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BROUARD Dominique : propos à quelques jours du 35ème festival de Ménigoute

Le fondateur du Festival international du film ornithologique de Ménigoute à quelques jours de l'ouverture du 35ème festival (29 octobre au 3 novembre).

Dominique Brouard est d’abord un militant du développement local et de la protection de la nature.

Dominique Brouard, 64 ans, plus de trente ans d'engagement en faveur de la défense et la promotion d'un territoire et ses habitants.

Si Dominique Brouard, alors jeune animateur socioculturel à Chamrousse, était tombé amoureux de la montagne et ses habitants, le Fifo nicherait-il dans les Alpes ? Originaire de la Vienne, c'est « dans le fond du Poitou et la Gâtine encore plus profonde » que le fondateur du Festival international du film ornithologique de Ménigoute – qui fête sa trentière édition – a trouvé le coin de terre propice à ses valeurs....

Lire la suite de l'article de Jean Rouziès de  La Nouvelle République/novembre 2014 ici

Nous l'avions déjà rencontré à la veille de l'ouverture du 31ème festival dont l'histoire est racontée dans le très beau livre publié à l'occasion des 30 ans "Rencontres à Ménigoute".

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Rencontre 2019

Pouvez-vous nous faire un point chiffré de Ménigoute en terme de visiteurs, films, conférences....? 48 films (10 courts métrages, 4 hors compétition) / 14 nationalités (18 français et 27 étrangers). Il y a aussi le FIFOFF, les 27 réalisations des étudiants de première et seconde année de l’IFFCAM (Institut Francophone de Formation au Cinéma Animalier de Ménigoute), seront diffusées sur le site départemental à proximité de Ménigoute.

200 longs métrages reçus // 80 courts métrages; 10 courts métrages de 2.50 mn à 16 mn ; 19 conférences

Jury de 8 personnes présidé par Jean-Baptiste Dumond

Plus de 25 000 festivaliers sont attendus durant les six jours du festival.

Quoi de neuf pour cette 35ème édition ? C’est tout naturellement que le contenu du festival de Ménigoute se renouvelle chaque année. Tout d’abord côté film, c’est à chaque fois une nouvelle sélection souvent présentée en exclusivité française. Cette dimension est essentielle et pourtant bon nombre d’observateurs doutaient à l’origine, d’une telle possibilité de renouvellement ; d’aucuns suggèrent aujourd’hui que Ménigoute a sans doute contribué à cet engouement pour les films dédiés à la nature.

Par ailleurs les expositions d’art animalier ne sont jamais les mêmes et si bon nombre d’exposants sont fidèles, de nouvelles figures apparaissent chaque année.

On peut également évoquer quelques évènements qui marqueront cette 35 ème édition : 

- Conférence exceptionnelle « Renoncer au superflu pour préserver l'essentiel »  de Dominique Bourg le mercredi 30 à 18h « Renoncer au superflu pour préserver l'essentiel » 

- Les Ateliers participatifs avec "les imaginaires de la biodiversité » le jeudi 31 Octobre et le Café Biolab le vendredi 1er Novembre. Ces ateliers organisés avec l’AFB ont vocation à contribuer aux prochaines rencontres internationales dédiées à la biodiversité,

- Une master class le samedi 2 dans l’après-midi avec la venue de Jean-Michel Bertrand + la diffusion du film "Vertige d’une rencontre",

- Projection exceptionnelle du film "Marche avec les loups" le samedi 2 novembre, en présence de l’équipe du film,

- Programmation des films « Ours simplement sauvage » de Laurent Joffrion et Vincent Munier,  «  La fabuleuse histoire du gypaète » de Anne et Erik Lapied et « Sur les traces de la panthère des neiges » de Stéphane Jacques.

- On sent cette évolution vers la prise en compte de l'environnement dans son ensemble au-delà des oiseaux; Pourquoi? Comment la voyez-vous?  Si cette question se rapporte aux contours et à l’évolution du festival de Ménigoute, soulignons que cette volonté n’est pas nouvelle, l’évolution a une histoire. En fait lorsque le festival de Ménigoute a débuté, il existait 4 festivals dont deux se disputaient l’appellation, je ne voulais « usurper » leur nom... D’autant qu’à cette époque les oiseaux constituaient les principaux sujets des quelques cinéastes animaliers Français. Les moyens techniques étaient aussi très loin de ceux dont on dispose aujourd’hui, désormais on peut quasiment tout filmer.

