La pêche au chalut pélagique interdite au large de l’île de Ré pour protéger dauphins et bars

La préfecture de Nouvelle-Aquitaine a décidé, jeudi, de ne pas autoriser de campagnes au chalut dans une zone classée Natura 2000 du golfe de Gascogne.

Accusée d’être responsable de la mort de nombreux dauphins, la pêche au chalut pélagique, ce grand filet qui ne touche pas le fond marin, n’est plus autorisée sur le plateau de Rochebonne. La préfecture de la région Nouvelle-Aquitaine a annoncé, jeudi 26 décembre, l’annulation de la campagne de pêche de soixante jours prévue dès le 1er janvier dans cet espace naturel sensible d’environ 100 km2situé à l’ouest de l’île de Ré (Charente-Maritime).

A la mi-février, l’observatoire Pelagis avait indiqué que plus de 400 dauphins s’étaient échoués depuis le début de 2019 sur la côte Atlantique. La plupart présentaient des traces de capture accidentelle par la pêche. Le gouvernement avait alors promis de renforcer les mesures pour limiter ces captures accidentelles.

La préfecture explique dans un communiqué que « deux évolutions significatives » ont motivé sa décision de ne plus accorder d’autorisations de pêche : « les fortes mortalités de cétacés constatées l’hiver dernier » et « la protection de certaines espèces aujourd’hui considérées comme menacées (…), en particulier le bar, dans une zone de reproduction de l’espèce ». Selon le communiqué préfectoral, cette décision « a reçu le soutien des organisations régionales de pêche de Nouvelle-Aquitaine, des Pays de la Loire et de Bretagne ».

4 300 contributions publiques

Depuis 1978, une autorisation de pêche au chalut pélagique était délivrée tous les deux ans pour soixante jours, en début d’année. La prochaine campagne devait débuter mercredi dans cet espace naturel Natura 2000, situé au-delà des eaux territoriales dans le golfe de Gascogne. Dans son communiqué, la préfète de région, Fabienne Buccio, assure qu’elle a décidé d’appliquer le principe de précaution, même « s’il n’a pas été possible d’établir un lien direct [entre l’échouage des dauphins morts et] la pratique du chalut pélagique ».

Sa décision intervient à la suite d’une consultation publique lancée cet automne par la direction interrégionale de la mer, parallèlement à une concertation des organismes scientifiques et des organisations professionnelles. Elle « a suscité plus de 4 300 contributions, essentiellement favorables à l’interdiction de la pêche »sur le plateau de Rochebonne, selon le communiqué.

Mme Buccio propose par ailleurs de lancer une réflexion sur la constitution d’une zone de protection forte sur ce plateau, « sous la forme, par exemple, d’une réserve naturelle ». Dans un communiqué, le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, « salue cette décision proposée par les structures de la pêche professionnelle et qui témoigne de l’engagement résolu de la pêche professionnelle dans la gestion durable ».

Le Monde/26 décembre

 

photo: Le corps d’un dauphin près de Lacanau (Gironde), le 22 mars 2019. NICOLAS TUCAT / AFP