Le coin des militants, Personnalités à découvrir

Pierre RIGAUX

Expert de terrain, rédacteur, conférencier, écrivain, formateur, conseiller, ce naturaliste couteau-suisse est surtout connu du grand public pour ses vidéos engagées sur Youtube où il dénonce la chasse et ses excès : accidents, tirs en enclos, élevages spécifiques, non-dits et mensonges...

On peut estimer que je suis naturaliste de terrain depuis l’âge de mes premières explorations à quatre pattes en 1980... J’espère avoir un peu progressé depuis !

S’il ne fallait retenir qu’un apprentissage parmi tous ceux que j’ai eus, je retiendrais celui d’autodidacte dans la nature, depuis tout jeune. Il fut essentiel et captivant. Il continue de l’être.

Je l’ai complété par quelques années beaucoup plus théoriques -et parfois un peu ennuyeuses à mon goût- sur les bancs de l’université (Master de Biologie, DESS de Géographie).

Ayant toujours (le mot n’est pas exagéré ; d’aussi loin que je me souvienne) voulu œuvrer pour la protection de la nature, j’ai ensuite travaillé comme salarié dans des associations… de protection de la nature. Expertise de terrain, suivi et protection des mammifères, des oiseaux, des plantes, furent mes missions pendant 11 ans au côté de gens formidables.

En parallèle, un engagement bénévole dans d’autres associations étanchait ma soif d’actions plus libres et m’offrait d’autres belles rencontres humaines.

Je travaille désormais en tant qu’indépendant auprès de collectivités, d’entreprises, d’associations, avec toujours la même envie : allier rigueur scientifique & engagement militant, écologie & protection des animaux, expertise de terrain & partage des connaissances.

 

Ma définition du naturaliste (ou écologue)

« le naturaliste observe, recense et analyse les phénomènes observables de la nature, particulièrement à l’échelle des communautés d’êtres vivants dans les écosystèmes, pour faire progresser la connaissance du vivant et sa protection lorsqu’il est en péril »

- Définition "pour les nuls" :

« le naturaliste étudie et fait connaître un peu de notre planète pour la protéger »

Votre rapport personnel avec la faune

 

L'envie de protéger le vivant sauvage a-t'elle toujours été présente, ou existe t'il un élément déclencheur qui vous a fait basculer vers la vie sauvage (une rencontre, un film, un voyage...)

Elle a toujours été présente, du plus loin que je me souvienne, c’est spontané depuis l’enfance ; j’ai d’abord appris sur le terrain en autodidacte avant d’apprendre la théorie à la fac puis j’ai surtout progressé au contact des naturalistes de terrain.

Quel parcours professionnel jusqu'à cet engagement de tous les instants ?

Après les études universitaires (Master biologie-écologie, DESS géographie), j’ai travaillé quelques mois au Parc naturel des volcans d’Auvergne puis une douzaine d’année à la Ligue pour la protection des oiseaux, et suis enfin devenu indépendant il y a 5 ans ; expertises sur la faune, inventaires, programmes de conservation de la faune et des écosystèmes ont été mon quotidien pendant toutes ces années.

Un livre / film référence autour de la nature que vous recommanderiez à un profane ?

Un abonnement à La Hulotte.

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Je pourrais en citer des milliers, la moindre mésange m’émerveille.

Les souvenirs d’enfance sont les plus forts.

Adolescent, un jour marchant en sous-bois, je m’arrête en découvrant dans une clairière à quelques mètres de moi le groin d’un sanglier qui dépasse d’un tas de fougères et branchages : c’était une laie dans son « chaudron » (le tas de végétaux qu’elle confectionne pour mettre bas). Son groin dépassait tel un périscope humant l’air, je me suis éloigné prudemment, à la fois émerveillé, craignant de la déranger et qu’elle me charge. C’est une émotion forte car à ce moment-là, on se sent vulnérable. Sentiments proches des années plus tard à l’occasion de quelques rencontres avec des ours en forêt dans les Carpates.

Un lieu mythique (autour de la nature ou la faune) que vous rêvez de visiter ?

L’Alaska, la Sibérie, partout ailleurs… Le rêve est facile car je ne prends pas l’avion donc ma connaissance se limite essentiellement à l’Europe.

 

L'engagement

Votre plus belle victoire ?

En 2012 avec la Société française pour l’étude et la protection des mammifères, nous avons réussi à faire inscrire le Campagnol amphibie sur la liste des mammifères protégés, après des années de travail. C’est très peu de chose mais c’est déjà quelque chose.

La bataille la plus acharnée, ou mal engagée ?

La lutte contre nous-mêmes, société de consommation-destruction.

Avez-vous l'impression de prendre des risques ?

