L’Echo des terriers : la nature penche-t’elle à droite ou à gauche?

A votre âge vous n’arrivez pas encore à savoir si la préoccupation de la protection de la nature est de droite ou de gauche ?! Mais pour qui donc avez-vous voté depuis vos 18 ans ? L’Echo des Terriers ne résiste pas au plaisir d’essayer de vous ouvrir enfin les yeux.

A chaque approche d’élections, et elles sont assez nombreuses en France, la question se pose de savoir s’il vaut mieux faire confiance à des candidats de droite ou à des candidats de gauche pour l’environnement et plus précisément la nature. Les prochaines élections municipales n’échappent pas à la règle même si de nombreux élus de communes modestes sont gestionnaires de terrain avant tout : moins la commune est peuplée et plus leurs caractère, histoire et sensibilité font plus que leur éventuelle appartenance à un quelconque parti.

Les associations de protection, apolitiques par essence, préfèrent éviter de s’en mêler et rechignent à nous éclairer. Elles tournent autour du pot, se contentant tantôt d’analyser les programmes sans les juger, tantôt d’expliquer par le détail ce que ferait un élu vertueux dans ce domaine. Comme vient de le faire la LPO : https://www.lpo.fr/la-lpo-en-actions/campagnes-de-plaidoyer/municipales-2026-la-nature-en-campagne

La plupart du temps concernant les élections à portée nationale, les associations proposent à leurs adhérents et sympathisants une analyse des programmes des différents partis. Comme FNE lors des dernières élections législatives https://fne.asso.fr/objectif-monde-vivable/heriscore-legislatives  Une manière de prendre parti sans prendre parti, enfin presque :

« Hériscore global » pour Ensemble la République d’Emmanuel Macron :

Plus rarement, et ponctuellement, quelques ONG s’aventurent aux côtés d’associations humanistes pour dénoncer les risques d’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite comme ici avec des signataires dont Greenpeace France, Agir pour l’environnement, Générations Futures https://www.ldh-france.org/ensemble-contre-lextreme-droite/ Mais ce sont plus des associations environnementalistes que naturalistes.

La question reste posée aux associations sur la limite de l’apolitisme. Le pire exemple étant l’association ornithologique « NABU », l’équivalent de la LPO en Allemagne, qui aux plus sombres heures de l’Histoire, cohabita avec le IIIème Reich. A un certain stade, difficile à déterminer, s’arc-bouter dans l’apolitisme est au mieux inconscient au pire collaborationniste. Quel est le bon moment pour entrer en résistance ? Vous nous ferez trois pages sur le sujet, de préférence avant les prochaines élections présidentielles.

La protection de la nature est-elle de droite ou de gauche ? Ne comptons donc pas sur les ONG pour nous montrer la voie. Si tant est que la réponse existe, il est nécessaire de se mettre d’accord en amont sur les définitions.

Le concept d’écologie est assez flou. Y compris celui de nature qui regroupe des notions d’écosystèmes, de milieux et d’espèces, voire de paysages. Et de biodiversité puisque vous y tenez, même s’il n’est pas plus précis que le terme de « nature » et bien moins poétique. Environnement, écologie, nature… reconnaissons ensemble que nous pourrons malgré tout trouver un terrain d’entente. Nous vous eussions demandé, amis lecteurs, si une hêtraie-sapinière ou un marais peuvent être considérés comme des morceaux de nature, nul doute que vous eussiez acquiescé (Plus que parfait, y a pas). De même que vous eussiez classé la gestion des déchets et les économies d’énergie dans la rubrique environnementale.

Côté politique c’est beaucoup plus compliqué : une fois éliminés les extrêmes (encore faut-il se mettre d’accord sur ce que sont les extrêmes, on n’en finit plus…) les concepts de droite et de gauche sont beaucoup plus flous. Pouvez-vous par exemple, les yeux dans les yeux et la main sur le cœur, affirmer que Manuel Vals et Bernard Cazeneuve sont des élus de gauche ? Ces contre-exemples sont trop faciles, vous avez raison. C’est que le parti « SDG » (Soit Disant à Gauche) est l’un des plus fournis.

