Catégories

Le Ginkgo, juin 2026, l’infolettre de l’AJE : Sale temps sur la planète

Pas d’amélioration en vue sur le front climatique. Telle est la conclusion que l’on peut tirer de la lecture du dernier rapport des Indicateurs du changement climatique mondial (IGCC) publié le 11 juin dans Earth System Science Data.

Rédigé par plus de 70 scientifiques issus de 56 institutions de 17 pays, ce rapport n’a rien de réjouissant. Il rappelle qu’en consommant des énergies fossiles, en développant élevage et rizières et en poursuivant la déforestation, nous avons émis 56,8 milliards de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone (GtCO₂éq.), en 2024 : un niveau record !

Sans surprise, l’année passée a été la troisième année la plus chaude jamais enregistrée, ce qui correspond au niveau de réchauffement anthropique que connaît la planète. La variabilité naturelle du système climatique a eu, en effet, peu d’impact sur les températures moyennes mondiales l’an dernier, selon les auteurs.

Sur le temps long, les activités humaines ont porté le réchauffement à 1,37 °C en 2025 (par rapport à la période préindustrielle). Sans évolution de notre mode de développement, le réchauffement devrait dépasser 1,5 °C d’ici à 2030. L’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris serait alors hors d’atteinte. Le budget carbone dont nous disposons pour stabiliser le réchauffement à 1,5 °C est évalué à 130 GtCO₂éq. Au rythme actuel d’émission, il sera consommé en trois ans.

« Tout se résume à un principe simple : nous émettons plus de gaz à effet de serre que jamais, ce qui entraîne une augmentation de leur concentration et un piégeage croissant de la chaleur dans l’atmosphère, déséquilibrant ainsi la planète », synthétise Matt Palmer, chercheur au Met Office britannique.

Pour ne rien gâter, le rythme auquel la chaleur s’accumule dans le système terrestre laisse présager un réchauffement futur important. « Les répercussions sur les moyens de subsistance et les écosystèmes se font déjà sentir dans le monde entier et s’accéléreront à mesure que les températures continueront d’augmenter », indique Samantha Burgess, responsable stratégique pour le climat du service Copernicus du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme.

Les émissions de gaz à effet de serre ne sont d’ailleurs pas seules responsables. L’amélioration de la qualité de l’air dans de nombreux pays a réduit les rejets de particules de soufre dans l’atmosphère. Or, celles-ci ont un effet refroidissant. Moins d’aérosols dans l’air, c’est plus de réchauffement. Pas de chance.

Thermomètre planétaire en hausse signifie accélération de l’élévation du niveau de la mer, en raison de la dilatation des eaux marines et de la fonte des glaces terrestres. « En 2025, l’élévation du niveau de la mer a atteint un nouveau record de 23 cm depuis 1901, soit environ 1,8 mm par an(1), et ce rythme s’accélère rapidement. Cela peut paraître faible mais même cette ampleur de changement accroît les inondations côtières dans les zones de faible altitude du monde entier, menaçant les moyens de subsistance et les écosystèmes », souligne Aimée Slangen, responsable de recherche à l’Institut royal néerlandais de recherche marine.

Sous la surface, les choses ne se passent pas bien non plus. Un nouvel indicateur, le nombre de jours de vagues de chaleur marine, révèle qu’à l’échelle mondiale, les capteurs ont enregistré 65 jours de canicule sous-marine en 2025. « Le nombre de jours de vagues de chaleur marine a plus que triplé à l’échelle mondiale entre 1991 et 2025. Ces événements nuisent aux écosystème marins et menacent la production alimentaire, les économies et la protection du littoral. Ils perturbent également les échanges de carbone entre l’océan et l’atmosphère, l’acidité et les niveaux d’oxygène des océans, et peuvent intensifier les phénomènes météorologiques extrêmes sur terre », s’alarme June-Yi Lee, du Centre de recherche en sciences du climat de l’Université de Pusan (Corée du Sud).

Fort heureusement, les candidats à l’élection présidentielle ne nous parleront pas de tous ces sujets de fâcheries.

Valéry Laramée de Tannenberg

1) Ce rythme était de 1,7 mm/an, en moyenne, sur la période 1901-2018.

Nom :

Ginkgo

Numéro :

Date de parution :

3
2026-06-05

Commander le magazine

EN LIEN AVEC LE SUJET

etiquettes