Les « nouvelles » aires marines protégées françaises : la plus grande escroquerie environnementale d’Emmanuel Macron – Addendum

Avant même l’ouverture officielle le 9 juin de la troisième conférence des Nations Unies sur l’océan, le Président de la République Emmanuel Macron a déjà pris la parole à trois reprises, entre les 7 et 8 juin, pour faire des annonces présentées comme « importantes » et « concrètes, préparées avec les associations » . Il aura fallu attendre la diffusion du dossier de presse produit par le Ministère de la transition écologique dans la soirée du 8 juin pour comprendre que les aires marines dites « protégées » dans lesquelles le chalutage de fond serait interdit passeraient de 0,1% à soi-disant 4% des eaux métropolitaines, selon la communication officielle. Mais en procédant à l’analyse détaillée des cartes fournies dans le dossier de presse intitulé « Protéger la biodiversité marine », BLOOM a découvert le pot-aux-roses : les 4% de nouvelles aires marines supposées être « fortement » protégées d’ici fin 2026 et dans lesquelles le chalutage de fond serait interdit, se trouvent… dans des zones dans lesquelles le chalutage de fond est déjà interdit ! 

Fomenter une telle escroquerie et oser la publier au sommet mondial de l’ONU sur l’océan relève à la fois de la malhonnêteté et de l’arrogance : cela dénote une croyance que les journalistes ou au minimum les experts de BLOOM seront inaptes à détecter l’arnaque. 

Rappelons que 30% de l’océan est supposé être protégé d’ici 2030 au plus tard, que la France s’était déjà engagée en 2009 à protéger 20% de ses eaux d’ici 2020 dont la moitié en cantonnement de pêche (sans extraction) d’ici 2020, et qu’une aire marine protégée, selon les recommandations scientifiques, interdit systématiquement les pêches destructrices telles que le chalutage et les bateaux de plus de 12 mètres, ainsi que les activités et infrastructures industrielles. Sans cela, aucune aire marine ne peut se targuer d’être « protégée ».

Notons également que les zones qui seraient désormais comptabilisées comme « protégées » du chalutage de fond, alors qu’elles le sont déjà, interdisent le chalutage uniquement grâce à la longue campagne épique de sept ans de BLOOM et de la Deep Sea Conservation Coalition contre le chalutage en eaux profondes.

Swann Bommier, directeur du plaidoyer de BLOOM, a réagi : « le sommet n’est pas encore commencé qu’Emmanuel Macron le place sous le signe de l’escroquerie. Cette annonce honteuse à l’heure où s’effondrent la biodiversité et le climat prouve que le Président n’a jamais eu l’intention de faire autre chose qu’une gigantesque « opération de comm’ » de la Conférence des Nations Unies sur l’océan. Heureusement, BLOOM veille au grain ».

Frédéric Le Manach, directeur scientifique de BLOOM, qui a analysé avec ses équipes les cartes produites par le gouvernement et révélé dans la soirée l’immense tartufferie du Président a ajouté : « notre décryptage risque d’être un grain de sable fatal dans la grosse Bertha qu’est la machine de communication élyséenne et qui écrase en général tout sur son passage. Nous appelons les journalistes à redoubler de vigilance pour ne pas tomber dans le piège de ces annonces trompeuses ».

En comparant les deux cartes fournies par le gouvernement qui détaillent les zones concernées, il apparaît que les zones qui vont bénéficier du label de « protection forte » et être exemptes de chalutage de fond sont, à quelques rares et très minces exceptions près, les mêmes que celles qui sont déjà exemptes de chalutage de fond depuis le 1er janvier 2017. Ces zones correspondent à la victoire arrachée au forceps par BLOOM et ses partenaires européens à l’UE et à la France qui a bloqué le dossier pendant des années pour empêcher l’interdiction du chalutage de fond en eaux profondes. C’est ainsi que la seule « avancée » que peut offrir le gouvernement au sommet mondial de l’océan, malgré une mobilisation citoyenne hors normes orchestrée par BLOOM depuis des années et par la Coalition citoyenne pour la protection de l’océan, est de labéliser « aires marines protégées » des zones déjà protégées du chalutage de fond par un règlement européen adopté il y a neuf ans en Atlantique grâce à BLOOM ! Le même procédé est utilisé en Méditerranée.

Les cartes écologiques de la honte

Claire Nouvian concluait : « ce nouvel épisode d’imposture écologique de la France montre qu’il est impossible de donner le change sur la protection de l’environnement tout en cherchant en fait à protéger, en priorité, les lobbies de la pêche industrielle. Il faut choisir son camp : les écosystèmes marins, les citoyens et les pêcheurs artisans ou les destructeurs de l’océan. A vouloir se faire passer pour le champion de l’océan qu’il n’est pas, Emmanuel Macron se prend les pieds dans le tapis et révèle sur la scène internationale qu’il est surtout le champion toutes catégories de l’hypocrisie environnementale. Dans le contexte de harcèlement physique et psychologique dont nous sommes la cible avec mes collègues de BLOOM, nous ne sommes pas seulement choqués par l’irresponsabilité du Président français mais aussi par le choix d’être fidèle à des lobbies industriels qui ont recours à des méthodes criminelles pour faire taire l’ONG la plus critique en France ».