L’hydrologie régénérative propose un changement de culture de l’eau.
Elle part d’un constat : les cycles de l’eau sont profondément influencés par l’évolution de la vie terrestre depuis des millions d’années. De là, elle renverse notre manière de considérer l’eau douce et les hydrosystèmes dont nous dépendons. Alors que le changement climatique vient révéler notre vulnérabilité face aux pluies extrêmes, aux manques d’eau et aux incendies, elle ouvre une autre voie que celle de la “maladaptation”.
Ce livre ravive des savoirs ancestraux et des pratiques qui ont fait leurs preuves dans de nombreux territoires, urbains comme ruraux, à travers le monde. Il montre comment prendre soin des milieux qui ralentissent et retiennent l’eau, en s’alliant avec les autres vivants.
Pourquoi un tel niveau de sécheresse et des feux de forêt après un hiver pluvieux ?
Charlène Descollonges, ingénieure hydrologue indépendante, autrice de "Eaux vives - Pour une hydrologie régénérative" (Actes Sud, février 2026) nous partage son éclairage.
75% du territoire français (métropole et Corse) est concerné par des restrictions sécheresse, dont 9% au niveau maximal de crise (source : Données sécheresse eaux superficielles - Vigieau)
Comment en sommes-nous arrivés là ?
En dépit d'un hiver pluvieux figurant parmi les 10 hivers les plus arrosés depuis 1959 (source : Météo France), et malgré les crues majeures notamment sur la Garonne, la Maine, la Loire et la Charente, nous voyons la situation s'inverser totalement de trop d'eau à manque d'eau en l'espace de quelques semaines seulement.
La sécheresse actuelle a été amorcée dès le printemps.
Météo France enregistre en avril, un déficit de précipitations de 70% sur l'ensemble du territoire (c’est le 4e mois d’avril le moins arrosé depuis le début des mesures en 1959). Le déficit de pluie s'est accumulé aux records de douceur puis de chaleur précoce. Le printemps 2026 est le printemps le plus chaud jamais mesuré en France avec une température moyenne de 13,8 °C (anomalie de + 1,7 °C par rapport à la normale 1991-2020). Ce record est lié à l'épisode de chaleur fin mai, du jamais vu à cette époque de l'année. S'en est suivi un mois de juin battant, là encore, des records de chaleur : il s'agit du mois de juin le plus chaud jamais enregistré (+3,8 °C par rapport à la normale 1991-2020). Et particulièrement sec avec des déficits de précipitation atteignant 50%. Ces conditions climatiques ont favorisé le phénomène de sécheresse éclair qui, d'après une récente étude, est rendu plus fréquent et plus intense par le changement climatique.
Ces éléments témoignent des bouleversements climatiques qui ont des répercussions directes sur les variables hydrologiques. Des précipitations extrêmes, nous basculons en quelques mois vers des sécheresses extrêmes. Ces deux faces d'une même pièce bousculent les statistiques en hydrologie et nous amènent à interroger nos perceptions, nos rapports, notre culture scientifique à l'égard du cycle de l'eau.
L’autrice : Charlène Descollonges est ingénieure hydrologue. Elle a cofondé l’association Pour une hydrologie régénérative, qui vise à régénérer les cycles de l’eau à l’échelle des territoires pour améliorer leur résilience face aux sécheresses, aux inondations et à l’érosion. Elle vit en Chartreuse (Savoie).

