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MARESCOT Luc, réalisateur : il sort “Poumon vert & tapis rouge” le 29 septembre

Luc Marescot vit en Brocéliande, la forêt légendaire de Bretagne. Le bungalow dans lequel il écrit ses scénarios et prépare ses caméras, est entouré de chênes, de hêtres et de châtaigniers. Sa passion pour la nature remonte à son enfance. Il a 7 ans quand son père, alors pilote d’hélicoptère de l’explorateur polaire Paul-Emile-Victor, projète dans le salon familial des images d’une valse entre les icebergs, filmées avec la caméra super 8 fixée à l’intérieur de son cockpit. A une époque où il n’y avait ni internet ni même un poste de télé à la maison, ces images ont l'effet d'une bombe émotionnelle.

Luc décide qu’un jour il prendra la route pour aller découvrir le monde par-delà l’horizon. Il s’embarque pour de longs voyages, en auto-stop, en train, en bateau, à pied, jusqu’à un tour du monde de 2 ans avec trois copains avec lesquels il fonde une agence de presse itinérante, afin d’enchaîner les reportages nature sur les cinq continents.

Nicolas Hulot, alors présentateur de l’émission culte Ushuaïa, est séduit par leur esprit Roule- tabille. Il fait trois sujets sur leur expédition et les reçoit à leur retour en France avant d’intégrer Luc à son équipe en tant que cameraman puis réalisateur. Ensemble, ils sillonnent pendant 22 ans - jusqu’à la dernière émission - tous les écosystèmes : glace, désert, monde sous-marin, montagne.

Quand Luc n'est pas avec Nicolas Hulot, il part avec d’autres défenseurs de la nature, comme HarounTazieff , Jean-Louis Étienne ou Théodore Monod.

Et puis , un jour, il rencontre Francis Hallé, un érudit botaniste, sur une expédition du radeau des cimes en forêt tropicale. Cet homme, véritable bibliothèque vivante, lui explique comment parlent les plantes. Luc est conquis et enchaîne les documentaires sur ces forêts afin de contribuer lui aussi à leur préservation.

Mais celant suffit pas à faire taire les tronçonneuses. Le carnage mondial continue, imperturbable. Il faut changer d’arme, et s’engager sur le chemin du cinéma, qui touche aux émotions.

Pendant trente ans, Luc réalise plus de 80 documentaires. Il a obtenu de nombreux prix internationaux. Il a été nominé aux Emmy Awards, et a même gagné la catégorie Global Voices d'un événement organisé en 2020 aux nations-Unies avec "Frères des arbres" un film qu'il a co-réalisé. Il est également co-auteur et co-scénariste du film "Amazonia".

"Poumon vert & tapis rouge" est son premier long métrage qui signe son engagement cette fois au cinéma.

Rencontre avec ce cinéaste engagé

 

 

Comment avez-vous eu l'idée de ce film?

Cela fait 30 ans que je filme la nature, aux côtés de passionnés, Nicolas Hulot, Jean-Louis Etienne, Theodore Monod, Laurent Ballesta, ….et il y a vingt ans, au sommet de la canopée de Madagascar,  je fais la rencontre déterminante du célèbre botaniste Francis Halle, j’ai envie d’aider Francis dans son combat contre la déforestation. Mon outil est l’image et j’enchaine douze documentaires sur les forêts tropicales en danger, Amazonie, Papouasie nouvelle Guinée, Congo, Gabon….Mais ça n’arrête pas les tronçonneuses ; les documentaires sont souvent regardés par des gens déjà convaincus. Alors je décide de faire un film de fiction, qui pourrait polliniser plus largement un message, atteindre un autre public. J’ai bien conscience d’entrer dans un monde que je ne connais pas, c’est une exploration. Je commence à écrire un scénario, et – le naturel revenant au galop – je décide de filmer chaque étape de cette aventure, dans les arcanes du septième art, au fin fond des jungles, pour partager ces étapes-découvertes avec le plus grand nombre. C’est l’occasion de faire un premier film pour faire connaître Francis Halle et son combat, en attendant que  la fiction se réalise. Voilà comment est né "Poumon vert et tapis rouge".

