Artistes animaliers

Hannah FRANJOU, spécialisée dans la vulgarisation scientifique

Hannah Franjou est illustratrice, spécialisée dans la vulgarisation scientifique. Diplômée d’un double cursus à l’école Estienne à Paris (2019-2024), elle y a suivi cinq années d’études : trois ans de gravure, puis un master de deux ans en illustration scientifique. La gravure lui a permis d’explorer son univers graphique et d’expérimenter différentes techniques avant de se consacrer pleinement au dessin d’observation et à la transmission du savoir.

En parallèle, elle s’est investie dans la vulgarisation médicale. Lors de son année de diplôme, elle a collaboré avec l’Association d’aide aux jeunes diabétiques (AJD). Constatant le manque d’outils pédagogiques adaptés, elle a réalisé une bande dessinée destinée aux enfants diabétiques de type 1, pour les aider à mieux comprendre et apprivoiser leur maladie.

« Je voudrais que mes dessins ne restent pas figés. Je veux qu’ils participent à une cause, qu’ils aident les gens à comprendre un sujet, tout en les emmenant dans un univers poétique et léger. »

Hannah travaille principalement à l’aquarelle, au crayon et à l’encre, des techniques qui apportent texture, douceur et vitalité à ses images. Elle puise son inspiration dans la nature et accorde une grande importance aux pauses créatives: « Par moment, il faut expirer pour retrouver l’inspiration. Quand je doute, je pars marcher dans la nature. L’inspiration revient toujours après une balade. »

Lors de ses voyages, elle emporte son carnet et son aquarelle : « J’ai tendance à dessiner les paysages autour de moi. Mon carnet, c’est un peu comme un appareil photo : quand je le feuillette, je revis les instants passés à ces endroits. »

Son travail est engagé. Passionnée par la faune et la flore, Hannah s’intéresse aux différentes espèces animales et végétales qu’elle dessine pour mieux comprendre le monde qui l’entoure. Elle souhaite mettre son art au service de la connaissance et de la protection du vivant. À travers ses images, elle explore le dialogue entre science et poésie, et espère inviter chacun à ralentir, à observer, et à renouer avec la beauté fragile du monde naturel.

Entretien avec...

VOTRE RAPPORT AVC LA FAUNE

 

Pourquoi avoir choisi l'animal sauvage comme thème privilégié ?

L’animal sauvage est un thème récurrent dans mon travail. Depuis toute petite, je suis fascinée par le monde du vivant. J’ai grandi près de la campagne, et nous recevions souvent la visite d’animaux sauvages : mésanges, loirs, voire même des cerfs. J’aimais déjà inventer des histoires avec eux, notamment avec une famille de renards que j’avais créée.

En grandissant, j’ai commencé à peindre à l’acrylique, en m’inspirant de livres de photographes animaliers. Je choisissais une photo qui me touchait et je tentais de la reproduire. C’est ainsi que mon désir de mettre l’animal sauvage au cœur de mon travail a réellement pris forme.

Durant mon adolescence, j’adorais aller dans les zoos ou les aquariums pour dessiner toutes les espèces que je voyais. Pour moi, dessiner les animaux sauvages, c’est avant tout apprendre à les connaître.

Un élément déclencheur ? ou un maître à penser ? 

Enfant, c’est surtout le film Sauvé Willy qui m’a marquée. J’avais moi aussi envie de sauver des cétacés et d’en voir en vrai, un rêve qui s’est finalement réalisé !

Quand je dessinais, j’écoutais aussi des podcasts d’explorateurs animaliers, comme ceux de Patrick Pasques. Il racontait les scènes d’une façon tellement vivante qu’on pouvait les visualiser parfaitement. Je trouvais ça fascinant.

Côté artistes, j’ai toujours été fascinée par le travail des naturalistes. Dürer, par exemple, pour ses lièvres, ses touffes d’herbe et son célèbre rhinocéros, qu’il a représenté avec une précision incroyable alors qu’il ne l’avait jamais vu.

Screenshot

Et Ernst Haeckel, pour son sens du détail dans les méduses, ainsi que pour sa réflexion sur l’évolution et la notion d’écologie.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ?

Depuis toute petite, je rêvais de voir des baleines. J’en avais déjà vu dans des livres, des magazines ou sur Internet, mais je ne pouvais imaginer à quel point elles étaient impressionnantes en vrai.

Je m’en souviens parfaitement : nous étions 24 personnes devant le Centre d’interprétation des mammifères marins de Tadoussac au Québec, à 10 h du matin. Une fois prêts à embarquer dans les zodiacs, le guide nous expliqua qu’il n’avait aucun sonar et ne repérait les baleines qu’à l’œil nu. Le zodiac démarra, et nous ressentions toute la puissance du Saint-Laurent contre le bateau.

