Photographes animaliers

HELLIO Jean-François & VAN INGEN Nicolas

La photo animalière, ou photo naturaliste, est leur passion, et ils clament leur chance d'en avoir fait leur métier.
Jean-François Hellio et Nicolas Van Ingen, photographes naturalistes professionnels, travaillent ensemble depuis 1983.

Jean-François, 64 ans, breton de naissance, lycée à Laval; il découvre de la nature grâce à son prof de Sciences naturelles et les bords de la Mayenne, il tombe amoureux de la Brenne quand il est étudiant à Tours. Les week ends passés en virée avec des copains ornithologues se sont transformés en un séjour ininterrompu depuis les années 80. Ses jeunes années l'ont aussi emmené à la découverte de la Mauritanie, où il a participé à l'apparition du Parc national du Banc d'Arguin.

Nicolas est "tombé" dedans tout petit, puisqu'il est né en Brenne, presque le jour de Noël, dans une ferme près d'une étable. Fils d'agriculteurs, ce n'est qu'à l'adolescence qu'il a commencé à s'intéresser à son environnement naturel, pour suivre des études en aménagement du territoire, par un hasard complet les mêmes que Jean-François, dix ans plus tard.

Leur rencontre a été déterminante pour leurs choix professionnels, ils sont associés depuis 1982.

"Nous avons commencé nos premières photos en Brenne, où nous vivons. Les cistudes et les grèbes à cou noir sont devenues nos mascottes, car ce sont nos deux premiers « vrais sujets ». Puis nous avons suivi les oiseaux migrateurs qui passaient au-dessus des étangs, de plus en plus loin, de l'Espagne jusqu'en Finlande, et de l'Afrique de l'Ouest jusqu'en Sibérie."

Depuis cette déjà lointaine époque, ils signent toutes leurs photos de leurs deux noms : "car c'est le travail avant le déclenchement qui compte : choisir son sujet, trouver les angles de prise de vue, repérer le terrain pour approcher les animaux sauvages, choisir les lumières. C'est une phase que nous abordons ensemble, d'où notre signature à quatre mains".

Jean-François Hellio, photographe naturaliste Jean-François Hellio

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Bibliographie

"La Brenne, carnets de photographes naturalistes" (1998), "La Camargue, carnets de photographes naturalistes" (2000), "La cistude" (2004), "Terre de Brenne" (Textes de Maurice Soutif, 2005), "Au coeur de l'Indre" (texte Gérard Coulon, 2007), "MAMI WATA mère des eaux" (Actes Sud, 2007), "La Brenne saisie au vol" (texte Thierry Chareyre, 2011), "La Brenne, nouveaux carnets de photographes naturalistes" (2015)

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 Filmographie : 1997, "La Brenne, Les oiseaux d'eau" (28mn); 1997, "La Brenne, la cistude d'Europe" (51mn)

Nous les avons rencontrés, au coeur de la Brenne, au cours de nos pérégrinations au pays de Gargantua et des 3 000 étangs.

INTERVIEW

Vous avez des maîtres à penser, des références ?

Jean-François : Pas de maître à penser, plutôt les grands explorateurs ; mais tout de même : « Apoutsiak le petit flocon de neige » de Paul Emile Victor, album qui m’a accompagné et fait rêver dans ma petite enfance. Plus tard : « Pour qui sonne le glas » d'Ernest Hemingway, « Visions d’un nomade » et « Les arabes des marais » de Wilfred Thesiger, « L’Albatros » de Baudelaire.

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Ces choix ont toujours été guidés par le rêve du voyage et la découverte d’un « Ailleurs ».

Nicolas : J'ai fait de la nature comme Monsieur Jourdain de la prose, sans le savoir. De ce côté, je me considère plutôt comme un homme de terrain sans référence particulière, me frottant aux réalités pour apprendre. Les rares noms de photographe de nature que je connaissais quand j'ai commencé étaient des anti-exemples pour moi : je voulais faire autre chose. Plus tard, j'ai été époustouflé par Ernst Haas et son livre sur la Création, livre que je n'ai d'ailleurs jamais acheté... Aujourd'hui, je nous considère comme des reporters plus que des artistes.

Et Jean-François d’insister : Je revendique le statut de reporter de la nature, en aucun cas celui d’artiste !

Canard colvert Anas platyrhynchos

Pourquoi l’animal sauvage ?

