Artistes animaliers

Quiberon, Ars en Ré

Quiberon - nom d'artiste de Gilles Margaritis, 40 ans - se définit comme un "bricoleur" -, tant il a touché à tout pour construire son oeuvre en perpétuelle évolution. Mais, tout de même, assez orientée animalier.

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Dans sa maison "bricolée" d'Ars en Ré, dont il partage un bout avec sa mère, excellente artiste également, il a installé un atelier à moitié à ciel ouvert où se côtoient fleurs, plantes, outils, mobilier et, bien sûr, sculptures rouillées qui indiquent la direction du temps qui passe!

Il nous reçoit avec gentillesse et, quand on le lance, nous raconte facilement son parcours, ses réflexions, ses envies, ses inquiétudes, voire ses angoisses. Quiberon est un introverti extraverti!

Il a un parcours puissant - Ecole Boule, Beaux-arts, Casa de Velasquez à Madrid - et des antécédents familiaux propices à celui-ci : toute sa famille ou presque a touché, de près ou de loin, à l'univers artistique : grand mère peintre, grand père producteur de la fameuse Piste aux Etoiles et dont il porte le prénom, mère peintre et sculpteur, père journaliste, une soeur dans la mode, Georges Jules Bertrand, peintre pompier du 19ème est de sa famille, tout comme le surréaliste Antoine Malliarakis (dit Mayo), ... Bref de quoi nourrir l'inspiration!

Rencontre avec un talent !

Entretien avec...

Pouvez-vous fixer quelques dates qui jalonnent votre parcours et vous portent à aujourd’hui ?

- J’ai été très tôt impressionné par les peintures de guerre : champs de bataille napoléoniens, les carcasses d'animaux brûlés que j'allais voir au Louvre;  Jérôme Bosch aussi; le cheval, que je n’ai pas connu tirant les charrettes, mais qui est un ami très utile à l’Homme, on l’a abandonné, il est devenu totalement décoratif.

- Ma famille comme indiqué en préambule, dont l'influence est évidente, un mélange méditerranéen.

- Mes écoles : l'école Boule (matériaux, technique, outils); les Beaux Arts, « des vacances, que du bonheur », le métal, le fer, la soudure, la compréhension de l’outil (avec Salerno, le prof de la base métal), le modelage, le moulage, la photographie un peu, la proximité avec les profs, les liens avec les autres élèves; j'y ai passé 7 ans au total tellement j’aimais y travailler; la Casa de Velasquez à Madrid, en complément, une des 5 écoles françaises à l’étranger, deux ans de bonheur également, des rencontres, d’autres artistes, on était bien payé (on y est salarié), c'est un lieu incroyable.

Je travaille et j'expose à Paris, en Bourgogne, ici à Ré actuellement, et très bientôt en Allemagne.

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? En dehors de la famille, Degas, et son "Tub", que j'ai copié plusieurs fois; Les impressionnistes, Picasso mais surtout Bacon, supérieur à mon sens, son traitement de la violence, de la haine, son choix de couleurs, m’a beaucoup impressionné. Les films d’horreur d’où mes crânes, ma fascination de la mort; Entre la mort et l’amour je choisissais la mort qui est une forme de l’amour, le mécanisme logique de la vie.

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Peter Beard aussi, ce photographe aventurier m’a également beaucoup influencé, ses dessins, ses carnets de voyage, ses rencontres, ses merveilleuses femmes ; une vie que j’aurais aimé!

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Pourquoi l’animal sauvage ? Une sorte de thérapie peut être. En laissant mes sculptures rouiller, je retourne à l’origine, la décomposition. A travers l’exotisme le sauvage m’a attiré; je ne connais pas ces pays lointains mais on peut rêver en étant chez soi, comme dans les BD.

La puissance des animaux sauvages sans doute également.

