Photographes animaliers, Les réalisateurs

LEFEBVRE Sylvain

Né en 1982, Sylvain Lefebvre est biologiste de formation, auteur, photographe et cinéaste naturaliste par passion.

Très tôt il s'investit dans des projets d’éducation à l’environnement et fonde en 2004 l’association Exode tropical, dans le but de sensibiliser le grand public aux richesses des forêts pluviales.

C’est dans ce cadre qu’il s’immerge durant deux ans dans les jungles du Nouveau Monde, dont une année entière au Costa Rica. Cette aventure donnera naissance à deux expositions itinérantes et à un documentaire en deux épisodes intitulé « SELVA », primé dans de nombreux festivals internationaux.

Depuis 2012, Sylvain travaille au sein du tour-opérateur Terres Oubliées pour lequel il conçoit et guide des voyages d'observation et de photographie animalière, en Afrique et en Amérique principalement.

Son troisième film, « Jardin Sauvage », sorti en octobre 2018 en DVD, se veut tout aussi pédagogique mais s'intéresse cette fois à notre nature de proximité: pour ce safari 100% local et au bilan carbone nul, il nous montre comment inviter et observer chez soi la faune sauvage

INTERVIEW

Quel cheminement personnel jusqu'à l'animal sauvage ?

Au-delà du respect pour les êtres vivants transmis très tôt par mes parents, mon parcours vers la faune sauvage se résume en quatre rencontres déterminantes, aux profils plutôt variés…

Vincent Detrait, alors animateur-nature du parc régional du Vexin français, qui fût mon maître de stage lors de ma licence en biologie. Il me donna goût à l’éducation à l’environnement, à l’encadrement de sorties en milieu naturel pour le grand public et les scolaires.

Alexandre Cuomo, l’un des fondateurs de l’agence photo Natur’Images. Lorsque j’étais étudiant, il m’a aidé à mettre sur pied un reportage sur la biodiversité de Madagascar et a mis entre mes mains mon premier téléobjectif.

Marie-Anne Bertin, que j’ai rencontré lors d’un volontariat pour la conservation de la tortue d’Hermann. Nous avons partagé ensemble deux années de baroude dans les forêts tropicales du Nouveau Monde en tant qu’éco-volontaires, entre le Mexique et l’Equateur. C’est avec elle que j’ai développé des actions de sensibilisation avec notre association Exode tropical et que je réalise des films sur la biodiversité tropicale ou celle de nos jardins.

Et enfin Laurent Cocherel, auteur, écrivain et photographe naturaliste. Fondateur du tour-opérateur Terres Oubliées Nature, c’est grâce à lui que j’ai fait de mes passions pour la biodiversité, la photographie et le voyage, un véritable métier. Aujourd’hui, je travaille à ses côtés pour créer et guider des voyages dédiés à l’observation et la photographie de la faune un peu partout sur Terre…

Un maître à penser ?

Au risque d’être peu original…Pierre Rabhi. Je ne saurais dire s’il est meilleur agriculteur que philosophe, mais ses écrits et sa manière de penser m’inspirent.

Sa notion de « sobriété heureuse » reste un leitmotiv important dans mon quotidien et ma manière de consommer. Il est de ceux qui me poussent à passer du temps à cultiver mon potager bio et à transformer notre jardin en refuge pour la biodiversité.

Une œuvre marquante ?

Pour avoir étudié durant plusieurs années la biologie et la classification du monde vivant, je suis passionné par l’histoire de Charles Darwin. Son aventure autour du monde à bord du Beagle, ses longues années à forger sa grande théorie de la sélection naturelle… il s’agit sans aucun doute de l’un des plus grands naturalistes de notre histoire et son œuvre est colossale !

Il reste celui qui a bouleversé notre regard sur l’évolution et le fait que sa théorie reste d’actualité deux siècles plus tard, malgré l’arrivée de la biologie moléculaire et de la génétique, rend l’origine de ses découvertes encore plus palpitantes.

Si j'étais un animal sauvage ? 

Une espèce de tortue de mer ou de baleine, pour explorer des zones océaniques qui échappent encore à l’homme…

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ?

J’ai eu la chance de beaucoup voyager et de croiser le regard de nombreuses espèces sauvages très emblématiques.

Si les rencontres avec les chimpanzés et les gorilles de montagne en Ouganda ont été capables de m’arracher des larmes d’émotion, je garderai également en mémoire toute ma vie l’image de la plage d’Ostional, au Costa Rica, envahie par des dizaines de milliers de tortues de Ridley lors d’un phénomène unique appelé arribadas.

Un animal disparu qui reviendrait ?

Sans aucun doute un géant du Jurassique ! Cette folle période de la préhistoire où la taille des animaux dépassait l’entendement… que diriez-vous d’un Brachiosaure ?

