Blondie, lion emblématique au Zimbabwe, a été abattu fin juin par des chasseurs de trophées dans des conditions controversées. Sa mort, largement condamnée, relance le débat sur l’éthique de la chasse et la protection des grands félins africains.
Dans la savane de Hwange, au Zimbabwe, Blondie était bien plus qu’un simple lion. Ce mâle majestueux de cinq ans, dernier descendant connu de la lignée Somadada, incarnait l’espoir d’un rétablissement des populations de lions dans une région marquée par les conflits humains et la pression cynégétique. En juin 2025, il a pourtant été abattu par des chasseurs de trophées, malgré le collier GPS qui le reliait à un programme scientifique mené par l’Université d’Oxford. Un acte qui suscite l’indignation internationale et relance le débat sur les pratiques de chasse prétendument éthiques.
Un lion suivi par des chercheurs abattu en pleine force de l’âge
Blondie avait été équipé d’un collier GPS trois mois avant sa mort, dans le cadre d’un projet d’étude à long terme de son groupe familial, comprenant dix lionceaux et trois femelles adultes. Selon Africa Geographic, le félin aurait été attiré hors des limites du parc national de Hwange, où la chasse est interdite, à l’aide de morceaux de viande déposés depuis un camion. Il a ensuite été abattu dans une zone de chasse autorisée.
Le PDG d’Africa Geographic, Simon Espley, sponsor du collier de Blondie, a exprimé sa consternation : « Le fait que le collier très visible de Blondie ne l’ait pas protégé d’un client chasseur démontre cruellement qu’aucun lion n’est à l’abri des fusils de la chasse au trophée« . Il a souligné le rôle biologique crucial de l’animal, affirmant qu’« il était un mâle reproducteur dans la force de l’âge, ce qui réduit à néant les prétentions éthiques souvent avancées par les chasseurs de trophées ».
Selon les règles zimbabwéennes en vigueur, les lions ne peuvent être abattus à des fins cynégétiques qu’à partir de six ans, afin de limiter l’impact sur les populations reproductrices. Blondie, âgé de seulement cinq ans et chef de groupe actif, ne respectait donc pas ce critère. Ce statut reproducteur n’était d’ailleurs pas ignoré : deux semaines avant la chasse, le chasseur aurait confirmé l’avoir vu en compagnie de lionceaux et de femelles adultes. Malgré cela, la traque a été maintenue.
Après les faits, Mike Blignaut, co-propriétaire de Victoria Falls Safari Services, qui aurait organisé la chasse, a déclaré : « À ce stade, je ne peux pas commenter car on m’a conseillé de ne pas le faire par l’association des guides professionnels du Zimbabwe. Mais je dirai que la chasse était légale et menée de façon éthique ».
Une disparition aux lourdes conséquences écologiques
Blondie n’était pas qu’un individu emblématique, lui qui était le dernier représentant connu d’une lignée emblématique de lions, le clan de Somadada, qui s’était auparavant déplacée du parc de Hwange vers des zones communautaires. Il avait constitué un groupe stable dans une zone historiquement dépourvue de lions résidents. Son élimination risque de bouleverser la hiérarchie du groupe et de provoquer l’infanticide de ses petits par d’autres mâles. Ce scénario est redouté par les spécialistes, qui y voient un revers important pour la conservation locale.
Le choc est d’autant plus fort que cette perte survient dans un contexte marqué par une recrudescence d’actes de braconnage barbares dans le sud de l’Afrique. En 2020, seize lions avaient ainsi été massacrés pour leurs griffes et leurs dents, utilisées dans des potions de sorcellerie. À Rustenburg, en Afrique du Sud, Gert Blom, propriétaire du Predators Rock Bush Lodge, avait découvert huit de ses lions mutilés. « Les braconniers avaient découpé 32 pattes pour les griffes et huit museaux pour les dents, après les avoir empoisonnés avec du poulet. Une mort atrocement douloureuse », témoignait-il alors, précisant que deux lionnes étaient gestantes, et qu’une autre avait mis bas la veille de l’empoisonnement.
L’affaire Blondie relance ainsi les critiques sur la frontière poreuse entre chasse légale et exploitation cynique de la faune sauvage, à l’heure où la biodiversité africaine est plus vulnérable que jamais.
Source : GEO
Image : Philippe Guerlet

