Ces dernières semaines, j’ai porté mes idées sur toutes les nuances du spectre acceptable :
– Festival des idées de La-Charité-Sur-Loire, lieu de rendez-vous de la gauche progressiste. J’étais particulièrement heureux de ma conversation avec Pierre Charbonnier, philosophe de l’histoire des idées environnementales (dont je recommande vivement Abondance et Liberté). Nous nous accordons sur le point de départ : la nécessité de redéfinir la liberté face aux limites planétaires, et de substituer au désir moderne d’autonomie maximale une reconnaissance de l’interdépendance. Nous nous retrouvons sur le cadre conceptuel : décorréler la question de l’écologie et celle de l’organisation économique (la surexploitation des ressources précédant largement le capitalisme industriel !). Nous soulignons de concert la nécessité que chaque philosophie politique se redéfinisse par rapport à l’urgence environnementale (l’écologie aura gagné quand il n’y aura plus besoin de parti vert…). En revanche, lui se retrouve dans un socialisme planificateur (avec un certain intérêt pour le modèle chinois), moi dans une économie de marché non croissante (qui pourrait d’ailleurs devenir la trajectoire spontanée de l’Europe).
– Fête de la démocratie à Versailles, organisée par Jean-Noël Barrot et réunissant des figures centristes. Après (et contre) Philippe Aghion qui voit classiquement dans l’IA un facteur d’innovation, j’ai rappelé (i) le désastre cognitif en cours, que ne saurait excuser aucun gain de productivité (ii) la nécessité absolue, en pleines vagues caniculaires, de penser la question de l’habitabilité avant toute autre considération économique (également l’objet de ce débat sur France 5 et de cette chronique)
– Conversations Tocqueville sous l’égide du Figaro, rassemblant essentiellement la droite libérale. J’en ai profité pour analyser la pensée de la nature chez Tocqueville, qui confie un « amer regret » en constatant les destructions que la civilisation industrielle naissante était sur le point d’opérer (vidéo ici). Il est incompréhensible que la droite politique, qui dans son histoire a su se saisir de la question environnementale (sous un angle patrimonial notamment), s’enferme aujourd’hui dans un déni productiviste, refusant de voir la violence du changement climatique et l’effondrement de la biodiversité.
– J’ai poussé le vice jusqu’à participer à Vivatech pour dénoncer le fanatisme technologique et appeler au boycott de l’IA générative (vidéo ici), en ligne avec cette tribune du Monde que j’ai cosignée avec mon camarade Abel Quentin (et une centaine d’autres écrivains, scientifiques et responsables politiques).
S’agissant des canicules et sécheresses
, je vois se dérouler avec un certain désespoir le scénario d’Aqua, y compris dans mon bocage. Cette nouvelle réalité était parfaitement anticipée par les scientifiques. La question de l’adaptation (et de la clim) manque sa cible faute de prendre en compte l’adaptation des espèces (animales et végétales) sans lesquelles nous ne pouvons vivre. J’ose à peine regarder les arbres aux feuilles grillées depuis les fenêtres des trains. Pour l’anecdote, la citerne d’eau de pluie étant à sec chez moi, je ne peux plus utiliser mes toilettes (la punition du bobo écolo), et je vais donc directement enrichir mon potager en azote, conformément aux recommandations de Fabien Esculier …
La réaction des pouvoirs publics reste ancrée dans la bonne vieille logique ingénieuriale du tuyau, totalement inadaptée à une hydrologie qui s’inscrit aujourd’hui dans la question du vivant (à ce sujet, entretien vidéo pour le Figaro). Le moratoire sur les décisions des SAGE annoncé par le gouvernement est une atteinte inouïe à la démocratie de l’eau. A l’inverse, la loi d’urgence agricole a cédé au pire de l’agriculture industrielle. La facilitation des bassines et des prélèvements par Fiat préfectoral représente une fuite en avant irrationnelle. Bien sûr qu’il faut stocker l’eau surabondante en hiver. Mais la meilleure bassine, c’est un sol vivant, fonctionnant comme une éponge ! J’en profite pour signaler le livre à venir du juriste Benoît Grimonprez, Ralentir l’eau, qui plaide pour une gestion alternative de l’eau fondée sur le reméandrage (dans la lignée de Baptiste Morizot ou Charlène Descollonges), et qui décrit de manière complète les possibilités et limites légales à l’heure actuelle.
Je suis désolé de constater que le seul responsable politique à parler intelligemment de ce sujet est Jean-Luc Mélenchon, qui a proposé de redessiner des « éco-régions » selon les bassins hydrographiques. Sur France Culture, on m’a également fait réagir à un discours du même Mélenchon sur les pesticides, que je ne pouvais qu’approuver mot pour mot … J’espère que d’autres candidats moins autoritaires finiront par prendre la mesure de ces enjeux et par proposer des transformations radicales.
Je vous donne rendez-vous à l’automne avec deux nouveaux ouvrages :
– un récit d’urbex, Consonno (Edtions de l’Observatoire), une herborisation dans nos ruines modernes en même temps qu’une méditation sur la régénération, en compagnie du botaniste Eric Motard et de l’architecte Xavier Lagurgue
– une BD de philosophie politique, La désobéissance du radis (Pictavia / Humanoïdes), coécrite avec le dessinateur Etienne Appert (SITE), qui retrace mon évolution intellectuelle et propose un chemin associant écologie radicale et libéralisme politique
Soirée de lancement le 1er octobre probablement, à confirmer à la rentrée !