A l’inverse, citez donc ne serait-ce qu’un seul « grand élu » dit de droite dont vous vous demandez s’il ne serait pas de gauche ? François Hollande et son ancien ministre de l’Economie, un certain Emmanuel Macron ? Non, non vraiment concentrez-vous… Jacques Chirac engagé à gauche dans sa jeunesse est généralement considéré comme gaulliste, et classé à droite de l’échiquier politique même si certains observateurs qualifient sa pratique du pouvoir de « radicale-socialiste » ? Mitterrand à droite et Chirac à gauche tout s’éclaire…

Pour savoir quels sont les partis politiques les plus sensibles aux enjeux de protection de la nature, il ne faut évidemment pas s’arrêter aux programmes qui ne sont que des promesses. Moins le candidat a des chances d’être élu, plus il peut avancer des intentions qui ne l’engageront en rien. Lors de la dernière élection présidentielle, l’Echo des Terriers peut affirmer d’un point de vue technique et sans faire de politique, que le projet de programme de LFI était le plus abouti en matière d’enjeux climatiques et écologiques. Ce n’est pas faire injure à la gauche la plus radicale que de dire que la protection de la nature et de l’environnement est la dernière des préoccupations des régimes communistes en place.

Et en même temps (for sure nous avons vérifié l’expression n’est toujours pas déposée à l’INPI par le Président), il semble que les grands gestes en faveur de la protection de la nature et de l’environnement aient été portés par des gouvernements dits « de droite » :

La loi de 1930 dite de protection des paysages ? Gaston Doumergue du Parti Radical qui a dérivé au fil du temps du centre gauche au centre droit ;

La création des Parcs Nationaux en 1960 ? Charles De Gaulle ;

La création du Conservatoire du Littoral en 1975 ? Valérie Giscard D’Estaing ;

La loi de protection de la nature du 10 juillet 1976 ? Valérie Giscard D’Estaing encore ;

La Loi Montagne de 1985 ? François Mitterrand (que nous cataloguerons à gauche pour en avoir un) ;

Le « Grenelle de l’environnement » de 2007 et 2009, sous l’ère de Nicolas Sarkozy ne compte pas : non seulement un trop grand nombre d’engagements n’ont pas été tenus, mais il s’est lui-même renié avec son célèbre « l’écologie, ça commence à bien faire ».

Même en cataloguant François Hollande à gauche, la loi dite de reconquête de la biodiversité de 2016 ne peut pas être considérée comme un pas important pour la protection de la nature. D’abord parce qu’elle ne fut pas un changement de paradigme mais un réajustement de sa grande sœur née 40 ans plus tôt ; ensuite parce que, non seulement elle manquait d’ambition, mais elle a entériné un certain nombre de reculs, notamment avec des cadeaux scandaleux en faveur d’une chasse non durable. Rappelons-nous qu’une certaine Ségolène Royal remit au goût du jour à l’occasion le concept assassin d’écologie punitive. Nous ne vous ferons pas l’affront de vous demander si Ségolène Royal est de gauche.

Ce fut de 1963 à 1973, de De Gaulle à Pompidou, que le plus grand nombre de Parcs Nationaux furent créés. Mais c’est bien de 1980 à 1989, sous Mitterrand, que le plus grand nombre de Réserves Naturelles virent le jour.

Enfin difficile d’oublier que c’est la droite qui s’allia plus d’une fois avec le parti Mouvement de la ruralité (LMR), appelé Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT) jusqu’en 2019, réactionnaire s’il en est. Une bande de « simplets » qui invoquent les traditions et veulent « remettre l’église au centre du village » oubliant qu’il faudrait commencer par revitaliser ledit village. En 2010 CPNT s’associe à l’UMP devenue « Les Républicains ». Voici donc une indication par défaut sur la position de l’écologie sur l’échiquier politique.

Et les Verts nous direz-vous ? Ah oui les Verts, nous allions les oublier. Eux-mêmes se considèrent à gauche même si quelques rares aventuriers qui se comptent sur les doigts d’une main qui en aurait perdu trois ; en l’occurrence Brice Lalonde (Génération Écologie) et Corinne Lepage (ministre sous Chirac), ont essayé de se frayer un passage par le centre droit. Ce n’est pas leur faire offense que de dire qu’ils ont fait un « bide ».