Oui sur le terrain quand je m’intéresse à la chasse, je m’efforce d’être très prudent pour ne pas me retrouver en situation trop délicate car j’ai déjà été agressé plusieurs fois et suis beaucoup menacé de mort sur les réseaux sociaux notamment par certains chasseurs.

Vous arrêterez la lutte le jour où ?

À priori jamais, hélas.

La chasse : uniquement pour réguler, bien encadrée, ou pas du tout ?

Pas du tout. Chasse et régulation sont deux notions distinctes.

La chasse nous est inutile aujourd’hui dans les pays riches et génère de la souffrance. Quant à la régulation des effectifs de populations animales, elle est extrêmement discutable sur un plan éthique, mérite d’être interrogé avec beaucoup de recul venant d’une espèce dont l’impact est aussi calamiteux que la nôtre et si nous choisissons de l’envisager, elle peut l’être par d’autres moyens que la chasse.

Une source d'inspiration ou un modèle parmi vos homologues ?

Aujourd’hui je picore surtout l’inspiration parmi des artistes, des journalistes, des discours politiques, des activistes de terrain, pas forcément dans le champ écologique ou naturaliste qui m’a pourtant énormément nourri.

Comment est venue l'idée d'utiliser Youtube ? La nécessité de mobiliser la jeune génération plus sensible à l'image, le besoin d'être plus engagé et direct qu'à travers des livres plus "consensuels", l'envie personnelle de se réinventer ?

Rien de très original là-dedans, j’utilise Youtube et surtout les autres réseaux sociaux pour essayer de parler à tout le monde, pas seulement aux personnes déjà convaincues des cercles militants ou naturalistes.

 

La biodiversité en général

Le pire des dangers pour la vie sauvage ? 

Tout notre mode de développement, à commencer par notre modèle agricole et le béton.

Le scandale absolu qui vous révolte ?

L’écart entre d’un côté, les solutions possibles qui sont plus ou moins connues, et de l’autre le comportements inverse des dirigeants qui nous conduisent allègrement dans l’abyme.

Une bonne nouvelle qui vous motive encore plus ?

Je n’ai pas vraiment d’exemple si ce n’est penser à une fleur qui pousse dans une fissure du béton. C’est de cet ordre là.

A votre avis, quelle est la principale raison pour laquelle la préservation de la vie sauvage peine à mobiliser, comparativement à d'autres thèmes comme le climat ?

Bien qu’on parle beaucoup du climat, ça ne mobilise pas vraiment alors que nous savons que notre vie est concernée ; dès lors, qu’attendre de nous s’agissant de la vie sauvage par laquelle on ne se sent pas concernés.

 

Pour conclure

Comment peut-on aider concrètement votre structure ?

Par les dons sur ma page Tipeee ou sur le site de notre association www.nosviventia.com

Plutôt optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?

En tout cas, je fais ce que peux.

 

LE QUESTIONNAIRE PLEINS POUVOIRS

 

Vous êtes invité(e) à une séance de spiritisme. Bien que sceptique, vous avez la possibilité de choisir la personnalité "environnementale" décédée avec qui discuter pour quelques minutes. Laquelle ?

André Gorz

Député(e), vous êtes seul dans l'Assemblée Nationale déserte. Vous avez toute latitude pour abroger, amender ou créer une seule loi environnementale. Laquelle ?

Protéger les milieux sans avoir besoin de passer par le biais des espèces protégées qui y vivent.

Grand Maître Bouddhiste, vous choisissez l'animal dans lequel vous vous réincarnez pour une nouvelle vie. Lequel ?

Une deuxième vie d’humain.

Descendant(e) de Darwin, vous savez faire évoluer les espèces. Vous pouvez modifier ou ajouter une particularité à une espèce (requin sans dent, serpent sans venin, gorille doté de parole...). Laquelle ?

Ajouter l'intelligence à notre espèce...

Vous perdez à un jeu. Un gage au choix : libérer des ours d'une ferme à bile en Chine, enfumer une ruche dans le hall du siège de Bayer, porter un tee-shirt "Chasseurs assassins" lors d'une balade forestière en Sologne, distribuer un tract à l'entrée d'un cirque demandant à  interdire les animaux lors des représentations, pirater un panneau d'information sur autoroute, un week-end estival de transhumance batave, pour écrire "Les Pays-bas, ses fromages, ses tulipes et sa flotte de pêche destructrice"

Libérer des ours d’une ferme à bile.

Hypnotiseur, vous pouvez forcer tous les acteurs d'un conflit à trouver un accord bon pour la faune : éleveurs / défenseurs des grands prédateurs, industrie phytosanitaire / apiculteurs, ou chasseurs / promeneurs,... ?

Cet accord empêcherait simplement l’exploitation des animaux, domestiques ou sauvages.

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