Nicolas : La question ne s'est jamais vraiment posée : c'est ça qui m'intéressait, point. La furtivité, la rapidité, la vie qui jaillit des animaux, hors de tout contrôle humain, ce que beaucoup appellent leur bestialité pour qualifier leur instinct, instinct qui d'ailleurs se révèle au fur et à mesure des confrontations comme un comportement proche de celui des hommes (à moins que ce ne soit l'inverse : le comportement des hommes est étrangement animal).

Aujourd'hui, je justifie cette démarche tout à fait personnelle par des arguments plus  généraux : ce qui me frappe toujours plus, c'est le peu de place que l'homme laisse à la nature sauvage. Cette attitude terriblement dominatrice, arrogante et destructrice m'inquiète et je me dis que si je peux avoir une utilité, c'est peut être d'alerter, à ma modeste échelle, des risques de disparition pure et simple d'une grande partie de la faune sauvage.

Mais, bien que photographes d'animaux sauvages avant tout, nous nous sommes toujours intéressés aux hommes qui vivent dans les régions où nos reportages nous mènent, depuis les Dolgans du Taymir jusqu'aux Bijagos de Guinée Bissau. Peut-être parce que règne en Brenne un équilibre judicieux entre les forces de la nature et celles de plus en plus puissantes des hommes.

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Taïga finlandaise (Le Routard)

Jean-François : Par l’immersion dans un territoire sauvage (Taymir, Bijagos, taïga finlandaise) où j’ai le sentiment très fugace d’appartenir au même monde que ces animaux que j’approche et qui m’acceptent ne serait-ce que quelques instants. Le reportage réalisé en équipe avec Nicolas et 2 photographes finlandais : 80 jours d’affût pour photographier ours, loup et gloutons à la frontière russe grâce à la technique d’affût et à l’ingéniosité de notre ami Eero Kemila, fut une expérience inoubliable.

 Si vous étiez un animal sauvage ?

Jean-François : L’Albatros ou le martinet : Voler !

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Vos belles rencontres avec la vie, la faune sauvage ?

Nicolas : J'ai longtemps pensé que les meilleurs moments de nature resteraient inscrits à tout jamais dans ma mémoire. Et j'ai relu il y a quelque temps, complètement par hasard, des notes de terrain prises pendant un séjour en Sibérie. J'y ai retrouvé la description d'une scène, qui effectivement aurait du être inoubliable, mais que j'avais complètement zappée : un renard polaire qui sautait pour tenter d'attraper une buse pattue, qui faisait tranquillement du surplace au-dessus de lui, à deux ou trois mètres de hauteur, le narguant joyeusement pendant un quart d'heure. Loin de tout, dans l'arctique sibérien, la toundra, des animaux si différents qui semblent jouer ensemble, ça me paraissait incroyable. Je me souviens aussi du regard d'un hibou moyen-duc en Brenne, dardé sur moi parce que je l'avais attiré en imitant un cri de campagnol. L'espace d'une seconde, je me suis senti une proie...

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(Futura sciences)

Jean-François : Rencontre naturaliste et émotion photographique un mois plus tard : dans la péninsule du Taymir en 1993. Au milieu de la toundra une chouette Harfang me repère couché dans la neige et vole vers moi au ras du sol. Une vision que je vis au ralenti tant je suis fasciné par ses yeux jaunes dans le téléobjectif : seule tâche de couleur dans cet univers en noir et blanc. A priori des images techniquement impossibles malgré mon équipement tout récemment acheté : Un canon et 500mm autofocus . De retour en France, je découvre la série d’une dizaine de diapositives en gros plan dont 70% sont parfaitement nettes !! Une nouvelle page photographique s’ouvre pour nous au début des années 90.

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Votre lieu de nature préféré ?

Jean-François : La Brenne bien sûr où j’ai choisi de vivre et de fonder une famille. Une région avec des moments «  je t’aime moi non  plus » au cœur de territoires trop souvent confisqués par l’arrogance de l’argent roi.

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Nicolas : Sans conteste, la Brenne. C'est là que nous habitons, et même si nous y sommes moins régulièrement en photo qu'il y a trente ans, nous continuons à y traquer des moments de vie sauvage. La région évolue, pas forcément en bien, mais elle reste d'une richesse de nature qui détonne en France.

 Un lieu mythique où vous rêvez d’aller ?