Nos Verts n’ont jamais gouverné le pays mais ont fait leurs preuves lorsqu’ils ont participé à des gouvernements (On pense à Dominique Voynet et Delphine Batho par exemple), dans les votes aux Parlements européen et français et dans la gestion de grandes villes depuis les dernières élections municipales. On peut regretter néanmoins qu’ils s’intéressent plus aux domaines sociaux et économiques qu’à l’écologie, se limitant aux enjeux environnementaux à l’exclusion de la protection de la nature. Sur une centaine de tables-rondes lors de leurs journées d’été, c’est bien un exploit s’il y en a eu une consacrée à la protection de la nature. Soit ils ne connaissent pas les enjeux écologiques au sens vrai du terme, soit ils ne veulent pas se laisser marginaliser sur « les petites fleurs et les petits oiseaux ». Ils ont tort car c’est là que se trouve leur légitimité. On peut penser aussi que les associations de protection de la nature, apolitiques, occupent toute la place. Toujours est-il que les Verts ont un avis sur tous les sujets de société, y compris le port de la burka et du burkini, et assez peu de prises de positions contre la disparition des haies et des milieux humides. Comme les autres partis ils ont repéré le changement climatique mais assez mal l’effondrement du vivant. Nous avons l’obligation d’être plus sévères avec les Verts parce que nous attendons mieux et plus d’eux que de la plupart des autres partis.

Nous voici bien avancés : nous étions au bord du gouffre et nous avons fait un grand pas en avant… Non seulement les définitions de l’écologie, des partis et de leurs actes ne permettent pas de tirer des conclusions, non seulement il n’est pas possible de comparer la pratique de tous les partis la plupart -et c’est tant mieux- n’ayant pas gouverné, mais les époques elles-mêmes ne sont pas comparables.

On aurait pu penser que l’augmentation du nombre de femmes à l’Assemblée nationale (jusqu’à 40%) aurait élevé le niveau de préoccupation en faveur de la nature, mais ce ne fut pas vraiment la révolution verte attendue.

Concentrons-nous donc sur un cas d’école récent avec ce projet de loi scélérat dit de « Simplification de la vie économique » qui vient d’être adopté en Commission Mixte Paritaire (CMP) le 20 janvier dernier. https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-mixtes-paritaires/detail-actualite-1/projet-de-loi-de-simplification-de-la-vie-economique-5622-1.html

Le texte avait été déposé par un certain Bruno Le Maire en avril 2024 au bureau du Sénat qui l’adoptait six mois plus tard. L’Assemblée nationale l’adoptait à son tour en juin 2025. Il ne comptait que 28 articles à l’origine. Il n’était pas catastrophique bien que prévoyant déjà de soustraire les projets de « Data center » à l’obligation du « zéro artificialisation nette » en les qualifiant d’office de « projet d’intérêt national majeur », ou de donner plus de temps aux porteurs de projets pour mettre en œuvre la compensation de la séquence « ERC ».

Arrivé devant la CMP, le projet de loi comprend 124 articles parmi lesquels des régressions importantes dans le domaine de l’environnement (suppression des ZFE et affaiblissement du ZAN pour ne citer qu’eux) et dans celui de la gouvernance (les CESER deviennent facultatifs et des agences sont supprimées par exemple).

