Plantes-pollinisateurs : le déclin discret d’une relation clé pour les écosystèmes et l’être humain

En 2014, la dernière Liste rouge régionale de la flore vasculaire1 d’Île-de-France alertait sur la disparition progressive de nombreuses espèces dans la région. Connues pour leur rôle central au sein des écosystèmes terrestres, les plantes sont à la base des chaînes alimentaires et impliquées dans de multiples interactions, dont la pollinisation : près de 90 % des plantes à fleurs sauvages et 75 % des plantes cultivées dépendent totalement ou partiellement des insectes pour leur reproduction. Cependant, la crise de la biodiversité menace la stabilité de ces interactions. Si le déclin des insectes a été établi par de nombreuses études, les impacts sur les interactions entre plantes et pollinisateurs restent encore peu documentés. En France, les travaux menés à partir de données de suivi participatif de la flore révèlent des changements en cours en défaveur des plantes dépendantes des pollinisateurs, ce qui interroge sur le devenir des interactions plantes-pollinisateurs.

Les premières traces directes d’interactions entre plantes et insectes (connues à ce jour) remontent à plus de 200 millions d’années, avec la découverte de grains de pollen de Gymnospermes (groupe des conifères) accrochés aux soies d’insectes fossilisés (Khramov, Foraponova et Węgierek, 20232). L’histoire des interactions entre la flore et les insectes a ainsi débuté longtemps avant l’apparition des plantes à fleurs, estimée à -135 millions d’années, d’après les fossiles retrouvés (Van Der Kooi et Ollerton, 20203). Plus tard, le monde vivant sera marqué par la diversification des groupes d’insectes aujourd’hui associés à la pollinisation, ainsi que par l’explosion du nombre d’espèces et la prédominance soudaine des plantes à fleurs sur les autres groupes végétaux, qualifiée par Charles Darwin d’« abominable mystère ». Les interactions entre plantes et pollinisateurs auraient alors joué un rôle crucial dans ces diversifications en favorisant la sélection de caractéristiques particulières (ou « traits ») chez les plantes : des pièces florales (pétales et sépales) aux couleurs attractives, des formes plus ou moins fermées, permettant l’accès à certains pollinisateurs, des odeurs imitant les phéromones sexuelles ou la viande en décomposition, mais aussi la production de ressources particulières considérées comme des récompenses pour les pollinisateurs (nectar et pollen). Cette coévolution a également mené à la sélection de morphologies diverses chez les insectes, adaptées à certains types de fleurs, avec des cas extrêmes tel le sphinx de Wallace, un papillon de nuit originaire de Madagascar, dont la trompe est suffisamment longue pour atteindre le nectar situé au fond de l’éperon d’une trentaine de centimètres de l’Orchidée de Darwin. Une espèce est dite « spécialiste » lorsque celle-ci est associée à un seul type de ressource ou d’habitat.

 

L’article complet de l’ARB