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Une des dernières créations de Quiberon : gorille à dos argenté

 

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Si vous en étiez un ? C’est vrai que si j’avais eu le choix, j’aimerais mieux être un animal sauvage qu’un être humain! Ceci dit, J’aime beaucoup le loup ; c’est pour cela que je ne le « fais » pas, j’ai trop peur de l’abimer. C'est un animal sauvage et très proche de l’Homme, j'aime son intelligence, j'aime la meute ; il fait revenir les vieilles peurs. C’est vraiment un sauvage.

J'ai aussi beaucoup de respect pour l’ours, pour le corbeau, oiseau très intelligent.

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Une belle rencontre avec la vie sauvage ? A part le Salon de l’agriculture! Je n'ai pas de grand souvenir, le rêve me fait voyager. 

Des lieux de nature qui vous attirent ? L’Alaska, son immensité, une nature où l’Homme a le moins marché. Mais ici, à Ré, je suis dans une nature qui me va bien.

Un animal disparu revient, lequel ? Même un animal fantastique. J’aimerais surtout qu’il y en ait qui ne disparaissent pas ! Le loup, j’aimerais qu’il revienne davantage; La Licorne ! Le bison! J’aime les légendes indiennes à leur propos, respectueux des dons de la nature, des êtres qui y vivent. Et pourquoi pas le tigre à dents de sabre?!

Mais, finalement, plutôt une espèce qui ne gêne pas trop l’Homme pour ne pas le tenter à la détruire!.

Et retourner avant l’élevage, au temps où l'on prélevait dans la nature, simplement.

Une œuvre qui vous semble symboliser le mieux votre parcours ? Je suis assez égoïste, donc plutôt la mienne! Ah oui! Olivier Nord, artiste photographe qui a fait la Casa avec moi; Et le Scarabée d'or d'Edgar Poé, fascinant!

250px-The_Gold_Bug_Herpin illustration du Scarabée d'Or par Herpin

Quel est votre matériel ? Votre technique? Une enclume, un marteau, des pinces, un poste à souder, un masque, des pinces coupantes, un massicot, un crayon; de l'encre, des feutres. Pour les lavis, le dessin, l'huile,... Je pratique toutes les techniques. Et, le besoin de dessiner tous les jours.

Un conseil au débutant dans votre activité, que lui diriez-vous ? Chacun suit son parcours. Mais on ne peut s’improviser artiste même si il y a des exceptions, certains artistes art brut. Suivre des cours, ça va plus vite ensuite!

Quelle urgence sur cette planète ? Quelles initiatives faudrait-il prendre ? Le monde marin, les tortues, la question des sacs plastique, me semble le plus important. En détruisant le monde nous perdons aussi nos origines, notre culture. Et je crains que le monde soit en fin de parcours.

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J’aimerais être un artiste important pour obliger les gens à agir, mais je ne le suis pas. L’artiste doit s’engager  - pas politiquement, mais à travers son oeuvre - pour le bien de tout le monde, il doit faire une œuvre pour expliquer, dénoncer les problèmes.

Vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous dire, laisser comme dernier message ? J’aimerais laisser une œuvre, au moins une, pas au monde entier, à mes proches au moins. Actuellement, ce serait une cire (photo paysage recouverte d’une pellicule de cire, œuvre 2014, ndlr) ou une sculpture; je pense à un petit bronze, un quartier de bœuf en pendaison (un peu à la Soutine), une de mes premières œuvres, qui compte beaucoup pour moi, sortie de mes mains comme je l’avais pensée.

Quiberon repart vers les animaux disparus, il évoque à nouveau les indiens, leur respect de la nature et d'un coup lance: « Nous sommes humains grâce aux animaux ! »

Distinctions & Parutions

Expositions

Casa de Velasquez, Madrid, 2010

Nombreuses expositions à Ars en Ré, dont tout cet été 2015 : sculptures (gorilles, tortues, crânes...), peintures (fresques éléphants, dessins de singes)

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