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La lettre des rivières sauvages, avril 2020

En ces temps de bouleversements majeurs, de deuils, de souffrances dues à une épidémie qui dévoile nos fragilités, interroge radicalement un modèle économique mondialisé qui oublie l’Humain, détruit la biodiversité, dérègle le climat et appauvrit les cultures, Rivières Sauvages poursuit sa mue. Notre pays, comme sidéré, frémit. Ses élites reconnaissent enfin le rôle des humbles, des petits, de tous ceux qui nous fournissent des biens essentiels, soins, nourriture, liens divers sans lesquels notre société ne tournerait plus. La décision politique se nourrit davantage de science, une science ouverte, qui éclaire, permet de délibérer et fonder les choix, ce qui manque si souvent chez tant d’élus de la République. Célébrons la qualité des débats, des tribunes, l’engagement de divers intellectuels, dont l’immense Edgar Morin, nous rappelant la nécessité de repenser l’Humanisme, redessiner notre destin commun en sortant de la frénésie de production et de consommation, en nous rapprochant de la biosphère. Célébrons cela, car Rivières Sauvages n’est pas un programme « hors-hommes », un programme de pure conservation qui oublierait l’Humain. Au contraire, c’est notre commune humanité, solidement reliée à la biodiversité, qui fonde Rivières Sauvages.
Voilà donc un an qu’est née l’Association du Réseau des Rivières Sauvages, afin de prendre le relais d’ERN conservant, partenaire à part entière, conservant la partie alpine qu’elle assure avec divers WWF. Rivières Sauvages est entré dans sa « Saison 3 », permettant de renforcer le réseau des 28 « Sites Rivières Sauvages » labellisés. Cela signifie une plus grande institutionnalisation, le renforcement des partenariats avec les entreprises, l’ouverture indispensable du conseil d’administration, le renouveau de la gouvernance, l’enrichissement des liens avec les établissements qui portent les politiques de l’eau et de la biodiversité.

Autant de défis pas faciles à relever, qui plus est dans ce contexte de bouleversements majeurs. Comment faire face ? De bons signaux sont là. Partout, nous voyons s’affermir une volonté collective de suppléer aux manques des Etats, à l’inertie des élites. Les jeunes générations inventent les modèles de demain, plus sobres, conviviaux. De plus en plus d’élus voient l’intérêt de coopérer avec la société civile et ses ONG. Notre pays renforce les instruments au service du Vivant, avec la création de l’Office Français de la Biodiversité, partenaire de longue date de Rivières Sauvages, celle du Conseil de Défense Ecologique. Il a lancé un 11e Parc National des forêts de Champagne et Bourgogne. Il hébergera en janvier 2021 le Congrès de l’Union Internationale de Conservation de la Nature. Dans ce pays qui, comme les autres, doit retrouver du sens, du lien, du « commun », nous devons « inventer du neuf, métis- ser les savoirs », des idées chères à notre ami et penseur du changement Olivier Frérot, accompagnateur de notre processus de transformation. Le 27 novembre dernier, nous avons organisé au Conseil régional AURA un séminaire auquel ont participé une quinzaine de personnes, géographes, journalistes, énergéticiens, philosophes, gestionnaires. Il a permis d’ébaucher la structuration de demain, sur les bases éthiques faites de confiance, de coopération, de compétence, d’amitié qui font Rivières Sauvages.

Nous avançons donc, dans ce champ et sur un autre front, celui de la résistance à des projets de micro-centrales mal placés, imposés sans cohérence, sans débats, sans utilité avérée le plus souvent. Là aussi, Rivières Sauvages montre son intérêt, en fédérant les acteurs et proposant une alternative au bétonnage, même écologique, de nos ultimes joyaux. Nous comptons, plus que jamais, chers amis des Rivières Sauvages, sur votre soutien. Merci.

Martin Arnould, Président du Fonds pour la Conservation des Rivières Sauvages

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