Livres naturalistes, Essais

Espèces vagabondes : menace ou bienfait ?

Une belle rencontre entre trois des plus grands noms de la botanique actuelle, qui s'expliquent et "s'affrontent" avec intelligence autour de la notion d'espèces voyageuses : ces plantes et ces animaux sont-ils bénéfiques ou bien envahissants ?... A l'échelle de la vie, les "voyages" des plantes et des animaux à travers la planète ont toujours existé. Mais ce grand "brassage planétaire" des êtres vivants s'accélère singulièrement depuis quelques dizaines d'années, avec l'accroissement des activités humaines sur la planète Vitesse des transports, augmentation de possibles rencontres, naturalisations, hybridations...
Tout cela crée des bouleversements écologiques, des opportunités aussi, pour des nouveaux "écosystèmes émergents" issus de ces rencontres. Tandis qu'une part de la diversité biologique en souffre, une autre part en bénéficie. Le temps d'un échange, Gilles Clément, Francis Hallé et François Letourneux se sont retrouvés lors d'une conférence au centre Pompidou à Paris. Une discussion à bâton rompu, passionnante, savante et parfois provocante, s'est engagée entre ces trois hommes, ces trois points de vue sur le brassage planétaire.
Est-il un mécanisme ordinaire de l'évolution ? Quels sont ces plantes et ces animaux vagabonds ? Doit-on les contrôler et comment ? Et quel rôle doit jouer l'homme dans tout ça ?...

 

Extrait, RENCONTRES

-GILLES CLÉMENT -Avant de commencer cet échange, je souhaite vous raconter comment j'ai rencontré François Letourneux et Francis Halle, les invités les mieux à même de parler du brassage planétaire. Ce n'est donc pas un hasard s'ils sont avec moi autour de cette table.François Letourneux a été directeur national du Conservatoire du littoral. Il se trouve que j'ai travaillé sur une des propriétés que le Conservatoire venait d'acheter. J'ai proposé une étude sur le terrain du Rayol, sur la côte du Var, qui avait d'abord été un jardin, puis avait été laissé à l'abandon. Il était en friche, délaissé depuis plus de quatorze années, suite à la vente de la famille Potez à une société d'assurance qui espérait y développer un projet immobilier.
La mission du Conservatoire du littoral est de protéger le paysage et les espèces présentes sur les sites dont il se rend propriétaire. Je proposais non pas une restauration de cet espace ou une protection, mais un jardin basé sur le thème du brassage planétaire, composé d'un ensemble de paysages empruntés aux zones de la planète où existe un climat méditerranéen, comme dans ce domaine du Rayol. C'était une étrangeté, un écart dans le parcours du Conservatoire, mais ce projet a tout de même été accepté. On s'exposait à certains risques connus : les plantes échappées du jardin, les invasions, et ainsi de suite... Un projet de «jardin» est assez rare sur le territoire même du Conservatoire. C'était un des premiers ; depuis, d'autres ont été réalisés en Bretagne, au Pays basque, dans la Manche. Je peux imaginer le scepticisme de François Letourneux, qui venait de prendre la direction du Conservatoire : il se demandait sans doute ce qu'était ce projet coûteux, sans rapport avec les objectifs mêmes du Conservatoire... Il m'a demandé en quoi consistait cette idée. Nous ne nous connaissions pas encore, j'ai donc fait une lettre d'explication sur les enjeux : créer un lieu où l'on allait observer le comportement de ces espèces venant de toutes ces régions, qui ont un point commun malgré leurs grandes différences : toutes vivent avec le feu, leurs biotopes naturels étant régulièrement soumis aux incendies. Il y avait là un sujet qui me semblait central et important autour duquel on pouvait instaurer une pédagogie, et c'est d'ailleurs ce qui s'y fait aujourd'hui.
Cette lettre s'est d'abord perdue, elle a fini par arriver entre les mains de François Letourneux et ce n'est que beaucoup plus tard que nous nous sommes rencontrés...Concernant Francis Halle, il s'agit d'un autre genre de rencontre, tout à fait étrange : je connaissais sa qualité de botaniste tropicaliste, son travail à Montpellier et puis cette mission du Radeau des cimes dont il est le père et qui a circulé partout dans le monde. Un jour, j'ai reçu un courrier de Francis me proposant de créer ensemble un jardin qui aurait été le territoire de l'ancrage du Radeau des cimes à Montpellier. Nous sommes partis sur ce projet que je trouvais vraiment très intéressant, et je suis allé à un premier rendez-vous. Mais il n'était pas là, il était parti à l'autre bout du monde, et j'ai alors rencontré son équipe. Cela a duré comme ça pendant huit ans, des lettres, des messages, sans jamais se voir.
Un beau jour, j'ai reçu un appel de Francis Halle, me demandant si je voulais partir au Gabon avec lui pour une nouvelle mission du Radeau des cimes. J'ai immédiatement modifié tout mon programme et je me suis retrouvé dans cette incroyable forêt de la Makandé, la Forêt des Abeilles. La première rencontre a donc eu lieu dans un endroit très singulier : au sommet d'un arbre. Mais un tel endroit à l'avantage d'être un lieu qui offre une chance sérieuse de rencontrer Francis...