Après une vingtaine de minutes, le marin arrêta brusquement le zodiac et nous demanda de rester calmes et de nous lever doucement : il avait aperçu un rorqual. La mer était calme, et tout le monde guettait le moindre mouvement dans les vagues. D’abord, nous avons été trompés par des phoques qui semblaient jouer à imiter les baleines. Puis, soudain, un jet d’eau surgit de nulle part : c’était un rorqual ! Il pointait son museau pour respirer avant de replonger avec grâce dans les eaux profondes du Saint-Laurent. C’était un véritable jeu de cache-cache avec ce majestueux mammifère.

Le guide nous rappelait qu’il fallait garder au moins 200 mètres de distance. Plus tard, après avoir observé bélugas, phoques et autres rorquals, nous sommes retournés au centre d’interprétation, où j’ai appris que nous avions été beaucoup plus proches que je ne le pensais. Un rorqual commun mesure en moyenne 25 m de long, et nous avions vu son aileron à seulement 10 m de nous : sa tête était en fait juste sous notre zodiac.

C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais vécu quelque chose d’extraordinaire. J’étais ravie de ne pas avoir filmé : ce moment inoubliable devait être savouré pleinement.

Un lieu mythique ?

Il y en a tellement ! D’abord, je dirais le nord du Canada, avec ses grands lacs, ses élans, ses ours et toutes les espèces cachées dans cette nature sauvage. Ensuite, dans un registre plus rêveur, j’aimerais explorer les océans : découvrir la vie des coraux et nager parmi les grands cétacés.

 

L'ART ANIMALIER

Votre œuvre à laquelle vous tenez particulièrement ?

Je crois que c’est le tableau représentant des animaux marins ("Danse aquatique") tournant autour d’une plongeuse.

Je l’ai réalisé juste après mes études supérieures, à un moment où je n’avais pas touché un pinceau depuis longtemps. Revenir à l’acrylique m’a rappelé le plaisir simple et profond de peindre les animaux, de chercher des images qui m’inspirent et de me laisser porter par elles.

Symboliquement, ce tableau marque un passage important dans ma vie, celui vers l’âge adulte. Chaque animal marin représente pour moi un événement vécu, heureux ou plus difficile. C’est une œuvre très personnelle, presque méditative, qui reflète mon caractère : observer, contempler, ralentir, écouter.

 

L’œuvre d‘un confrère que vous auriez aimé créer ?

Je dirais Par la force des arbres de Dominique Mermoux et Édouard Cortès.

C’est une bande dessinée qui nous emmène en balade en forêt, entre récit, dessin d’observation et ressenti. On a presque l’impression de lire un journal intime perché dans les arbres.

J’aime beaucoup la manière dont le crayon et l’aquarelle sont utilisés : c’est doux, léger, plein de vie. Cette œuvre m’a beaucoup touchée, parce que je m’y suis reconnue dans cette façon de mêler nature, contemplation et émotions

Et la technique ?

J'utilise principalement l'aquarelle quand je suis dehors avec mon carnet. Et quand je réalise un dessin pour une commande je travaille avec l'aquarelle, la plume, les encres, les crayons, ou encore les outils numériques comme l'ipad.

La source de vos inspirations ?

Les petits trésors de la nature, une feuille, un insecte, les bandes dessinées, mes ballades en pleine nature…

L’endroit préféré, qui vous inspire tout particulièrement pour créer ?

Ma chambre, où j’ai aménagé un petit cabinet de curiosités avec tous les trésors que je ramasse lors de mes balades. Dans ce cabinet, il y a des insectes, des coquillages, des plantes… chacun d’eux me fascine. Pour leur rendre hommage, je les représente par le dessin, afin d’exprimer ce que je ressens en contemplant ma collection.

J’aime aussi l’île d’Oléron et ses marais salants : le paysage y est magnifique et très inspirant. Mais le lieu qui m’a le plus inspirée et motivée à dessiner reste la plage de Tadoussac au Québec, que j’ai vu une seule fois et qui est restée dans mon cœur, avec son côté à la fois sauvage et accueillant.

Des conseils ? 

On dit souvent qu’il faut dessiner tous les jours. Ce n’est pas faux si l’on veut progresser dans la perspective, le style graphique, la composition, et toutes les techniques du dessin. Mais je pense que le plus important, c’est de réussir à transmettre une émotion à travers notre travail.

Pour y parvenir, il ne suffit pas de copier ou de reproduire ce que l’on voit : il faut se laisser toucher par le sujet, observer, ressentir et se laisser guider par ses impressions. Un dessin prend vie quand il reflète ce que l’on ressent en le créant, que ce soit la beauté d’un paysage, la force d’un animal ou la fragilité d’un moment.

