Le billet d’humeur de Yann Wehrling, président d’Ecologie Positive : COP 30 – encore une fois, pour quoi faire ?

Titre provocateur, je l’admets.
La COP30 est en train de laborieusement finir ses travaux à Belem. Laborieusement, comme d’habitude. Les habitudes négatives sont devenues trop fréquentes lors de ces rendez-vous.

Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause la nécessité d’agir contre le changement climatique, mais d’oser une question simple : à quoi servent encore les COP ?

30 éditions, et toujours pas de bilan critique. Ces rendez-vous, censés incarner l’action, finissent par tourner à l’entre-soi. Qui y participe ? Toujours les mêmes diplomates, ONG, lobbys, experts, ravis de se retrouver… entre eux. Une bulle où l’on s’applaudit, loin du monde réel.

Le coût de ces rdv ? Des dizaines de milliers de participants, des vols, des hôtels, des pavillons à plusieurs millions d’euros. Pourquoi être autant ? Une large majorité des participants n’ont pas de réels rôles sur place. Si j’osais, pas de réelle « utilité ». On dit que c’est peu en comparaison de ce que représente l’argent nécessaire pour lutter contre le changement climatique. Peu, certes. Mais symboliquement, quelle gabegie !

Quant à ces fonds dédiés à l’action : Chaque COP réclame des fonds supplémentaires, les pays du Sud conditionnent leur accord à de nouveaux financements. Résultat : les COP deviennent des marchés aux promesses financières plus que des moments de décisions concrètes. Débloquer des fonds, bien sûr, mais trop souvent j’ai vu des sommes considérables être promises sans même savoir à quoi elles allaient servir concrètement. Les objets sont vagues et les plans d’actions imprécis. Un énorme sentiment de doublons dans tous les sens. On fait tous la même chose, en même temps, aux mêmes endroits, sans réelle coordination et mutualisation. Tout cela finit en dispersions d’argent et peu d’actions vraiment concrètes.

Le concret, précisément : Des heures de discours creux, d’interventions convenues, pour peu d’avancées réelles. Plutôt que toujours faire de nouvelles annonces, travaillons en petit comité ad hoc à la mise en œuvre des annonces déjà faites. Plutôt qu’être 25000 participants tous les ans à la COPs, laissons les diplomates travailler et prévoyons d’autres rdv, en cercles plus restreints, avec des objectifs et des buts très précis. Et ne nous voyons pas si ce n’est pas nécessaire. La planète nous dira merci de réduire ainsi nos émissions de GES de nos vols. Puis, une fois tous les 5 ou 10 ans, un grand rendez-vous rigoureux, portant sur le climat et la biodiversité, ferait précisément le bilan des années précédentes, corrigerait les erreurs, continuerait les réussites, abandonnerait les impasses, … une telle simplification ne vaudrait elle pas mieux que multiplier les sommets rituels ?

Plus grave et profonde est la question du reflux des enjeux environnementaux partout dans le monde dont Trump, Bolsonaro, Milei sont les symptômes. On peut se contenter de le dénoncer. Je préfère ouvrir les yeux. Les sujets climatiques sont désormais perçus comme ceux d’une élite urbaine déconnectée. À nous, militants de l’écologie, d’avoir le courage de l’auto-critique. Moins d’esbroufe, plus de réalisme, plus de concret. Je préfère une avancée modeste mais réelle à une promesse grandiloquente et vide. Les militants aiment moins, mais le sujet c’est d’avancer et parler au plus grand nombre… pas de se faire plaisir.

Je crois au multilatéralisme et encore plus à l’avenir de la diplomatie environnementale qui peut devenir le nouveau ciment d’une communauté internationale désunie. Mais je suis certain aussi que tout ceci est en danger si nous ne repensons pas ces rendez-vous. Les rendre utiles, modestes, concrets, sincères, pour redonner envie d’y croire.