Artistes animaliers

Florence DELLERIE, Entomologiste et ornithologue amatrice, passionnée par la botanique, la mycologie et les sciences naturelles

Autrice et illustratrice scientifique naturaliste indépendante depuis 2006, Florence Dellerie vit et travaille dans le sud de la France.

Entomologiste et ornithologue amatrice, passionnée par la botanique, la mycologie et les sciences naturelles en général, elle consacre un certain temps aux études de terrain, à l'observation et à l'identification des espèces qu’elle rencontre sur son chemin.

L'art animalier et les études botaniques tiennent logiquement une place substantielle au sein de ses créations.

Par ailleurs conférencière, vulgarisatrice et militante, elle produit également du contenu sur des thématiques liées à l’éthique animale, aux droits humains et à la pensée critique.

Entretien avec...

VOTRE RAPPORT AVEC LA FAUNE

 

Pourquoi avoir choisi l'animal sauvage comme thème privilégié ?

J’ai passé mon enfance à la campagne entourée d’animaux, avec l’envie de mettre un nom sur tout, d’explorer et de connaître mon environnement et ses habitants.

Enfant, j’ai consacré des journées (des années…) entières à observer des lézards des murailles prendre le soleil, des mues de cigales ou de libellules, ou encore l’organisation sociale de grandes colonies de fourmis.

Je ne m’en suis jamais lassée.

Un élément déclencheur ? ou un maître à penser ? 

Enfant, pendant mes vacances, je parcourais forêts, garrigues et rivières avec un sac en bandoulière et un état d’esprit d’aventurière.

Je passais aussi beaucoup de temps le nez collé aux encyclopédies de mes grands-parents, qui traitaient de zoologie, mycologie et botanique, dont les illustrations me fascinaient parce qu’elles permettaient à la fois d’apprendre et de s’émerveiller.

Cela a sans aucun doute conditionné mon attachement aux sciences naturelles et au métier que je fais aujourd’hui.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Ma toute première rencontre avec une Rosalie alpine (Rosalia alpina) dans la montagne ardéchoise lors d’une randonnée. Je devais avoir 6 ou 7 ans. Je garde intacte la sensation d’une découverte incroyable.

Un lieu mythique ? 

J’aimerais beaucoup aller rencontrer des bouquetins et des gypaètes barbus dans le Parc national de la Vanoise, je n’en ai jamais eu l’occasion. Pas besoin d’aller au bout du monde pour s’émerveiller !

 

L’ART ANIMALIER

 

Votre œuvre à laquelle vous tenez particulièrement ?  

Mon petit gorille peint à l’aquarelle.

J’ai vendu l’original, mais j’y tiens toujours beaucoup d’un point de vue affectif. J’aime l’idée que l’individu représenté nous regarde dans les yeux, avec une expression qui nous appelle à la responsabilité par rapport aux êtres avec qui nous cohabitons.

L’œuvre d’un confrère que vous auriez aimé créer ?

L’œuvre « Playground » de l’artiste Jana Schirmer, qui symbolise, sous la forme d’un manège de fête foraine lancé à pleine allure, l’exploitation décomplexée que les humains imposent aux autres animaux. J’aimerais avoir cette capacité à produire des compositions aussi puissantes.

Et la technique ?

J’ai longtemps exercé mon métier avec l’aquarelle, puis je me suis tournée vers la tablette graphique, qui accélère le travail et permet plus de souplesse, deux points cruciaux dans un contexte où les rémunérations ne progressent pas au même rythme que le coût de la vie.

L’endroit préféré, qui vous inspire tout particulièrement pour créer ?

N’importe quel petit bout de forêt traversé par un cours d’eau.

La source de vos inspirations ?

Mon environnement en général, et toutes les personnes qui luttent pour un monde meilleur.

Des conseils ? 

- Dessiner tout et n’importe quoi, même les petits objets du quotidien les plus banals, tous les jours. Ça peut sembler frustrant ou répétitif, mais c’est une très bonne manière d’exercer son œil et de progresser.

- Regarder ses dessins en miroir : cela permet de les redécouvrir avec un œil neuf et tous les défauts sautent alors aux yeux.

- Se concentrer sur le coup de main avant d’investir dans du matériel très coûteux. Les bons outils aident, mais ce ne sont pas eux qui font la technique.

 

BIODIVERSITÉ

 

Le pire des dangers pour la vie sauvage ? (climat, déforestation, pollution, braconnage…)

Peut-être l’un dont on parle le moins : la pêche. Les animaux aquatiques représentent plus de 95 % de tous les animaux capturés et tués pour la consommation humaine.

On parle de chiffres absolument vertigineux, de l’ordre de 1 000 à 3 000 milliards de poissons chaque année dans le monde, et probablement des dizaines de milliers de milliards de crustacés.

On vide les océans à une vitesse vertigineuse et au prix d’une somme de souffrances incalculables.

Une suggestion pour aider à sensibiliser le grand-public ?

Arrêter d’offrir le même temps de parole aux scientifiques et aux charlatans serait un bon début. Le constat est simple : on ne peut pas être spécialiste de tout.

Donc quand on suit un débat, si on nous présente une personne climatodénialiste et une personne climatologue à « 50/50 » (ce qui ne représente pas l’état des connaissances mondiales sur le sujet), on n’a pas forcément les armes intellectuelles pour démêler le vrai du faux.