Mon conseil serait donc de ne pas se focaliser uniquement sur la technique : prenez le temps de vous connecter à ce que vous dessinez, amusez-vous à explorer vos sensations et vos émotions. Avec le temps, votre style et votre technique suivront naturellement, mais c’est l’émotion qui fera que votre dessin parlera vraiment aux autres.

 

BIODIVERSITE

Le pire des dangers pour la vie sauvage ?

Il y a tellement de menaces que l’on pourrait argumenter pour chacune.

Le climat est l’un des problèmes majeurs : la température terrestre et maritime augmente rapidement. Les animaux n’ont pas toujours le temps de s’adapter et doivent survivre en migrant vers d’autres lieux, parfois inadaptés à leurs besoins.

La déforestation est également catastrophique. Les animaux perdent leurs habitats, leurs territoires de chasse et leurs sources de nourriture. Et ce problème nous concerne aussi : les arbres absorbent une partie du dioxyde de carbone et apportent de la fraîcheur lors des grosses chaleurs.

La pollution est un fléau visible partout. Nous connaissons déjà le “continent de plastique” qui étouffe les océans, mais il y a aussi la pollution des sols et de l’eau où certaines extractions chimiques contaminent les nappes phréatiques.

Enfin, le braconnage est une monstruosité qui fait disparaître des espèces entières.

Ce qui est le plus terrible, c’est que toutes ces menaces : le climat, la déforestation, la pollution et le braconnage, sont des conséquences directes des actions humaines.

Une suggestion pour aider à sensibiliser le grand-public ?

Personnellement, je créerais des bandes dessinées dans lesquelles le lecteur peut s’identifier. Aujourd’hui, la BD est un moyen de communication très efficace, souvent plus percutant qu’un roman. La richesse des compositions, la mise en page, les styles graphiques et les histoires immersives captent l’attention et plongent le lecteur dans un univers.

Avec un peu de chance, à la fin de l’ouvrage, il connaîtra mieux le monde qui l’entoure et saura comment le protéger.Mais je pense qu’il ne faut pas se limiter au grand public. Il est aussi crucial de sensibiliser les politiques et les industries de masse, qui ont un immense pouvoir sur l’environnement.

Plutôt optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?

Je me situe entre les deux. Du côté négatif, il est vrai que les guerres, les tensions sociales et économiques, ainsi que notre mode de consommation ont des conséquences préoccupantes pour l’environnement. La déforestation, la surpêche ou la pollution menacent les écosystèmes et nous rappellent à quel point il est urgent d’agir.

Mais il y a aussi beaucoup de raisons d’espérer. Si l’on compare notre époque à celle de nos parents ou grands- parents, de vrais progrès ont été réalisés : certaines industries polluent moins, les initiatives locales se multiplient, et de plus en plus de personnes font des choix responsables, que ce soit pour se nourrir, consommer ou se déplacer. Des associations transforment des déchets en ressources utiles, des artisans recyclent des matériaux, et le public s’implique davantage dans la protection de la nature.

Ces actions montrent qu’il est possible de changer les choses, petit à petit. L’avenir dépendra de notre capacité à continuer sur cette voie, en privilégiant la coopération et la responsabilité plutôt que les conflits. Il y a donc de l’espoir, et c’est à nous de le faire grandir.

Les grand-messes annuelles (COP, sommet de la Terre...) sont-elles efficaces ?

Oui, elles ont de l’intérêt. Elles permettent de rassembler gouvernements, scientifiques et acteurs de terrain pour discuter des enjeux environnementaux et chercher des solutions communes. Elles aident aussi à sensibiliser le grand public à l’échelle mondiale.

Mais elles pourraient être encore plus efficaces si les gouvernements comprenaient vraiment l’urgence de la situation. Trop souvent, les décisions restent théoriques ou mettent du temps à se concrétiser. Pour que ces rencontres aient un vrai impact, il faudrait que les engagements soient suivis d’actions rapides et concrètes.

 

Le questionnaire "Pleins pouvoirs"

- Vous êtes invité(e) à une séance de spiritisme. Bien que sceptique, vous choisissez la personnalité "écologique" décédée avec qui discuter pour quelques minutes. Laquelle ?

Je choisirais Ernest Haeckel. C’était à la fois un chercheur et un incroyable dessinateur, avec déjà une pensée écologique à une époque où ce concept était presque inconnu (les années 1800 !). Je lui poserais plein de questions : comment lui est venue l’idée de l’écologie ? Comment faisait-il pour dessiner des planctons aussi détaillés sans s’abîmer les yeux ? Nous pourrions partager nos travaux et il pourrait medonner ses retours et conseils pour que je progresse.

- Député(e), vous êtes seul dans l'assemblée Nationale déserte. Vous avez toute latitude pour abroger, amender ou créer une seule loi environnementale. Laquelle ?

