Livres naturalistes, Récits

“Mousse” : Une écofiction magistrale qui explore le lien intime qui unit l’être humain à la nature

Un botaniste vieillissant, de renommée internationale, se retire dans sa maison de famille dans la campagne allemande pour écrire un ultime ouvrage visant à critiquer les méthodes de la botanique moderne. À mesure qu’il avance dans la rédaction, il réalise que son travail scientifique consistant à répertorier et classer la flore du monde entier l’a en réalité tenu à l’écart de la nature, de sa vitalité et de son essence fondamentale.

Et alors que sa force physique décline, son visage progressivement envahi par une mousse verte et mystérieuse, il se remémore le besoin compulsif qu’avait son père d’élaguer la végétation et de repousser toujours plus loin l’avancée naturelle de la forêt sur les limites de leur propriété. Il se souvient aussi, entre écriture et promenades, comment il a fui avec sa famille le fascisme naissant, ou encore ses premiers émois amoureux.

Klaus Modick nous plonge ainsi dans les pensées d’un homme qui réexamine sa vie et accède à une compréhension nouvelle, et plus profonde, de l’amour, de la mort et du monde naturel. Il offre aussi une réflexion philosophique sur le langage et la manière qu’il peut avoir de nous tenir à l’écart du coeur vivant de ce qu’il désigne. Mousse explore enfin nos besoins les plus fondamentaux de transcendance et de connexion au monde, et livre un testament émouvant de notre relation intime à la nature.

L'auteur : Né en 1951 à Oldenbourg (Allemagne), Klaus Modick est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. Mousse, son premier roman, a été considéré comme une oeuvre majeure d'écofiction dès sa parution en Allemagne.

La critique de Libération/13 février

Le romancier allemand Klaus Modick se plonge dans les derniers mois d’un célèbre botaniste qui, reclus, pensait qu’il fallait laisser la nature venir à soi.

Mousse réunit des ingrédients propices à un roman fantastique : une mort brutale et étrange, un journal interrompu par celle-ci. Lukas Ohlburg, botaniste réputé, auteur de traités sur les formes de végétation tropicales et subtropicales, a été retrouvé mort d’une crise cardiaque à 74 ans. On savait qu’il travaillait à un ouvrage intitulé De la critique de la terminologie et de la nomenclature botanique. Depuis huit mois, il s’était retiré dans sa maison de campagne d’Ammerland pour se consacrer à sa rédaction. Son frère Frantz, un psychologue, l’a découvert étendu devant son bureau. Curieusement, son visage était couvert de mousses, comme d’ailleurs la pièce et même son oreiller. L’intérieur des lieux suintait l’humidité. Notre scientifique moussu laissait un manuscrit… inachevé, cela va sans dire, et… vert. Jusque-là, on pourrait presque se croire dans du Lovecraft.

C’était avant d’aborder le récit en question. Si l’auteur, originaire d’Oldenburg (Allemagne), joue avec les limites du mystère, celui-ci ne l’intéresse pas au premier chef. Ce n’est pas le résultat qui compte (la mort du botaniste), ni comment (la clé est-elle dans ses écrits ?), mais ce que Lukas Ohlburg a expérimenté pendant ses mois de réclusion. Les premiers temps, son pensum critique l’accapare. Que veut-il démontrer ? Que le système de classement sur laquelle repose la botanique – espèces classées par groupes, plantes baptisées par des noms scientifiques –pèche par trop de rationalité. Il garde les traces du cynisme méprisant de l’homme vis-à-vis de la nature. «Cette nomenclature et cette terminologie, plutôt que d’approfondir notre connaissance des objets et des phénomènes qu’elles classent, contribuent indéniablement à éloigner toujours davantage de nous notre objet de recherche.» Le vieux savant pense qu’il faut laisser la nature venir à soi, quand elle n’est pas menaçante. Il cherche à donner la parole à l’indéfinissable. Plutôt que de lui calquer des catégories toutes faites.

Cette quête s’accompagne d’une plongée dans ses souvenirs. Avec son frère, enfants, ils passaient leurs vacances dans cette demeure. Leur père, un proviseur à l’esprit carré et autoritaire, ne supportait pas que la verdure déborde du cadre. Hors de question de laisser les mousses envahir les tuiles du toit ou les pavés de briques brun-rouge de l’allée. Il pestait en arrivant : «Et voilà ! Ce truc vert est encore en train de grandir. Il nous faut des hommes pour lutter contre lui ! La croissance sauvage doit cesser ! Le devoir vous appelle Les deux frères devaient alors frotter, frotter, avec une brosse métallique pour éradiquer les intrus. Mousse, premier roman de Klaus Modick paru en 1984, y est considéré comme une œuvre majeure d’écofiction. Elle agit sur le mode de la fable. C’est aussi la captivante introspection d’un homme à la fin de sa vie, qui renverse le couvercle social dominant pour privilégier son propre ressenti.

Code EAN

978-2374252551

Editeur

Date de parution

Tranche d'âge

2021-01-21

Nombre de pages

Collection

176

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