On a tendance à défendre cette vision au nom d’un débat qui serait « neutre », et l’idée qu’il faut débattre de tout avec tout le monde, mais cela impliquerait que l’auditoire ait les mêmes connaissances que les scientifiques les plus pointus sur le sujet pour réussir à se faire une opinion éclairée. Sur le climat, comme sur d’autres sujets, ça n’a pas de sens.

Plutôt optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?

Plutôt pessimiste vis-à-vis de la capacité de l’humanité à se débarrasser de sa soif de domination. Cela ne m’empêche pas de reconnaître que, parallèlement aux attaques démesurées de quelques entités qui veulent tout exploiter et tout posséder, de belles initiatives collectives fleurissent et font de la résistance, et que petit à petit les mœurs évoluent.

Le pessimisme ne m’empêche pas non plus de faire ce que je peux, à mon échelle.

Les grand-messes annuelles (COP, sommet de la Terre...) sont-elles efficaces ?

Ces rencontres sont très critiquées pour l’hypocrisie qui les caractérise sous certains aspects : entreprises partenaires qui les utilisent pour faire du « greenwashing », revendications des peuples indigènes qui ne sont pas prises au sérieux, milliardaires qui viennent jouer aux philanthropes en jet privé, etc.

Elles représentent toutefois des occasions de parler de climat à l’échelle internationale et de créer des liens forts et durables entre certaines structures. Mais la suite dépend beaucoup de la volonté des États : ce sont les législations nationales qui prennent le relais.

Le piège, c’est de penser que ces grands rassemblements sont la solution au problème.

 

POUR CONCLURE ?

J’aime l’idée de faire l’effort de voir le monde à travers les yeux d’autres individus, humains ou non humains. Je pense que tout le monde se porterait mieux si on remplaçait l’adage « ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » par « ne fait pas à autrui ce qu’il ne veut pas qu’on lui fasse » !

Le questionnaire "Pleins pouvoirs"

- Vous êtes invitée à une séance de spiritisme. Bien que sceptique, vous choisissez la personnalité "écologique" décédée avec qui discuter pour quelques minutes. Laquelle ?

Jane Goodall.

- Députée, vous êtes seule dans l'assemblée Nationale déserte. Vous avez toute latitude pour abroger, amender ou créer une seule loi environnementale. Laquelle ?

Je crée la première loi sentientiste, qui donne des droits à tous les êtres sentients (c’est-à-dire les individus qui peuvent ressentir du bien-être ou des souffrances), favorise la prise en compte de leurs intérêts fondamentaux et met un terme à l’ère de l’anthropocentrisme.

- Généticienne fan de Jurassic Park, vous pouvez faire revenir à la vie une espèce disparue, ou inventer une espèce hybride fantastique. Laquelle ?

Si je suis à la fois généticienne et fan de Jurassic Park, normalement j’ai retenu l’idée que faire émerger de nouvelles espèces hors de tout contexte évolutif présente des dangers immenses qu’il est impossible d’anticiper, donc je m’abstiens !

- Grand Maître Bouddhiste, vous choisissez l'animal dans lequel vous vous réincarnez pour une nouvelle vie. Lequel ?

Homo sapiens, tant qu’à faire ! :)

- Descendante de Darwin, vous savez faire évoluer les espèces. Vous pouvez modifier ou ajouter une particularité à une espèce (requin sans dent, serpent sans venin, gorille doté de parole...). Laquelle ?

Je donne la capacité de parler aux anchois, poissons parmi les plus capturés et tués au monde, en espérant que l’on prenne enfin la mesure de ce qu’on leur fait subir à l’échelle mondiale.

- Milliardaire : quelle(s) association(s) de protection mettez-vous définitivement à l'abri du besoin ?

Être milliardaire impliquant de profiter du travail d’autrui dans des proportions absolument indécentes, financer une seule association par ce biais signifierait que j’ai causé beaucoup de tort par ailleurs.

Je préférerais, quel que soit mon niveau de vie, promouvoir un changement collectif à grande échelle, en soutenant plusieurs associations (j’aime beaucoup le travail du Projet Méduses, dont je fais partie, et de Nos Viventia) et des médias indépendants !

- Vous perdez à un jeu. Un gage au choix : libérer des ours d'une ferme à bile en Chine, enfumer une ruche dans le hall du siège de Bayer, porter un tee-shirt "Chasseurs assassins" lors d'une balade forestière en Sologne, distribuer un tract à l'entrée d'un cirque demandant à interdire les animaux lors des représentations ?

Distribuer des tracts à l’entrée d’un cirque pour sensibiliser le public, je l’ai déjà fait (sans avoir besoin de perdre à un jeu) et ça s’est soldé par des agressions physiques de la part des circassiens, qui ont frappé et même infligé des coups de fouets à mes camarades. Alors je choisis la balade en Sologne, pour varier un peu les plaisirs !

- Vous avez le choix pour vous reconvertir demain dans un métier lié à l'environnement : photographe animalier, scientifique environnemental, responsable d'association de protection, ou ?

Travailler dans une association de protection me conviendrait bien.

- Hypnotiseuse, vous pouvez forcer tous les acteurs d'un conflit à trouver un accord bon pour la faune : éleveurs / défenseurs des grands prédateurs, industrie phytosanitaire / apiculteurs, ou chasseurs / promeneurs ?

Je préférerais convaincre et pouvoir proposer des solutions d’accompagnement plutôt que de passer par l’hypnose, mais si je dois accepter l’expérience de pensée, je me tourne vers les éleveurs, avec des solutions de reconversion.

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