Ah, quelle question difficile… Mais je sais ! J’abrogerais toutes les pratiques qui menacent le krill.

Comme le disait Jean-Louis Étienne lors de sa conférence au musée de la Marine : « Tout le monde mange du krill ». Le krill est à la base de l’alimentation de nombreux animaux marins, comme les baleines, les phoques, les manchots et beaucoup de poissons. Il nous concerne aussi directement : on l’utilise pour la nourriture de nos animaux domestiques, pour certains compléments alimentaires et pour l’élevage de poissons.

Le krill dépend du phytoplancton, qui produit près de 50 % de l’oxygène de la planète. Mais le problème n’est pas seulement qu’il en dépende : en le surpêchant, on perturbe toute la chaîne alimentaire marine.

Les animaux qui s’en nourrissent risquent de disparaître, les écosystèmes marins se déséquilibrent, et cela affecte aussi nos ressources alimentaires. La pêche intensive du krill n’est donc pas quelque chose qu’on peut prendre à la légère : elle menace la biodiversité marine et, par ricochet, l’équilibre de notre planète

- Généticien(ne) fan de Jurassic Park, vous pouvez faire revenir à la vie une espèce disparue, ou inventer une espèce hybride fantastique. Laquelle ?

WOUAH ! Quand j’étais petite, j’aurais dit un diplodocus ou un griffon ! Mais aujourd’hui, dans la réalité, je ne ferais revenir aucune espèce. On ne sait pas comment une créature disparue ou hybride se comporterait avec l’homme, et elle pourrait menacer d’autres espèces ou perturber les écosystèmes.

- Grand Maître Bouddhiste, vous choisissez l'animal dans lequel vous vous réincarnez pour une nouvelle vie. Lequel ?

Je crois que je me réincarnerais en loutre.

Elle est curieuse, joueuse et adore explorer son environnement, tout en restant attentive aux dangers. Elle vit autant dans l’eau que sur la terre, ce qui colle parfaitement à mon amour pour les océans et les grands espaces sauvages. Pour moi, la loutre représente bien cette idée de liberté, de curiosité et de vigilance qui me correspond.

Descendant(e) de Darwin, vous savez faire évoluer les espèces. Vous pouvez modifier ou ajouter une particularité à une espèce (requin sans dent, serpent sans venin, gorille doté de parole...). Laquelle ?

Je créerais un lapin hibou ! C’est un hibou avec des oreilles de lapin. Juste parce que je trouve ça drôle. Et pourquoi ne pas en profiter pour lui donner une ouïe encore plus fine ?

 

- Milliardaire : quelle(s) association(s) de protection mettez-vous définitivement à l'abri du besoin ?

Si j’avais les moyens, je mettrais définitivement à l’abri du besoin des associations comme Plastic Odyssey, Polar Pod ou Greenpeace, Bloom, ASPAS et bien d’autres encore. Ce sont des organisations qui se battent chaque jour pour protéger nos océans, les espèces sauvages et notre planète. Je leur donnerais les ressources nécessaires pour développer leurs projets, financer leurs expéditions et sensibiliser le plus grand nombre. L’idée serait qu’elles puissent travailler librement et efficacement, sans se soucier du financement, pour faire une vraie différence sur le long terme.

- Pénurie mondiale de bois : l'Arche de Noë sera plus petite que prévue. Il n'y a de la place que pour 5 espèces que vous sauvez de la disparition. Lesquelles ?

Hiboux grand-duc, iguanes, loups, élans, éléphants.

- L'arche s'échoue. C'est le point zéro pour tout repeupler : Galapagos, Pantanal, Ngorongoro, Spitzberg, un zoo ou ?

Je vais dire le canada !il y a tellement d’espace vert, de lac…donc ça serait en Alberta, Québec, Terre-Neuve-et-Labrador, Parc national Fundy et tellement d’autre encore…

- Hypnotiseur, vous pouvez forcer tous les acteurs d'un conflit à trouver un accord bon pour la faune :Éleveurs / défenseurs des grands prédateurs, industrie phytosanitaire / apiculteurs, ou chasseurs / promeneurs ?

Je choisirais de réconcilier les chasseurs et les promeneurs. Ce conflit me paraît symbolique de notre difficulté à partager l’espace naturel. La forêt devrait être un lieu de paix, de découverte et de respect du vivant, pas de tension.

J’aimerais que chacun puisse comprendre le point de vue de l’autre : que les chasseurs mesurent l’importance de la sécurité et de la biodiversité, et que les promeneurs comprennent le rôle que certains d’entre eux jouent dans la régulation, mais surtout, qu’on trouve ensemble une manière plus harmonieuse d’habiter la nature, sans la posséder.

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