Cette Commission Mixte était composée de :

7 sénateurs et sénatrices :

3 « Les Républicains » : Rémy Pointereau, Olivier Rietmann et Catherine Di Folco ;

1 « Les Indépendants » : Emmanuel Capus ;

1 « Union Centriste » : Yves Bleunven ;

2 « Socialistes, Ecologistes et Républicains » : Audrey Linkenheld et Michaël Weber ;

7 députés :

2 « RN » : Matthias Renault et Pierre Meurin ;

1 « Droite Républicaine » : Ian Boucard ;

1 « UDI » : Christophe Naegelen ;

1 « Ensemble pour la République » : Stéphane Travert ;

1 « Socialistes et Apparentés » : Gérard Leseul ;

1 « LFI » : Anne Stambach-Terrenoir ;

Les conclusions, catastrophiques pour la nature et la démocratie, ont été votées par 10 voix rassemblant les élus d’extrême-droite, de droite et du centre droit. Seuls les 4 parlementaires PS et LFI ont voté contre. Dans le cas présent, ce n’est pas faire de la politique que d’affirmer que la protection de la nature n’est pas d’extrême-droite, ni même de droite ou de centre droit. Car, comme le déclarait une députée de LFI ,« L’article 1er, par exemple, n’est rien d’autre qu’un passage à la tronçonneuse, façon Javier Milei, de différentes instances délibératives, d’évaluation ou de contrôle ».

Il y a bien malheureusement une majorité aujourd’hui en France, grâce à des alliances de circonstance entre la droite et l’extrême droite, qui prend plaisir à détricoter en quelques mois les avancées en matière de protection de la nature et de l’environnement gagnées difficilement au fil des ans. Sous l’œil quasi bienveillant du gouvernement qui a annoncé suspendre le parcours législatif de ce texte jusqu’à l’après-municipales parce qu’une seule mesure le gênait, la suppression des ZFE (40.000 morts par an selon les autorités sanitaires quand même…).

Avec un cynisme digne des pires populistes, la plupart des Députés et Sénateurs qui ont voté ce texte ont déclaré avoir conscience que certaines mesures, dont la suppression des ZFE, seraient certainement censurées par le Conseil Constitutionnel. Mais qu’ils préféraient quand même voter ces dispositions pour, disent-ils, « envoyer un message aux français ».

Ce ce sont bien les sénateurs Les Républicains Laurent Duplomb et son collègue centriste Franck Menonville qui reviennent à la charge pour nous empoisonner avec les néonicotinoïdes

L’hypothèse d’une réintroduction des néonicotinoïdes par une loi Duplomb 2 suscite des craintes

Stéphane Travers, à l’origine catalogué à la gauche du PS, soutient cette demande de dérogations pour utiliser les néonicotinoïdes pour les betteraves et les noisettes. Mais est-il vraiment « de gauche » alors qu’il a rejoint Emmanuel Macron et servi la soupe à la FNSEA quand il était ministre de l’Agriculture en 2017 et 2018 ?

Pour dire « quand c’est non c’est non » au Sénateur Duplomb récidiviste c’est ici https ://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5103

Puisque l’Echo des Terriers s’est aventuré sur un terrain aussi marécageux au risque de se mouiller, rien ne l’empêche d’essayer d’avancer quelques suppositions.

Premièrement si la Droite privilégie le levier de la concurrence et la Gauche celui de la solidarité, alors les deux doivent être mobilisées pour faire face aux aléas. Les espèces qui n’ont activé que l’un des deux ne sont plus là pour le raconter.

Deuxièmement l’écologie n’appartient pas au camp des « conservateurs » ; elle est progressiste parce qu’elle s’appuie sur la science, revendique le bien-être du plus grand nombre, y compris des générations à venir, le respect du vivant, de la diversité, la gestion intelligente des ressources, bref l’avenir.

Enfin l’extrême droite n’aime pas la nature, elle n’arrête pas de le répéter : « L’ensauvagement se poursuit et se généralise ». Du reste, même dans l’opposition non seulement elle ne montre aucune ambition dans ce domaine mais elle nous promet de balayer les mesures environnementales et climatiques façon Trump.  La plupart des médias français ont les yeux rivés Outre-Atlantique, commentant les dérives de quelques illuminés ultra-libéraux qui piétinent les plus faibles. Ils feraient bien de retourner leur projecteur sur notre beau pays avant qu’il ne soit trop tard. Il n’y a pas de banalisation qui tienne : l’extrême-droite menace la protection de la nature et de l’environnement, et donc notre santé. Concrètement, chaque semaine, à l’Assemblée nationale où elle a déjà le pouvoir tant le cordon sanitaire républicain n’est plus qu’un vieux souvenir.