Nicolas : Je rêve de retourner dans le grand nord. J'y suis allé à quatre reprises, et j'adorerais y retourner, pour les lumières, pour la nudité des paysages, la force des éléments, et bien sûr les animaux. Irai-je ? Ce n'est pas sûr, car les rêves sont parfois plus grands que la réalité, et le risque d'être déçu, pour peu que les conditions ne soient pas au rendez-vous, me font hésiter. Mais si on me proposait la destination, je sauterais dessus.

Une œuvre qui vous semble symboliser le mieux votre parcours ?

Nicolas : C'est une question difficile. Résumer les contradictions qui habitent un homme tout au long de sa vie en un seul titre tient déjà de la gageure, mais là nous sommes deux ! Disons que je suis passé de Marguerite Yourcenar, avec son philosophe maître de son destin, détenteur d'une connaissance universelle époustouflante, dans "L'œuvre au noir", à Florence Aubenas et à sa façon de s'immerger pour raconter des tranches de vie, des destinées, en quelques mots dépouillés et - j'espère - rigoureusement respectueux de ses interlocuteurs. La simplicité, la justesse et l'immersion.

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Jean-François : Notre livre « Mami Wata » : aux éditions Actes Sud, consacré au littoral d’Afrique de l’ouest.

 Comment travaillez-vous ? Boîtier, objectifs… ? Nous sommes équipés en matériel Canon, après avoir fait nos dix premières années en Nikon. Pour les optiques, nous allons du 8 au 800 mm, avec une prédilection pour les 16-35, 70-200 et 800 mm. Nous travaillons ensuite sur Lightroom principalement.

Et côté techniques de rencontre avec l’animal sauvage ? Au vu de notre expérience, c'est incontestablement l'affût qui est la meilleure approche de la faune sauvage. C'est là seulement qu'on observe des comportements totalement naturels, sur un laps de temps suffisamment long. Hélas il y faut du temps, beaucoup de temps, et l'accélération des modes de vie en laisse de moins en moins.

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Vous auriez un conseil à donner au débutant dans votre activité ?

Nicolas : Croire que sa photo, son dessin, son texte sera unique, tout mettre en œuvre pour le réussir, et ne jamais perdre de vue que son œuvre est moins importante que le sujet réel qu'il a sous les yeux.

Jean-François : La modestie !

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage ? Créer la péréquation de la biodiversité : drainer des fonds importants venant des riches centres urbains où, quoiqu'on entende de ci de là, la biodiversité est terriblement réduite, pour les aiguiller vers des zones déshéritées où la nature a besoin d'un coup de pouce et où les moyens sont inexistants faute de richesse économique.

Une association qui vous tient à cœur ?

Nicolas : Je suis admiratif des associations françaises de protection, où des bénévoles, le plus souvent, passent un temps énorme avec des connaissances de dossier incroyables sans toujours être reconnus. Dans un autre genre, Sea Sheperd et son engagement radical me parait être salutaire avec sa façon de mettre les pieds dans le plat.

Notre objectif est de photographier la nature dans le plus grand respect. Très souvent, nous sommes en contact étroit avec les associations, ONG, scientifiques du monde naturaliste. Pour les naturalistes que nous sommes avant d'être photographes, la photo est un moyen d'aider à la protection de la nature, grâce au formidable pouvoir de sensibilisation que peuvent avoir les images.

Jean-François : Le CPIE Brenne Berry et son travail de terrain patient et pédagogique pour changer les comportements individuels et collectifs face à la puissance des lobbies.

Les « Ateliers photographiques » réalisés en Afrique avec Laurent Joffrion et Angèle Lecomte avec des jeunes ados du Congo, de Mauritanie et du Sénégal pour les former au photoreportage. http://www.pixel-magazine.org

Une urgence pour la faune sauvage, pour la vie sauvage ? Apprendre à tous à laisser la place au monde sauvage. L'humanité va croissant, elle grille d'ores et déjà les ressources annuelles de la terre en à peine 8 mois, et sa puissance est capable de mettre fin à la biodiversité. Sans une sensibilisation permanente et universelle, la faune sauvage est condamnée. Et il me semble que ce serait une perte abyssale.

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 Vous disparaissez ce soir, un dernier message ?

Nicolas : Je ne suis pas obsédé par un dernier message. Disparaitre sans laisser de traces, comme une loutre plonge dans la rivière, me convient tout à fait.

Jean-François : Laisser un dernier message, je n’ai pas cette prétention. Il ne s’adresserait de toute façon qu’à mes proches.

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