 

La photo ou la série à laquelle vous tenez particulièrement ?

Probablement celle d’un serpent liane, Oxybelis aeneus, que j’ai photographié gueule ouverte dans la réserve de Biosphère Maya, au Guatemala.

Le serpent semble attaquer le photographe mais il est en réalité en position de défense. C’est une espèce totalement inoffensive, le corps est fin comme un crayon et il ne pourrait pas mordre notre poignet tant sa bouche est petite !

L’image évoque pour moi très bien les préjugés que nous avons sur ces reptiles, et de manière plus globale, sur les forêts tropicales trop souvent calomniées sur leur soi-disant dangerosité.

 

Spot préféré ?

J’ai vécu plus d’un an au Costa Rica et cette destination reste pour moi la meilleure en Amérique latine pour observer les mammifères de la forêt tropicale humide.

Tapir, tamandua, pécari, agouti, coati, singes… le parc national de Corcovado, dans la péninsule d’Osa, permet tout ça en une seule journée et reste un grand coup de cœur !

Plutôt solitaire matinal pour profiter du moment ou accompagnateur de groupe pour partager ?

Accompagnateur, j’en ai fait mon métier…mais cela n’empêche pas d’être matinal pour profiter du moment !

Un lieu mythique ?

Pas en particulier car en tant que grand curieux, il me reste beaucoup d’endroits à découvrir, notamment le continent asiatique que je ne connais pas. La jungle indienne et la forêt malaisienne sont des lieux où j’espère voyager un jour…

Et la technique ?

Je ne cours pas derrière… ni pour la prise de vue, ni pour le matériel. Je ne photographie plus en RAW par exemple, format trop gourmand en stockage. Un JPG en HD peut être utilisé sans problème pour une exposition photo ou une publication en kiosque et une belle image peut se faire avec un smartphone ou une Gopro…

Des urgences ? (climat, déforestation, braconnage…)

Malheureusement, il y en a beaucoup ! Je suis très touché par les dernières études qui montrent que la sixième extinction de masse des animaux s’accélère à un rythme effrayant…

J’ai du mal à imaginer les savanes, forêts et océans sans faune, encore moins à devoir expliquer cela à mes enfants… Au quotidien, cette question me hante lorsque j’entends les coups de fusils des chasseurs depuis le jardin, leur loisir reste incompréhensible pour moi…

Chacun doit pouvoir adapter son quotidien en gardant en tête les problèmes environnementaux et agir en son âme et conscience, à son échelle et avec ses possibilités.

A titre personnel, j’ai par exemple éliminé l’huile de palme de mon caddie et drastiquement réduit les quantités de viande et de poisson dans mon alimentation. Je passe également beaucoup de temps à rendre mon jardin nourricier, à en faire un refuge pour la biodiversité.

A côté de cela, je prends l’avion une à trois fois par an… autant dire que mon bilan carbone reste très critiquable sur la question des transports…

Des conseils ?

Ne pas croire qu’une belle image est synonyme de bon matériel ou d’un long travail de retouche. Une photo, c’est avant tout un regard, un cadrage, une lumière.

Lorsque je guide de petits groupes, je conseille souvent de ne pas tomber dans le piège du cadrage serré systématique.

Une association à mettre en avant ?

Pas une en particulière… je suis parmi beaucoup d’autres les actions de la LPO, de Seasheperd, de L214, de Médecins sans frontières…

Plus récemment, j’ai trouvé la création du collectif Renard Grand Est très intéressante car il regroupe une soixantaine de structures liées à la protection de la nature pour notamment reconsidérer notre regard sur le renard roux.

Je suis également parrain pour l’association « Un enfant, une vie au Bénin » dont le travail est remarquable.

Pour conclure ?

Merci d’avoir lu ces quelques lignes jusqu’au bout et bravo pour votre site qui permet de partager le travail de tous ces amoureux de nature.

DISTINCTIONS

Le film Selva a obtenu les distinction suivantes :

"Premier prix" et "prix des collégiens" du festival Coeur de Faune 2013 de Mers-les-Bains

Deuxième prix du festival de l'Insolite Vendée Nature 2013 aux Landes-Genusson.

Prix "Jeunes Regards" au Festival International du Film Ornithologique 2012 de Ménigoute.

Prix des "Clubs Connaître et Protéger la Nature" au Festival International du Film Ornithologique 2012 de Ménigoute.

Prix "Hérisson de Bronze" au Festival FRAPNA 2012 du Film Nature de Grenoble.

Prix "Meilleur Moyen Métrage" au Festival du Film Nature 2012 de Murs-Erigné.

Prix "Jeune Réalisateur" au Festival International du Film d'Aventure 2012 de Dijon.

Prix "Coup de Pouce" (version court-métrage) au Festival International Nature 2011 de Namur.

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