Chaque année, environ 60 000 hectares de forêt française sont rasés : CE QUE LES SATELLITES NOUS RÉVÈLENT

Depuis plus d’un an, je me suis lancée dans ce travail inédit. À partir de l’analyse d’images satellitaires, et en m’appuyant sur une méthode originale développée par le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, j’ai pu répondre à une question que tout le monde se pose : les coupes rases augmentent-elles ?

La bonne nouvelle est que depuis 2018, les coupes rases ont plutôt eu tendance à diminuer (-27 %), alors que le contexte incitait plutôt à l’inverse, entre les dépérissements massifs d’épicéas et de sapins, mais aussi le plan de plantation d’un milliard d’arbres porté par Emmanuel Macron, qui a parfois encouragé, à coups de subventions, à raser des forêts en partie saines.

Toutefois, cette tendance doit être interprétée avec prudence. Elle peut traduire une prise de conscience progressive, chez les gestionnaires publics comme chez les propriétaires privés, des effets écologiques associés à cette pratique — ce qui est plutôt encourageant — mais il pourrait aussi s’agir d’un simple reflux temporaire.

Donc, tout va bien ? Pas si simple, comme je l’ai découvert en creusant un peu plus.

JE TÉLÉCHARGE L’ÉTUDE

UN DÉSTOCKAGE DE CARBONE PRÉOCCUPANT

D’abord, un constat : les coupes rases libèrent brutalement en circulation le carbone stocké dans les arbres, mais aussi une partie de celui contenu dans les sols. Ce carbone alimente directement l’excès de CO₂ dans l’atmosphère, responsable du réchauffement climatique. Il est libéré soit par la décomposition des rémanents de coupe, soit parce que le bois est orienté vers des usages de courte durée de vie, comme le bois énergie. À peine 20 % est durablement stocké dans des produits comme la construction ou le mobilier.

Au total, cela représente chaque année entre 11 et 16 millions de tonnes de CO₂ — un ordre de grandeur comparable au déficit du puits de carbone forestier que le gouvernement anticipe à l’horizon 2030.

Les coupes rases sont donc loin d’être marginales. Contrairement à ce que certains acteurs de la filière laissent entendre, les encadrer constituerait un levier majeur — aujourd’hui largement sous-estimé — pour atténuer le changement climatique.

Plus surprenant encore : les forêts anciennes ne sont pas épargnées. Alors qu’elles concentrent les stocks de carbone les plus élevés, notamment dans les sols, le taux de coupes rases observé dans ces milieux est proche de la moyenne nationale.

Oui, vous avez bien lu. Et ce n’est pas la seule surprise que révèlent les données.

DES AIRES (PAS SI) PROTÉGÉES

Je me suis ensuite posé une question assez évidente : y a-t-il moins de coupes rases dans les aires protégées ?

La réponse est non. Le taux de coupes rases observé au sein des parcs naturels régionaux est comparable à la moyenne nationale. Il n’est que marginalement inférieur dans les sites Natura 2000, alors même que ces espaces présentent des enjeux écologiques accrus.

DES EFFETS CUMULATIFS SOUS-ÉVALUÉS

En jonglant avec les tableaux de données et les cartes, j’ai réussi à visualiser une autre réalité que beaucoup d’entre vous observent déjà : les coupes rases se concentrent dans certains territoires et la majorité d’entre elles sont de petite taille.

Néanmoins, leur répétition dans le temps et leur concentration spatiale produisent des effets cumulatifs susceptibles d’affecter durablement la biodiversité, les paysages et le cycle de l’eau.

C’est le cas, par exemple, dans le Morvan où, au rythme actuel, les dernières forêts de feuillus pourraient avoir disparu dans 60 ans au profit de plantations de résineux.

Si ce travail vous intéresse, je vous propose de présenter mon travail et nos propositions sur le sujet des coupes rases lors d’un webinaire dédié à cette étude.

Pour vous inscrire, deux créneaux possibles, c’est par ici :

JE M’INSCRIS AU WEBINAIRE
Mardi 19 mai de 18h à 19h

JE M’INSCRIS AU WEBINAIRE
Mercredi 20 mai de 12h30 à 13h30

UN ENCADREMENT INSUFFISANT ET UNE PRESSION POUR AUGMENTER LA RÉCOLTE DE BOIS

Cette étude est essentielle car elle permet d’objectiver le débat et vient compléter le riche travail de l’expertise scientifique sur les impacts des coupes rases.

Une évidence s’impose : il est urgent de mieux encadrer les coupes rases, en particulier dans les zones à fort enjeu écologique.

Nous vous en reparlerons plus longuement prochainement, car la spécificité de Canopée est non seulement de produire des études, mais surtout de les transformer en propositions que nous portons auprès des décideurs.

Aujourd’hui, il y a une alerte sur laquelle j’attire votre attention et pour laquelle j’ai besoin de votre aide : le gouvernement prévoit d’augmenter la récolte de bois de  +7 millions de m³ d’ici 2030 sans pour autant encadrer les coupes rases.

C’est l’une des faces cachées de la transition énergétique : plutôt que de remettre en cause notre surconsommation d’énergies fossiles, le gouvernement envisage de développer davantage l’utilisation du bois énergie, ainsi que de nouveaux usages comme le biogaz ou même les biocarburants à base de bois pour faire voler les avions.

Nous lançons une grande mobilisation contre ce plan et sommes prêts à le contester devant la justice si le gouvernement n’entend pas raison.

Pour nous aider, signez — et surtout partagez autour de vous — notre pétition :

JE SIGNE LA PÉTITION CONTRE L’AUGMENTATION DE LA RÉCOLTE DE BOIS

ET POUR ALLER PLUS LOIN

Une autre façon de nous aider est de financer la pérennité d’un observatoire des coupes rases dans les forêts françaises — et surtout sa suite.

Nous voulons mettre ces données en ligne et développer un mécanisme d’alerte mensuel permettant de détecter les coupes rases abusives et, le cas échéant, d’agir en justice.

Pour nous soutenir, vous pouvez adhérer à Canopée en faisant un don.

Cela vous permettra également de participer et de voter à notre assemblée générale le mardi 30 juin, où nous vous présenterons l’ensemble de nos projets.