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À l'échelle de la vie, les voyages des plantes et des animaux, à travers la planète, ont toujours existé. Mais ce grand «brassage planétaire» des êtres vivants s'accélère singulièrement depuis quelques dizaines d'années, avec l'accroissement des activités humaines sur la Terre.
Vitesse des transports, augmentation de possibles rencontres, de naturalisations, d'hybridations... Tout cela crée des bouleversements écologiques, des opportunités aussi, pour des nouveaux «écosystèmes émergents» issus de ces confrontations.
Tandis qu'une part de la diversité biologique en souffre, une autre en bénéficie.Le temps d'un échange, Gilles Clément, Francis Halle et François Letourneux se sont retrouvés lors d'une conférence. Une discussion à bâtons rompus, passionnante, savante et parfois provocante, s'est engagée entre ces trois hommes, ces trois points de vue sur le brassage planétaire.
Est-il un mécanisme ordinaire de l'évolution ?
Quels sont ces plantes et ces animaux vagabonds ?
Doit-on les contrôler et si oui, comment ?
Et quel rôle doit jouer l'homme dans tout ça ?...Les auteurs :Gilles Clément : il est à la fois jardinier, paysagiste, botaniste, entomologue, biologiste et écrivain. Il enseigne depuis 1979 à l'École nationale supérieure du paysage de Versailles, en parallèle de son activité de concepteur. Son intervention au parc André-Citroën à Paris, inauguré en 1992, l'exposition spectaculaire sur Le Jardin planétaire dont il a été commissaire en 1999 à la Grande halle de la Villette et ses nombreux écrits, qui constituent une oeuvre à la fois théorique et littéraire, l'ont rendu célèbre auprès du grand public.

Francis Hallé : longtemps professeur de botanique, il s'est spécialisé dans l'étude des arbres et des forêts tropicales humides. Parmi ses travaux, la série de missions scientifiques qu'il a dirigée de 1986 à 2003, baptisée Le Radeau des Cimes, a permis d'observer de façon originale la forêt, au niveau de la canopée et de découvrir ainsi une biodiversité végétale et animale extraordinaire encore inconnue. Régulièrement, il dénonce la déforestation des forêts primaires. Sur une idée originale de Francis Halle, le cinéaste Luc Jacquet a réalisé en 2013 un film sur les forêts tropicales menacées : Il était une forêt.

François Letourneux : depuis quarante ans, sa vie professionnelle et ses engagements personnels sont voués à la protection de la faune, de la flore et des milieux naturels. Il a notamment dirigé, de 1992 à 2004, le Conservatoire du Littoral après avoir, pendant 9 ans, été directeur de la Protection de la nature au ministère de l'Environnement. Il a présidé de 2004 à 2011 le comité français de l'UICN dont il est vice-Président aujourd'hui ainsi que Président de la fête de la Nature.

Code EAN

9782366720686

Editeur

Date de parution

Tranche d'âge

2014-01-01

Nombre de pages

Collection

113

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