Le festival de Ménigoute n’a cependant jamais écarté l’ensemble du genre documentaire animalier et de nature, mais la production de films dédiés aux oiseaux (plus proches, plus « faciles » à filmer) occupait une place majeure.

Le Festival de Ménigoute a été fondé sur un point de vue selon lequel les films documentaires pouvaient (devaient) contribuer à sensibiliser les publics à la fragilité des milieux naturels et  

des  espèces liées à ces milieux. C’est aussi ce que je voulais montrer à Ménigoute. Il y a 40 ans, les films de Michel et Jean François Terrasses, fondateurs du Fonds d’Intervention pour les Rapaces, m’avaient fortement influencé. 

Aujourd’hui la nature dans son ensemble, se porte mal, voire très mal, mais paradoxalement certaines espèces vont beaucoup mieux qu’en 1985, du fait de mesures de protection et de conservation des espèces et de gestion de milieux. Le film « le cas du castor » qui sera projeté le 1er novembre illustre les rares mais possibles réussites et reconquêtes de la nature. C’est en quelque sorte le message de Ménigoute.

Dans un monde qui tremble, quel message vous semble le plus pertinent? Est-ce que cela influera sur les prochaines éditions du festival? Comme indiqué précédemment j’espère encore mais le sursaut ne doit pas tarder. Les tensions sont partout, on a l’impression d’une incessante fuite en avant avec un modèle unique.

Avec une réelle volonté et le courage politique, on peut encore espérer,  ce sera aussi la réflexion à laquelle nous invitera Dominique BOURG lors de la conférence prévue le 30 octobre.

Les oiseaux ont été et restent l’étendard du festival de Ménigoute mais, au-delà du plaisir de la contemplation, le festival est l’occasion de se sentir moins seul, de se ressourcer et de trouver ainsi des forces pour agir. La mobilisation pacifiste mais déterminée pour la planète doit impérativement s’accroître. J’espère que le festival de Ménigoute, à sa petite échelle, par les rencontres qu’il suscite contribue à cette ambition. La présence croissante  (qui résulte en partie de l’IFFCAM) d’un public jeune et motivé sur ce sujet donne assurément une note d’espoir.

Rencontre 2014

31ème festival de Ménigoute, un petit point pour commencer ; rappelez-nous quelques chiffres, visiteurs, films, produits … Ménigoute c’est un festival populaire et international : 25 à 30 000 visiteurs en 6 jours, une salle de 1 200 places quasiment complète durant les 14 séances programmées, plus les visiteurs hors salle; 32 films cette année, 12 nationalités présentes, 16 conférences (sujets locaux et internationaux), et avec cette année la présence exceptionnelle de Paul Watson (samedi 31 octobre à 18h), de multiples animations, des sorties naturalistes (Poitou Charente, Grand-Lieu, île de Ré à 1 heure avec la LPO),

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15 ateliers d’initiation à la photo, à la sculpture ;

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un forum d’une centaine de stands d’associations, de matériel (optique, éditions) ; sans compter le festival off présenté par les étudiants de l’IFFCAM (école de cinéma animalier de Ménigoute) dans la petite salle de l’école qui marche très bien (et qui est une bonne occasion de rencontrer les pros et les anciens car nous en sommes à la 12ème promo). La relève se prépare !

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(Un petit rappel : le festival est porté par l’association MAINATE (Ménigoute Animation Internationale Nature Environnement) ; budget d’environ 350K€ (1/3 fonds publics – région, département, communauté de communes (60K€), commune de Ménigoute qui offre tous ses équipements ; 1/3 mécénat ; 1/3 autofinancement –entrées, films, produits).

