Photographes animaliers

CHERVAUX Johan

J’ai vécu toute mon enfance à la campagne dans une famille de chasseurs.

Durant mes études naturalistes en lycée agricole, j’ai compris que ce que j’aimais c’était avant tout observer la faune sauvage.

Je me suis détourné petit à petit du milieu cynégétique pour l’observation à travers mes jumelles.

La photo est venue ensuite naturellement au grès des rencontres.

Ce que j’aime c’est la recherche de l’invisible, lire les indices et contempler.

INTERVIEW

Quel parcours jusqu'à l'animal sauvage et la photographie ?

La faune sauvage m’a toujours passionné depuis mon enfance.

J’étais fasciné par les sangliers et les cerfs . Quand mes parents prenaient la voiture de nuit je guettais toujours les phares en espérant voir un animal sauvage traverser.

Je me suis dirigé vers des études naturalistes en lycée agricole et j’ai découvert l’ornithologie et l’écologie. J’avais des camarades qui avait des bridges et ça m’intéressait. Puis quand j’ai eu quelques économies je m’en suis offert un.

Quelques mois après je photographiais des jaseurs boréaux à Sedan, un sacré souvenir. J’ai pu faire un stage durant mes études sur l’île de Béniguet en Bretagne et on m’a prêté un reflex. C’était grisant et j’ai su à ce moment là que je continuerai à faire de la photo.

C’est avec cette passion de la faune et de la photo que je suis parti en 2015 pour un service civique d’un an sur l’Archipel de Kerguelen dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises. Une expérience incroyable sur tout les plans. Avoir la possibilité de vivre dans les grands espaces au milieu des Manchots, des Albatros et des Éléphants de mer était une chance unique. 

Un maître à penser ?

Je ne vais pas être original en citant Vincent Munier.

Je le suis depuis 2005 et j’admire son parcours. Ces photos sont sans artifices et l’émotion passe facilement. Ceux sont de vraies témoignages. Il a su rester humble et abordable malgré le succès.

J’ai croisé beaucoup de photographes avec moins de talent mais dont l’égo n’en était pas moins développé…

Une oeuvre marquante ? 

L’ours Bleu de Lynn Schooler. Il raconte son amitié avec le photographe animalier Michio Hoschino. C’est un livre poignant avec une vision de la nature et de la vie en général que je partage.

Une belle rencontre / émotion avec la faune ?

La loutre en 2012.

Une proximité incroyable. Cela faisait des mois que je passais tous mes weekends au bord d’un étang à l’attendre.

Un jour elle est apparue brièvement dans le brouillard puis plus rien. 1 mois après j’observais 2 subaldutes qui pêchaient dans l’étang. C’était dingue car au bout d’une demi journée j’ai remarqué qu’une des deux n’était pas farouche. Elle continuait à faire sa vie malgré ma présence ou celle de promeneurs.

Un moment j’étais assis sur la berge à l’observer pêcher puis elle est venue dans ma direction avec un poisson. Elle a marqué un temps d’arrêt en me voyant puis elle a continué pour se mettre sous la végétation, juste à côté de moi. Je l’entendais croquer et mâcher. Je n’osais plus bouger. Quand elle a fini, elle est venue renifler mes bottes. Je voyais juste son museau…puis je l’ai entendu remuer et plus rien.

J’en ai déduit qu’elle faisait sa sieste comme souvent après qu’elle avait attrapé une proie. J’ai attendu puis je me suis écarté sur la pointe des pieds. 20 minutes après elle repartait à la pêche. Jamais je n’aurais cru vivre ça avec cette espèce!

Si j'étais un animal sauvage ?

Un Albatros. Ils sont fascinants, en particulier l’Albatros hurleur. Il passe les 10 premières années de sa vie en mer sans retourner sur la terre ferme. Parcourir des milliers de km sans dépenser un gramme d’énergie ça fait rêver !

Un animal disparu qui reviendrait ?

Le grand pingouin. 

Un animal fantastique qui existerait ?

Le phoenix

 

Photographie animalière

 

Votre photo à laquelle vous tenez particulièrement ?

Une photo de chevreuils réalisée dans une tempête de neige car ces moments se font de plus en plus rares…

La photo animalière d’un confrère que vous auriez aimé prendre ?

