Par un communiqué publié sur X, le Premier ministre a le 13 janvier dernier annoncé un « moratoire » qui remet en cause toute la gouvernance de l’eau, au seul profit des agriculteurs, et des préfets. De quoi émouvoir les agences de l’eau et l’ensemble des acteurs du partage de ce bien commun, car cette gouvernance, cette « démocratie de l’eau », dit-on souvent, fonctionne, bon an mal an. Exemple avec le Marais poitevin. Entre deux eaux, il est une marge qui a longtemps été le théâtre du manichéisme bien français. Les écolos ont empêché qu’il devînt un champ de maïs, par assèchement au profit de quelques-uns. Gagné sur la mer, ce pays a failli perdre sa diversité de paysages parce que chacun de ses usagers voulait l’eau pour lui seul sans se préoccuper des autres. Un conflit classique de légitimités que n’avaient pu régler les innombrables structures chargées pourtant d’en limiter la portée. Cela valut une condamnation de la France par l’Europe et le non-renouvellement du label Parc naturel régional. Ces deux électrochocs ont obligé les gens à mettre de l’eau dans leur trouspinette, l’État est intervenu pour coordonner la multitude d’intérêts et le Marais est devenu un laboratoire social. Aujourd’hui, parce qu’on y a appris à se considérer, à gérer différemment et en commun l’eau, il va beaucoup mieux, le parc naturel régional est revenu et l’irrigation auparavant honnie est mieux acceptée. Un exemple qui interroge tout de même car les mêmes maux reviennent : il y aurait toujours trop de structures impliquées alors que la disponibilité et la qualité de l’eau sont chaque année rendues moins prévisibles par le dérèglement climatique et les besoins qui augmentent. « Protecteur » historique de cette immense zone humide, la Coordination pour la défense du Marais poitevin (CDMP) a en novembre dernier organisé une journée d’études sur l’avenir du pays, en particulier de sa gouvernance. J’y étais.
Le clip : Capsule-1-Guillaume-LARGEAU-17

