Recours contre le déclassement des loups : La France démagogue choisit la censure et le passage en force en annonçant une augmentation des tirs autorisés

Alors qu’une coalition d’associations européennes a récemment saisi la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) pour contester la réduction de la protection des loups au niveau européen – et de fait, l’assouplissement des abattages – la France et la Finlande mettent tout en œuvre pour empêcher les défenseurs de l’environnement d’accéder à la justice.

Le changement de statut des loups, les faisant passer « d’espèce strictement protégée » à « espèce protégée susceptible de mesures de gestion » fait l’objet d’un  recours en annulation déposé par les associations Green Impact (Italie), Earth ODV (Italie), Nagy Tavak és Vizes Élőhelyek Szövetsége (Hongrie), LNDC Animal Protection APS (Italie), One Voice (France), soutenues par plusieurs associations européennes, dont Animal Cross, FERUS et Pôle Grands Prédateurs pour la France.

Or, deux États membres de l’Union européenne, dont la France, viennent d’intervenir dans cette procédure pour contester le droit des associations à saisir la justice européenne.

Cette démarche, visant à empêcher les associations d’exercer leur droit légitime d’initier une procédure judiciaire devant la CJUE, élude un débat démocratique sain, basé sur des données factuelles et scientifiques, et semble privilégier des choix politiques arbitraires.

Elle tend à démontrer que la France est parmi les plus fervents soutiens à la proposition de la Commission Européenne de réduire la protection des loups, et dont les possibles raisons profondes sont peu en rapport avec les données scientifiques :

  • Cette proposition de déclassement régularise de fait une situation inconfortable et potentiellement illégale pour la France, qui depuis 2014, pratique une régulation déguisée de l’espèce via l’octroi de plusieurs milliers d’autorisation de tirs létaux sur les loups.
  • Cette procédure de déclassement coïncide dans le temps avec deux accords de libre-échange se succédant : l’un avec la Nouvelle-Zélande, déjà entériné, et l’autre avec le Mercosur. Ces accords, très défavorables au milieu de l’élevage, suscitent une forte opposition du milieu agricole en France. Dans quelle mesure de tels enjeux ont-ils pu peser sur la décision de déclassement des loups ?

Nous appelons donc solennellement la France à retirer cet acte d’intervention visant à museler les associations de protection de la nature et de défense des animaux, en total désaccord avec les principes élémentaires de la démocratie. Nous sommes aux antipodes de la célèbre citation apocryphe attribuée à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

Source : FERUS

Dernière minute

Face à la multiplication des attaques de troupeaux, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard annonce une hausse de 10 % du quota annuel de loups pouvant être abattus en France

Le gouvernement entend durcir sa politique de régulation du loup. Vendredi, la ministre de l’Agriculture Annie Genevarda annoncé une hausse du nombre de loups pouvant être légalement éliminés chaque année, afin de répondre à la recrudescence des attaques sur les troupeaux et à une demande de longue date du monde agricole.

Lors d’une conférence de presse à Paris, la ministre a justifié cette évolution par l’expansion continue du prédateur sur le territoire. « Notre régime de régulation doit être revu et il le sera, car il n’est plus adapté au fait que le loup s’étend de plus en plus dans des territoires nouveaux et qu’il se multiplie », a-t-elle déclaré, soulignant la nécessité d’ajuster les règles existantes.

Un plafond d’élimination augmenté de 10 %

Concrètement, le plafond annuel d’élimination va être relevé de 10 %. « Le nombre de loups pouvant être éliminés dans l’année va augmenter de 10 %, soit 22 animaux de plus, et que nous allons simplifier les conditions d’accès au tir », a précisé le ministère de l’Agriculture à l’AFP. Cette simplification vise à accélérer les procédures dans les zones les plus touchées par la prédation.

Selon les chiffres officiels publiés fin novembre, la population de loups en France est restée globalement stable en 2025, avec une estimation moyenne de 1.082 individus. Des données contestées par les éleveurs, qui les jugent sous-évaluées et réclament depuis plusieurs années une augmentation du quota d’abattage, actuellement fixé à 19 % de la population estimée.

Source : 20 mn

C’est un cadeau de plus pour amadouer éleveurs (et chasseurs). Ou comment acheter la paix sociale au détriment, une nouvelle fois, de la nature… C’est surtout une erreur et un grave affront à la biodiversité et à l’idée de l’harmonisation entre le vivant humain et non humain

Communiqué commun FNE, ASPAS, FERUS, Humanité & Biodiversité, LPO, WWF :

Le loup à nouveau victime de la démagogie du gouvernement

En annonçant, parmi d’autres régressions environnementales, l’augmentation du plafond annuel de destruction de loups, la ministre de l’Agriculture et le gouvernement s’assoient aussi bien sur le droit que sur l’expertise scientifique.

Sur le droit parce que le cadre juridique de possibilité de destructions de loups est très clair : malgré le changement de statut récent du loup par l’UE, les États membres doivent garantir que les tirs de loups soient rigoureusement compatibles avec le maintien de la population dans un état de conservation favorable. Toute proposition réglementaire nouvelle doit répondre à cette obligation.

Et sur l’expertise scientifique puisqu’une étude récente menée par le MNHN, le CNRS et l’OFB à la demande de l’État conclut à un risque net de baisse de la population avec le taux annuel de destruction déjà existant (19 % de la population estimée). Elle souligne aussi qu’un taux de 21 % comme annoncé par la ministre générerait plus de 60 % de risques de faire baisser la population. Sans compter l’aveuglement de l’État sur les destructions illégales.

Le gouvernement choisit ainsi une gestion politicienne au détriment d’une espèce protégée, sans aucune garantie pour l’élevage, car la destruction de loups n’a jamais empêché à elle seule la prédation. L’État veut faire croire que la gestion de la présence du loup peut se faire prioritairement par un usage libéralisé des tirs de destruction, alors que trois décennies de présence du loup ont montré que c’est la mise en œuvre effective des moyens de protection qui permet de prévenir le plus efficacement les dommages.

De plus, contrairement à ce qu’affirme la ministre, le loup ne se multiplie pas : au contraire, on constate une stabilisation de la population depuis 4 ans. Mais cette stagnation n’empêche pas que des individus arrivent sur des territoires nouveaux, où les augmentations de dommages les plus importantes sont constatées car la majorité des élevages n’y sont pas encore protégés. Cela souligne encore que la priorité doit être donnée à l’accompagnement des éleveurs sur ces secteurs pour prévenir les dommages.

Il n’est pas admissible que le gouvernement choisisse délibérément de faire régresser la population de loups, alors que le maintien d’un état de conservation favorable de l’espèce dans son aire de répartition naturelle reste le cadre qui conditionne les possibilités de destructions. Cet état de conservation doit être apprécié au niveau national mais pas uniquement : il doit l’être aussi au niveau régional et au niveau local, comme le confirment les documents d’orientation de la Commission Européenne ainsi que la Cour de justice de l’Union européenne et récemment le Conseil d’État.

Il est encore temps pour l’État de revenir sur cette annonce précipitée : le loup, pas plus que l’extension de l’usage des pesticides ou la construction de méga-bassines, ne doit être la variable d’ajustement de calculs politiques.

 

 

Photo :©jbdumond2022