Qu'est ce qui vous marque le plus chez Francis Hallé?

Francis Hallé est un érudit, dessinateur et amoureux du végétal. Une sommité dans le monde des botanistes. Francis devrait être aussi connu que Cousteau pour les océans, Paul-Emile-victor pour le polaire, ou Haroun Tazieff pour les volcans, mais il se cache au milieu de ses arbres, plein d’humilité. Sa voix douce et la poésie qu’il met dans la description de son amour pour les plantes en fait un conteur hors pair. L’homme me touche, il mène un combat plus fort que lui contre la déforestation. Je le vois comme un Don Quichotte des étendues vertes. Grace à sa façon de raconter les secrets de la sylve, j’ai mieux compris cet univers et son côté magique. Je me suis mis à aimer passionnément ces labyrinthes de Chlorophylle, à m’y sentir bien , même si je suis nul en terme de noms de plantes. Cet amour ne m’a pas transformé en botaniste ! Francis a passé 80 ans et il m’a confié un jour avoir échoué dans son combat : « Je me suis battu toute ma vie pour faire aimer les arbres et les forêts aux gens, pour lutter contre la déforestation, et aujourd’hui il y a moins d’arbres que le jour où j’ai commencé à me battre pour eux. C’est un échec. » . En entendant cela, je ne pouvais pas rester les bras croisés.

Que cherches-tu à dire au public avec ce film? Quel message?

Lors des premières projections de Poumon vert et tapis rouge, il n’y avait jamais plus du quart de la salle de cinéma qui connaissait Francis Halle ; j’ai fait un sondage à chaque fois. Donc c’est déjà une première victoire, statistiquement les ¾ des spectateurs qui iront voir ce film découvriront Francis Halle et son combat. C’est déjà du bonheur. Il est plus talentueux que moi pour faire aimer les forêts. Il faut trouver tous les  moyens possibles pour que les gens l’écoutent et soient subjugués. Quand un documentaire de télévision passe avec Francis sur Arte ou d’autres chaines, ce sont principalement des passionnés de l’homme qui le regardent. C’est important mais il faudrait  toucher un plus large public.

C’est l’objectif avec cette sortie cinéma. Mon film est un peu un cheval de Troie, on me voit batailler dans le monde d’Hollywood Cannes ou Berlin, rencontrer Juliette Binoche ou Claude Lelouch, on voit bien toute la sueur qu’il faut verser pour aller au bout de ses rêves, et tous les obstacles qu’il faut franchir, mais en sous-texte je passe mes messages sur la protection nécessaire des forêts, sur le combat de Francis Halle.  

C’est déjà un premier pas en attendant que le scénario que nous avons écrit devienne un film et touche encore plus de monde. Dernièrement ce scénario a séduit l’éditeur Fayard, qui le novélise. Le livre, un roman , un thriller écologique, sortira début 2022. Cela est un signe que nous sommes sur le bon chemin, l’histoire est bonne. Peut-être qu’un jour cette histoire sera adaptée au cinéma….

Quels sont les films auxquels vous avez participé qui comptent le plus?

Toutes les émissions que j’ai réalisées, et les autres sur lesquelles j’ai travaillé comme chef opérateur. 
Notamment « Tension en eaux troubles » qui avait rassemblé 7,5 millions de téléspectateurs, et la toute dernière émission réalisée d’Ushuaia, co-réalisée avec Alain Tixier, et où la toute toute dernière image de l’émission (qui s’est arrêtée après) était une interview de l’indien Raoni dans son village Kayapo au Brésil ….la forêt toujours 
-"700 requins dans la nuit » , un 90mn pour Arte et pour lequel le film a été nominé aux Emmy Awards de New-York en 2019 avant le civid
-« Frères des arbres » qui compte plus de 18 prix internationaux, dont le grand prix aux Nations Unies pour un évènement mondial , dans la catégorie « Global Voices ». Un documentaire qui a pour le coup eu un gros impact, il a participé à abroger les lois sur l’exploitation de la forêt qui favorisait les coupes « illégales » des entreprises chinoises

 

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