Artistes animaliers

Luc SERANNE

Sculpteur sur bois et ébéniste, je m’inspire du monde sauvage et des milieux naturels.
Mes créations naissent d’une observation et d’un profond respect pour les formes de vie qui m’entourent.

Plutôt que de représenter directement l’animal, je cherche à en suggérer la présence fugace — une empreinte effacée dans la neige, une brisure dans le sol, une trace dans la matière. L’absence devient alors un langage.

Mon travail se situe entre la justesse de l’observation et la liberté de l’interprétation artistique. Je m’intéresse aux milieux de vie, aux signes visibles des présences invisibles, à ce qui subsiste quand la vie s’efface. Cette approche invite à imaginer ce qui a été, ce qui pourrait être, à ressentir et à s’émerveiller d’un monde parfois ignoré.

Chaque pièce est réalisée entièrement à la main, prolongeant un lien direct et sensible avec le bois.
Que reste-t-il de l’animal lorsqu’il disparaît de notre regard, mais que son passage demeure visible ?

Entretien avec...

Votre rapport avec la faune

 Pourquoi avoir choisi l'animal sauvage comme thème privilégié ?

Sa présence libre, indépendante des humains.

Sa discrétion, même s’il est pourtant loin d’être silencieux.

Sa capacité à habiter un milieu et à s’y adapter. On lui accorde une place de plus en plus réduite dans nos paysages et j’essaie d'éveiller la curiosité et de proposer un autre regard sur ces présences parfois invisibles.

Un élément déclencheur ?

J’ai passé mon adolescence à pratiquer le kayak sur la Loire, en toutes saisons.

C’est là que s’est développé mon rapport aux milieux naturels, dans leurs aspects à la fois apaisants et plus rudes, ainsi que mon intérêt pour la vie qui les habite.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Paradoxalement, parmi les rencontres marquantes vécues en pleine nature, celle qui m’a le plus touché ne s’est pas déroulée dans un milieu sauvage.

En parallèle de mon activité de sculpture, je travaille pour un centre de sauvegarde de la faune sauvage.

Alors que je construisais une volière destinée à accueillir des chauves-souris en soins, j’ai partagé mon quotidien, pendant plusieurs semaines, avec un hibou Grand-Duc en rééducation.

Discrètement, à travers le brise-vue qui nous séparait, j’ai pu observer ses progrès quotidiens jusqu’à retrouver peu à peu ses capacités de vol. Jour après jour, sa présence est devenue familière.

Le savoir finalement relâché a été une émotion particulière. Après avoir assisté à sa convalescence, savoir qu’il retrouvait sa liberté et sa place dans le sauvage donnait tout son sens au travail accompli autour de lui.

Un lieu mythique ? 

Les montagnes des Alpes, non plus comme un décor, un espace de performance ou un simple terrain de jeu, mais comme un milieu fragile et habité.

Je vis en Savoie et j’y pratique des activités de montagne qui me ressourcent, toujours avec une attention portée aux formes de vie qui les habitent.

C’est essentiel d’adapter nos pratiques pour limiter notre impact sur la faune et les milieux naturels : une voie d’escalade fermée pour la nidification d’un faucon pèlerin, un itinéraire de ski de randonnée déconseillé pour préserver le tétras-lyre…

Plutôt que des interdictions, elles peuvent devenir une manière d’habiter la montagne avec plus de conscience et d’engagement. Des signes de présence et de vitalité du vivant.

L’art animalier

Votre oeuvre à laquelle vous tenez particulièrement ? 

Pendant les expositions, je place souvent au centre une sculpture représentant la trace laissée par un rapace sur la neige après avoir capturé un micromammifère.

Elle résume ma démarche : évoquer des scènes de vie sauvage à travers des traces et des instants fugaces. Elle peut avoir un aspect spontané qui saisit un moment précis et invite le regard à imaginer ce qui vient de se produire.

L’œuvre d‘un confrère que vous auriez aimé créer ?

Gustavo Santaolalla, sans aucun doute. Il n’est pas dans l’art animalier mais sa musique m’accompagne et m’inspire depuis ma première écoute. Une ambiance discrète et épurée, des mélodies instrumentales fragiles et organiques. C’est tout un paysage que l’on peut voir en l’écoutant.

Et la technique ?

Un moyen plutôt qu’une finalité. Elle est nécessaire, mais l’essentiel est à mon sens de trouver des manières qui nous sont propres pour représenter ce qu’on souhaite, c’est plus délicat.

L’endroit préféré, qui vous inspire tout particulièrement pour créer ?

Peut-être sur la branche couchée d'un vieux saule sur les bords de Loire. En s'avançant dessus, on se retrouve suspendu entre la berge et le fleuve, à quelques mètres de l'eau.

La source de vos inspirations ?

Les paysages sauvages et les milieux naturels quand ils sont peu marqués par l’activité humaine quotidienne.

Des conseils ? 

Je continue à me poser beaucoup de questions sur mon propre parcours pour donner des conseils.

Mais s'il y a une chose que j'apprends, c'est l'importance de prendre le temps d'observer.

Avant de vouloir créer, il faut parfois simplement regarder, comprendre et s'imprégner de ce qui nous entoure.

Biodiversité

Le pire des dangers pour la vie sauvage ? (climat, déforestation, pollution, braconnage…)

Je ne saurai pas les classer mais ce qui me frappe surtout c’est le manque de compréhension et le détachement des humains vis-à-vis du sauvage. Lorsque le lien n’est plus entretenu, tout le reste devient plus difficile.

Une suggestion pour aider à sensibiliser le grand-public ?

Peut-être simplement réapprendre à observer. Pas à travers des discours, mais par une expérience directe. Une trace dans la boue, un chant d'oiseau, une empreinte dans la neige peuvent susciter davantage de curiosité et d'émotion qu'une longue explication.

Plutôt optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?

J'essaie de ne pas raisonner avec ces termes et d’avancer. Il y a des raisons d'être inquiet quand on observe l'état du vivant et certaines décisions prises aujourd'hui. Mais si l'on renonce à agir parce que l'on est pessimiste, alors plus rien n'avance.

Les grand-messes annuelles (COP, sommet de la Terre...) sont-elles efficaces ?

Elles ont au moins le mérite de rendre visibles certains constats et de maintenir ces sujets dans le débat public. Les rapports qui y sont présentés sont souvent essentiels pour comprendre l'état de notre environnement.

Ces rendez-vous sont nécessaires, mais ils ne suffisent pas à eux seuls. La préservation de notre environnement se joue surtout dans les choix quotidiens, les territoires et les actions concrètes.

Pour conclure ?

Regarder un peu plus attentivement le monde qui nous entoure. Le vivant laisse partout des signes de son passage, prendre le temps de les voir.

Distinctions & Parutions

Parutions : 

La Gazette des Grands Prédateurs N° 98 - FERUS - Rubrique Arts 

Distinctions : 

Trophée de l’Art pour la Nature - Ménigoute 2025 - Récompensant la sculpture « Chasse Nocturne »

Expositions

  • Festiv’Art Chartreuse du 3 au 5 octobre 2025 - Saint-Laurent-du-Pont, Isère 
  • Festival Salamandre du 24 au 25 octobre 2025 - Morges, Suisse 
  • Festival International du Film Ornithologique, FIFO du 28 octobre au 2 novembre 2025 - Ménigoute, Deux-Sèvres 
  • Salon des métiers et de l’artisanat d’art du 28 au 30 novembre 2025 - Chambéry, Savoie 
  • Festival Nature Climat Environnement du 13 au 17 mai 2026 - Aubusson, Creuse 

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