Photographes animaliers

AUDET Julie

La nature, et surtout les animaux, ont toujours été le cœur central de mes intérêts.

Enfant, j’ai grandi dans un environnement où la nature faisait partie intégrante de mon quotidien. Je passais tous mes étés sur les rives du Saint-Laurent où nous avions un chalet familial, alternant mes explorations entre le fleuve et la forêt. Je découvrais la nature avec curiosité et naïveté, loupe à la main, jumelles au cou et bottes de pluie dans les pieds.

Diplômée de bioécologie en 1996, j’ai occupé pendant près d’une douzaine d’années des emplois en tant que technicienne en biologie, naturaliste et animalière, des expériences qui m'ont toutes permis d’être non seulement en contact direct avec la faune, mais qui m’ont aussi amené à développer une sensibilisation toujours croissante quant à l’importance de la préservation des espèces animales et de leur environnement.

Suite à de nouveaux défis professionnels rencontrés en 2009, je me suis tournée vers un retour aux études où j’ai obtenu un nouveau diplôme en 2012, dans un domaine diamétralement opposé, les arts graphiques. C’est pendant cette période que j’ai découvert la photographie, qui est devenue rapidement un intérêt à haut potentiel.

C’est cependant en 2015 que la combinaison de la photo avec ma passion s’est développée plus concrètement. Elle est devenue un beau prétexte pour redécouvrir la nature et me reconnecter de plus belle avec elle, particulièrement avec la faune. Elle s’est transformée naturellement en une forme de thérapie, un besoin essentiel.

Observer les animaux sauvages et leurs comportements à même leur environnement, est un énorme privilège, un apprentissage très riche et sans limite, et c’est là que ma passion est devenue en quelque sorte une quête, un équilibre de vie.

En à côté, je suis également impliquée comme bénévole depuis 2019 dans un centre de réhabilitation pour animaux sauvages, qui accueille des centaines d’animaux blessés et/ou orphelins à chaque année.

Je crée et partage également du contenu en lien avec mes expériences et ma passion, avec divers organismes sous forme d’articles, de collaboration ou de conférences.

INTERVIEW

VOTRE RAPPORT AVEC LA FAUNE

Quel parcours jusqu'à l'animal sauvage et la photographie?

La photographie est pour moi, un moyen de communication avant tout. Une façon ludique et esthétique de mettre en valeur les sujets qui se présentent à moi, de documenter mes observations et de partager ma passion pour la nature et les animaux.

Elle m’a aussi permis de développer un regard finement plus aiguisé dans l’observation des détails, ce qui est un élément bien utile pour l’observation de la faune, entre-autres.

Sous mes lentilles, j’aime capter les moments qui déclenchent en moi une émotion au premier regard. J’aime notamment faire ressortir la beauté dans la simplicité de petits éléments à première vue « ordinaires », qu’on retrouve en nature. Bien sûr, et plus que tout, j’adore aussi capturer en images mes rencontres animalières et les moments particuliers qui y sont rattachés.

Échanger un regard, devenir le témoin silencieux d’une scène comportementale, bénéficier d’une proximité partagée, voilà des moments d’une très grande valeur, qui m’animent énormément. Combinés à la photographie, ces moments se transforment en histoires imagées, dans certains cas, en poésie muette.

Je privilégie les contextes photographiques naturels et spontanés, ainsi que la variation dans les endroits que je visite, bien sûr en fonction des nombreux facteurs que cela implique de prendre en considération. De tous, les mammifères restent mes sujets favoris, particulièrement les renards.

Un maître à penser?

Vincent Munier

Pour l’authenticité de ce qu’il est d’abord, sa vision du vivant et son travail bien entendu!

Une œuvre marquante?

Je dirais que ça commencé très tôt alors qu’enfant, mon émission de télévision préférée était « Au royaume des animaux », un documentaire produit par la Mutuelle d’Omaha. J’écoutais les épisodes religieusement, ce qui a eu un impact considérable sur ce que je voulais devenir quand j’allais être grande!

Une belle rencontre / émotion avec la faune?

Oh il y en a plusieurs !

Mais je dirais cependant de façon générale, toutes mes rencontres avec les renards. Ce sont des animaux tellement fascinants, avec lesquels on peut devenir rapidement l’observé et ça, ça me plaît énormément, parce que ça change de beaucoup les perspectives. Les renards sont des animaux très curieux et c’est là aussi, un aspect qui me séduit à tout coup! Il y a avec cet animal, toujours beaucoup d’échanges et de communication, simplement par le regard, ou l’approche. Chaque rencontre est unique, une histoire que je ne souhaite jamais quitter.

Si j'étais un animal sauvage?

J’aimerais avoir la capacité de voler et j’habiterais assurément loin de toute présence humaine, en forêt. J’irais avec la chouette rayée!

Un animal disparu qui reviendrait?

Hummm, je choisirais plutôt d’avoir le pouvoir de garder toutes les espèces qui s’en vont vers l’extinction actuellement.

Un animal fantastique qui existerait?

Un renard qui pourrait apparaître au moment où je le souhaiterais! Il n’y a jamais trop de renard dans ma vie.

 

PHOTOGRAPHIE ANIMALIÈRE

Votre photo à laquelle vous tenez particulièrement?

Je dirais celle d’un jeune renard photographié en 2016. Ce fut une surprise incroyable, inattendue, dans un endroit tout aussi inattendu. J’ai dû passer près de 2h en sa compagnie, assise dans le sous-bois en retrait, alors que ses frères et sœurs étaient restés dans la tanière toute la soirée.

