Artistes animaliers

MARCHAL Christian

Je suis né en l'an 1948 sur le versant alsacien des Vosges dans un petit village de la vallée de la Bruche appelé "Hersbach" ce qui est la déformation de "Hirschbach" en langue allemande et

signifie en français "l'abreuvoir aux cerfs".

Quand à la peinture, tombé "dedans" à la naissance, j'ai commencé très tôt à dessiner, puis devenu adulte et malgré une vocation contrariée, j'ai réussi à en faire mon métier. C'est en exercant mes talents pour la presse, l'édition et la publicité que je me suis forgé un savoir faire que j'ai mis au service de la peinture.

C'est en effet dès l'âge de 16 ans, séduit par l'onctuosité de la pâte et l'éclat des couleurs, que j'avais découvert la peinture à l'huile et que j'ai pratiqué toute ma vie durant, bénéficiant ainsi de l'expérience acquise par ma profession.

Cependant en dehors de la peinture j'avais une autre passion qui ne m'a jamais quitté: Les animaux sauvages et la forêt. A 18 ans, chasseur dans l'âme, j'ai dû faire un choix. Celui de préférer le téléobjectif à la carabine. Ainsi m'est venue l'idée de peindre tout ce que j'avais vécu au gré de mes pérégrinations photographiques

Ces toiles que je peins maintenant racontent des moments d'émotions intenses où la nature m'a permis d'entrer dans son intimité et me dévoiler sa part de magie.

Mes tableaux se veulent volontairement une vision brute et authentique de ce monde parallèle dont je me sens si proche et sont aussi une façon de remercier la nature pour tout ce qu'elle m'a donné.

INTERVIEW

Pourquoi avoir choisi l'animal sauvage comme thème privilégié ?

Durant toute mon enfance j'ai baigné dans le milieu de la faune sauvage grâce à mon père qui m'emmenait souvent en forêt pour observer les animaux.

Si j'étais un animal sauvage ?

Le sanglier me correspond assez bien. Dans le genre vieux solitaire...

Un animal disparu qui reviendrait ?

Le mammouth

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ?

Une rencontre avec cinq sangliers que j'ai vécue il y a six ans. Par un matin de juin je suis arrivé un peu avant l'aube sur une clairière pour m'y mettre à l'affût. Malheureusement j'ai fait fuir cinq sangliers que je n'avais pas vu.

Dépité, j'ai quand même décidé de m'installer. Petit siège pliant, téléobjectif monté sur le trépied, j'étais prêt.

Quand au bout d'une demie heure, comme par intuition, je tourne ma tête vers la droite et je vois mes cinq lascars qui étaient revenus sur leurs pas et étaient bien décidé à passer, car j'avais eu la mauvaise idée de me planquer sur un de leurs passages.

Et au moment même où je me dis "non deco....z pas, deux s'élancent et me passent à deux mètres à gauche, suivis deux autres à deux mètre à droite et le cinquième décidant de prendre au plus court me passe si près qu'il en bouscule le trépied

et ils disparaîssent dans les fourrés. Je m'en suis relevé passablement secoué, tout pantelant et mis dix minutes à retrouver mes esprits.

Ces cinq sangliers venaient de me donner une belle leçon d'humilité. Ils m'avaient fait comprendre qu'ils étaient chez eux et que c'était moi l'intrus.

Ils n'avaient d'autres intentions que de passer et ils l'ont fait.

La conclusion que je tire de cette mésaventure est que si ils avaient voulu, ils auraient pu me mettre en pièces mais ils ne l'ont pas fait.et je suis convaincu que ces animaux savent sentir qui leur veut du bien ou du mal. Depuis respect !

C'est cette rencontre qui m'a donné envie de peindre le tableau "LE FACE A FACE". Vous y verrez ce regard du sanglier.

Deux petits yeux qui vous fixent sous des sourcils broussailleux.

Un lieu mythique ?

Les parcs canadiens, Kluane, Banff et Jasper. Le parc de la Vanoise aussi.

Votre oeuvre à laquelle vous tenez particulièrement ?