Quelle évolution en 30 ans ? Toujours en progression, une notoriété grandissante : de plus en plus de sollicitations de la part des pros, du ministère de l’écologie pour présenter des films lors de la COP 21…; et surtout l’arrivée de la jeunesse (grâce à l’IFFCAM avec une promotion de 15 étudiants/an) très prescriptrice et les anciens jeunes devenus adultes qui reviennent régulièrement.

On assiste à une augmentation des entrées étudiant et jeune public et une légère diminution des adultes « classiques ». Donc, une fréquentation constante (on ne peut pas mettre plus de gens dans la salle !) d’où le développement d’activités connexes.

De plus, la production de films a beaucoup évolué : qualité, écriture, émergence de pays (Allemagne), la technologie (projection numérique, image et son surround dans la salle : ce n’est pas pour rien que la présidente cette année est Martine Todisco, qui, avec Philippe Barbeau assure le son de grands films de nature notamment avec Jacques Perrin pour son dernier film « les Saisons »).

L’oiseau magazine sort son 120ème numéro qui fête, presque comme vous, ses 30 ans ; Rapport ? D’emblée, dès le départ, il y a eu partenariat avec l’Oiseau magazine ; on a mis en place, à leur initiative, dès le départ le « Coin des branchés », temps de conférence annuel sur des thèmes d’actualité.

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Que deviennent les films après Ménigoute ? Beaucoup sont destinés aux télévisions ; et il y a aussi des réseaux (Anne et Erik Lapied par exemple qui tournent, montent dans leur studio et passent l’hiver à diffuser leurs films en Rhône-Alpes ; d’autres organisent des soirées classiques ou militantes).

Nous avons également la structure FIFO Distribution (voir site : ici), créée il y a 30 ans, qui promeut les films du festival et en produit deux à trois par an.

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Il y a également des institutions (entreprises, collectivités) qui ont besoin d’images et font appel à nous.

Y a t’il des thèmes qui vous concernaient davantage, des combats, des victoires ? Un secteur important nous a concerné : la question de l’électrocution et de la percussion des oiseaux sur les lignes d’EDF qui se faisait interpeller régulièrement. Ils ont mis en place une année de l’oiseau en 1990 /91 ; et nous avons organisé une rencontre entre eux et 60 associations de protection de la nature pour régler ce problème. Et ça a fonctionné. Avec le soutien des réseaux LPO sur le territoire qui avaient repéré les points noirs. Et cela a fait l’objet d’un programme d’aménagement chez EDF.

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Des problèmes avec la chasse ? Non, pas spécialement ; nous sommes à la fois militants et larges ! Notre propos est l’engagement en faveur de la nature.

Dans 10 ans, vous le voyez comment ce festival ? Peut-être qu’il n’y en aura plus besoin si la question du climat, de la biodiversité sont réglées ! Sinon, j’espère que ce sera un moment pour montrer les belles choses de la nature, un moment offert à ceux qui ne peuvent se déplacer loin.

Nous n’avons jamais pris le parti du militantisme uniquement, la dénonciation, la nature qui saigne. Notre propos c’est plutôt « montrons ce qui est beau » pour donner envie de le conserver, avec une approche naturaliste : flore, faune, oiseaux en particulier mais pas qu’eux. Car je pense que l’éducation du plus grand nombre peut se faire de manière sensible.

A titre personnel, après 30 ans, pas de lassitude ? Toujours la pèche ? Je fais moins de choses ; d’abord j’ai des activités au Conseil départemental ; et puis les jeunes sont là, la relève arrive. J’interviens de moins en moins dans l’organisation tout en continuant à donner quelques conseils. Jusqu’au 28ème festival, j’ai assuré seul la programmation des films, aujourd'hui, j’ai passé la main même si j’interviens un peu en toute fin ; il y a maintenant une équipe de jeunes, on vient d’embaucher une jeune médiatrice culturelle.

Notre objectif, à Christine « ma dulcinée » et moi, est que ces jeunes prennent progressivement les choses en mains.

Un message pour terminer ? On ne peut pas ne pas venir faire un tour à Ménigoute, au moins une fois dans sa vie ! C’est un moment de convivialité et, dans ce monde de brutes, ça fait du bien !

 

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