C’est l’un de ces récits qui nous plaisent tant. Le peintre naturaliste Justin Piveteau a eu la chance d’observer durant trois mois des loutres installées à proximité de sa maison. Il en tire un texte sensible et des dessins d’une finesse et d’une douceur extrêmes. « Habituellement, je cherche à m’effacer, mais une rencontre mutuelle comme celle-ci, c’est d’une tout autre saveur. Car il faut que l’animal consente. »
Réputée insaisissable, la star de la rivière a offert trois mois d’observations incroyables au peintre naturaliste Justin Piveteau.
15 novembre. Journée grise. Il me suffit de prendre le petit chemin qui descend depuis la maison. Passant le moulin au niveau du barrage, j’emprunte le canal qui descend les gorges granitiques. Dans la colline, l’eau trouve son cours dans les roches claires comme si elle naissait de la fonte d’un glacier. Dans l’un des grands bassins où les eaux vives ralentissent, une bête nage et perturbe la surface. Une loutre ! Elle remonte la rivière. À contre-courant des rapides, son corps flexueux avance sans peine et s’éclipse, telle une vague parmi les vagues.
Je tente de faire le chemin avec elle, totalement à découvert. Quel bonheur de croiser cette bête sauvage que je ne savais pas si proche de mon domicile ! Avec toute l’assurance d’un animal libre, elle glisse droit vers moi. Je l’attends sans bouger, elle ondule jusqu’à mes pieds, presque à me toucher. Je vois sa respiration de bête, ses moustaches sauvages en bataille, l’eau qui fait briller son corps chaud, ses pattes griffues, trapues, et ses yeux sombres qui me jaugent en pleine face avec une douceur très mammifère. L’instant est suspendu. La loutre s’écarte enfin et disparaît. Je reste hypnotisé et ressens un merveilleux sentiment de gratitude. Habituellement, je cherche à m’effacer, mais une rencontre mutuelle comme celle-ci, c’est d’une tout autre saveur. Car il faut que l’animal consente.
© Justin Piveteau
16 janvier.
La littérature ne ment pas à ce sujet, les épreintes de loutre (crottes) sentent curieusement bon, un parfum douceâtre de poisson frais et de miel de châtaignier. Rendues grises ou noires par le temps, ou encore vertes de fraîcheur, elles sont souvent irisées de nombreuses écailles des proies consommées. Ce matin, je saute d’un bloc de granit à l’autre pour pister ces indices. Sur certaines zones, le territoire est marqué tous les 5 ou 6 m ! Aidé de mes jumelles, j’en compte autant sur la rive d’en face. Une première plage est marquée par les palmes, les doigts et les sillons onduleux de la queue des castors. Ils ont laissé au bord de l’eau quelques longues tiges écorcées et un gros bâton taillé en crayon…
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