Sans hésitations je dirais que c'est le tableau "L'APPEL" où figurent les deux loups

 Tout d'abord ce tableau m'a pris neuf mois de travail sans interruption soit près de 1500 heures. (Je peins 42h/semaine 7 jours sur 7).Déjà cela.

Ensuite pour moi ce tableau est le travail le plus abouti que j'aurai fait jusqu'à présent et aussi le travail le plus difficile de toute ma vie de peintre.

Un maître à penser ?

Johannes Vermeer.

L'oeuvre d'un confrère que vous auriez aimé créer ?

Je n'ai pas spécialement d'oeuvre en tête mais j'ai une très grande admiration pour les oeuvres de Carl Brenders, de Robert Bateman et de Larry Fanning.

Et la technique ?

Je peins à l'huile sur toile. Je n'utilise jamais les couleurs telles qu'elles sortent du tube, j'y ajoute des produits de qualité comme des résines naturelles à la manière des anciens (J'en reviens toujours à Vermeer).

Cela afin d'assurer la pérénité de l'oeuvre car pour moi un tableau ne doit pas être seulement une belle image, mais aussi le reflet de la maîrise et du savoir-faire de l'artiste.

L'endroit préféré qui m'inspire ?

Ce n'est pas un endroit, c'est plutôt une lumière, une ambiance.

Des conseils ?

Se trouver un ou des maîtres, analyser leur technique, s'en inspirer et ensuite avoir la volonté de s'engager dans une voie longue et difficile qui demandera beaucoup de travail et d'abnégation.

Des urgences ?

Pour moi c'est sans conteste la déforestation menée par le lobby du bois, avec la complicité de l'ONF (Office National des Forêts) et des élus locaux.

Depuis que je pratique la chasse photo, combien j'ai vu de places de brâme engrillagées, combien de places de chant du grand tétras dévastées par des coupes à blanc.

Essayer de dialoguer avec les agents de l'ONF est peine perdue. Ce sont des "sachants".

Ce même organisme véritable état dans l'état, impose des plans de chasse drastiques au prétexte fallacieux que cela nuit à la sylviculture.

Au point qu'à Strasbourg dans le passé, des chasseurs ont manifesté pour tenter d'endiguer cette politique d'éradication du grand gibier. Un comble!

Cela peu de gens le savent. Portant dans d'autres pays on sait très bien faire cohabiter animaux et forêts.

Une suggestion pour aider à sensibliser le grand public ?

Malheureusement je n'en ai pas.

Pour le grand public la nature sauvage est devenue une aire de jeu. Pouvoir y faire du VTT, pouvoir y faire son jogging, sa randonnée ou sa ballade avec Mirza, c'est juste cela qui compte. Le reste boff....

Peu lui importe les animaux qui y vivent. Lors de mes expositions, presque à chaque fois je vois des personnes qui en regardant mes tableaux, s'exclament "Ah qu'elle est jolie la biche !"

alors qu'il ne s'agit que d'un chevreuil.

Je peindrais une chêvre ce serait la même chose.

Mais ces mêmes personnes ne font aucune confusion quand il s'agit d'animaux exotiques tels que tigres, lions ou éléphants. Alors comment voulez-vous sensibiliser

des gens qui ne connaissent même pas la richesse de notre patrimoine d'animaux ?

Je trouve cela très triste. Il en va de même avec mes tableaux.

En effet je constate qu'au niveau du grand public il y a une sorte de snobisme, voire de dédain envers des toiles où sont peints des cerfs, des chevreuils ou des sangliers.

Certains trouvant cela

ringard. C'est pour cette raison que je m'oriente maintenant vers la faune nord américaine.

Une association à mettre en avant ?

Je n'en ai aucune car lorsque devant cette diminution dramatique de nos animaux sauvages, j'ai fait appel à elles et que j'ai mentionné l'ONF, toutes se sont défilées.

Plutôt optimiste ou pessimiste pour l'avenir ?

Je suis très pessimiste.

Pour conclure?

En tant que peintre bien sûr j'aimerais que mon travail soit reconnu, mais en tant qu'amoureux de la nature, je crains fort que d'ici quelques années mes tableaux ne soient plus que le témoignage d'une richesse passée.

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