Ce fut une rencontre d’une grande intensité pour moi, où j’ai eu le privilège de bénéficier d’un moment vraiment unique à partager son intimité, à échanger des contacts visuels, à la limite vraiment bouleversants.

Le genre de moment où on doit apprendre à délaisser la caméra et savourer pleinement l’instant présent, en remerciant la vie.

 

La photo animalière d’un confrère que vous auriez aimé prendre?

Ce que je prendrais, c’est du temps pour accompagner un groupe d’expédition dans les régions arctiques pour observer et étudier les renards arctiques.

La photo la plus marquante de cette espèce est sans aucun doute celle de Sergey Gorshkov, présentant un plan très rapproché d’un individu transportant un œuf d’oie des neiges dans sa gueule. J’aurais tellement voulu vivre ce moment…

Russia, Wrangel Island, The Arctic fox with an egg

Et la technique : frein ou atout?

Un atout, assurément!

Votre « terrain de jeu » préféré?

Sans hésiter, les endroits où je suis seule, loin des lieux publics.

Le voyage à faire absolument avant que le rideau de l’obturateur ne se ferme définitivement?

Toutes les destinations nordiques m’interpellent beaucoup!

Terre-Neuve en 2019 a été définitivement l’un des voyages les plus marquants que j’ai fait. Mon conjoint m’accompagnait et nous n’avons pas eu le temps de visiter tous les secteurs que nous avions mis en liste. Il est certain qu’un jour, ce sera à compléter!

Des conseils?

  1. Faites de la photo pour vous, avant toute chose, en établissant vos objectifs personnels! S’inspirer, c’est bon, parfois, pas toujours! Je vois beaucoup de photographes courir après la même chose que les autres, à essayer de reproduire ce qui existe déjà, de faire comme la masse, en définissant leur quête par celle des autres. Ils finissent tous par remettre en question leur talent et leur objectif, à un certain moment donné, parce qu’ils finissent par s’égarer de leur propre objectif et de qui ils sont, individuellement. Les médias sociaux sont excellents pour entretenir ce doute et un énorme piège pour tuer la créativité et l’originalité!
  2. Sur le terrain, la règle d’or repose avant tout sur le respect et l’éthique. La nature doit passer avant le besoin de photographier. Il ne faut jamais oublier que les lieux et les territoires visités, sont aussi l’habitat et le garde-manger des animaux observés. Le respect des espèces rencontrées et l’éthique dans les comportements adoptés par les humains, sont deux points primordiaux à suivre dans la pratique de la photographie de nature et de faune sauvage, peu importe le niveau.
  3. Tout le reste est une question de patience, de connaissances (des espèces, des milieux et du matériel aussi), de persévérance et de temps!

 

BIODIVERSITÉ

Des urgences?

Tellement, partout!

Qu’on parle de pollution, de surconsommation, de réchauffement climatique, de déforestation, ou d’une autre problématique (parce que la liste est longue), tant que les gens ne se sentiront pas concernés, ce sera difficile de faire avancer les choses!

Ça prend des actions, du concret, pas seulement des mots ni des cris d’alarmes. Le manque d’éducation est selon moi, le premier fléau responsable de bien des maux, pas seulement en environnement.

Une association de protection à mettre en avant?

Tous les petits gestes comptent et on a tendance à l’oublier facilement.

Dans ce sens, j’ai un très grand respect pour tous les centres de réhabilitation d’animaux sauvages, ainsi que tous ceux qui agissent en prenant des initiatives de nettoyage des milieux naturels et/ou urbains, salis par l’insouciance des autres.

Une suggestion pour sensibiliser le grand-public?

La raison pour laquelle je choisi d’exposer publiquement mon travail photographique sur les médias sociaux, passe avant tout par le désir de faire développer un intérêt pour la nature, en touchant le plus de monde possible.

Avec les enjeux environnementaux que nous connaissons aujourd’hui, je suis d’avis que plus nous serons nombreux à être sensibilisés à l’importance d’un équilibre environnemental, plus il y aura de la mobilisation, menant à des actions plus concrètes et plus nombreuses.

Mais les gens doivent d’abord se sentir concernés et interpellés, et je suis convaincue, que cela doit passer initialement par un minimum d’intérêt envers la nature. C’est une base indissociable. Continuons de mettre de l’avant la nature et de la rendre accessible via notre travail photographique!

Plutôt optimiste ou pessimiste pour la suite?

Optimiste!

 

Pour conclure

Il y a tant à apprendre de la nature. Il faut simplement s’arrêter et prendre le temps de bien l’écouter!

DISTINCTIONS

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

Parutions

Imprimées :
Canadian Geographic Magazine (janvier 2018), Canadian Geographic « Ultimate Canadian Instagram Photos » (vol.2, 2018  et vol.4, 2020 à venir), Fédération canadienne de la faune (calendrier 2019), Revue Sainte-Anne (2018), Le Soleil (avril 2020).

Numériques :
Plusieurs parutions numériques dans les dernières années dont Canadian Geographic, Canon Canada, Fédération canadienne de la faune, Le Soleil, la Sépaq, l’Office du tourisme de Québec, Outdoor photographer Magazine et WWF-Canada.

Étant ambassadrice pour la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq), il m’a été donné d’écrire divers articles, dont ceux-ci :

https://www.sepaq.com/blogue/passion-renard.dot

https://www.sepaq.com/blogue/observation-faune-hiver.dot

https://www.sepaq.com/blogue/yamaska-charme-bien-cache.dot

https://www.sepaq.com/blogue/quand-nature-fait-sourire.dot

https://www.sepaq.com/blogue/nature-autrement.dot

https://www.sepaq.com/blogue/photographier-faune-trucs-debuter.dot

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