The Social Costs of Pesticide Use in France.” Frontiers in Sustainable Food Systems, vol. 6, 2022, article 1027583. Frontiers | The social costs of pesticide use in France
[2] Union européenne. Fiche d’information sur la législation relative à la restauration de la nature. Direction générale de l’environnement, 2022.