J’aime beaucoup une image d’un ami, Yoan Raoul. Ce sont des fous de bassan dans la brume aux septs îles. Elle dégage une ambiance magnifique.

Et la technique : frein ou atout ?

Je ne suis pas un photographe très technique. J’ai des bases mais c’est pas forcément un domaine que je cherche à approfondir même si j’ai déjà potassé des bouquins pour maitriser un nouveau boitier. Je trouve ça barbant, ce que j’aime c’est être dans la nature puis composer en fonction des rencontres et du terrain.

Votre « terrain de jeu » préféré ?

J’ai découvert récemment autour de chez moi un spot fréquenté par des Cigognes noires, qui sont sûrement nicheuses dans le coin.

Il y a pas loin une blaireautière que je commence à suivre également.

J’ai fait de belles observations et ça promet de beaux affûts!

C’est plaisant d’avoir des sites de cette richesse à 5 min de la maison.

Le voyage à faire absolument avant que le rideau de l’obturateur ne se ferme définitivement ?

Le kamtchatka me fait rêver. 

Des conseils ?

Acheter une bonne paire de jumelles pour commencer.

Ce que je veux dire c’est qu’il faut apprendre à observer son environnement avant de vouloir faire des photos à tout prix.

Suivre ses envies, sa sensibilité et ne pas forcement vouloir faire comme les autres, surtout à l’heure des réseaux sociaux. Il faut se faire plaisir avant tout, la photo animalière n’est pas une compétition, seulement un partage.

 

Biodiversité

Des urgences ?

 Au niveau local il y a une véritable urgence. La campagne devient un désert dû en partie aux pratiques agricoles.

En 15 ans j’ai vu se transformer le paysage de mon village d’enfance. C’est là que j’ai commencé l’ornitho. J’ai des souvenirs magnifiques dans un ruisseau avec une grande richesse de passereaux. Maintenant c’est vide. Les haies et bosquets ont disparu. Il y avait un marais qui n’en est plus un. C’est impressionnant la vitesse à laquelle les milieux se dégradent.

Au niveau de la planète on le voit tous les jours dans les médias mais c’est plus difficile d’agir. Il a un travail énorme de réflexion à faire, c’est pas évident que ce soit d’un point de vue personnel ou collectif.

Une association de protection à mettre en avant ?

Il y a en beaucoup. Je connais bien le Groupement Ornithologique du Refuge Nord Alsace (GORNA). C’est un centre de soins pour la faune sauvage.

Quotidiennement ils constatent l’ignorance naturaliste de notre société. Moralement c’est pas facile tous les jours pour eux. 

Une suggestion pour sensibiliser le grand-public ?

La sensibilisation doit se faire dès le plus jeune âge. Un minimum d’éveil et de connaissances naturalistes pourrait faire évoluer un peu les mentalités.

Il y a des associations qui font un travail remarquable de sensibilisation et qui pourraient intervenir dans les écoles. Aujourd’hui c’est encore trop marginal. J’ai travaillé quelques années en parc animalier. Quand j’ai vu le nombre d’écoles qui y venaient en sortie scolaire et qu’on faisait croire à ces enfants que c’était ça la nature, des animaux enfermés dans des enclos … un paradoxe pour moi.

Plutôt optimiste ou pessimiste pour la suite ?

Je suis plutôt pessimiste car dès que je sors de mon réseau d’amis qui ont, pour la plupart des personnes, une sensibilité naturaliste, je m’aperçois qu’il y a un véritable fossé. C’est un constat que je fais régulièrement, que ceux soit avec des urbains ou des ruraux. La plupart sont aveugles en pleine nature.

Pour conclure ?

« Nous avons plus besoin de la nature qu’elle n’a besoin de nous. » — Robert Hainard 

DISTINCTIONS

1er prix mammifère au Festival Lorraine Photonature en 2016.

 

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

Je prépare actuellement une exposition sur l’archipel de Kerguelen.

Cette année j’ai eu la chance d’avoir une image de Vison d’Amérique réalisée en Bretagne dans l’exposition collective « De l’ours à la Belette, les carnivores de France », sur les Sentiers de la photo (88).

Avec Samuel Jouon, nous avions réalisé un article sur la Loutre en Bretagne pour Nat’image en avril 2015.

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